Capitaine Rosalie


Il est des combats silencieux et ceux que s'assignent l'enfance sont en aucun doute les plus acharnés et les plus beaux.

C'est le combat de la vérité. Car cet album pose une question : jusqu'où protéger les enfants de la vérité ? 

Rosalie du haut de ses cinq ans et demi le perçoit très bien. Alors, elle décide de son plan de bataille. Il lui faut une arme pour cela et elle sait la choisir et la peaufiner. Elle ne le sait pas encore mais elle lui servira pour toujours. Il lui faut un allié aussi et elle le trouve. Et elle saisit le moment opportun pour se lancer dans la bataille.

Quand on a son papa à la guerre, sa maman qui travaille dans une usine de fabrique d'obus, qu'on vous relègue chaque jour au fond de la classe des grands sous les manteaux qui vous font comme une forêt de buissons au-dessus de la tête, avec un instituteur blessé dans sa chair par cette même guerre et qu'on s'appelle Capitaine Rosalie, la vie qu'on vous sert, on l'accepte mais en même temps, les paroles non dites, on les sent. Et on veut lutter. Sa propre guerre intérieure.

"Comment peut-on savoir que c'est la guerre ? Les combats sont loin de nous."

Capitaine Rosalie ne se résigne pas, elle va au bout de son idée, essaie de voir la poésie qui émerge un peu de toute cette grisaille, on vit suspendu aux lettres du père, comme au-dessus de la vie , comme si vivre n'était plus permis. C'est très fort comme procédé.

Il y a pourtant de magnifiques choses auxquelles se raccrocher : la neige d'anniversaire, la chaise qui grince car elle exprime son désaccord pour être complice de la révélation, la robe de mariée qui "serre juste là un petit peu", la boîte métallique "Assortiment de confiseries" qui parle à Rosalie, le lait sucré bu toute la journée, les histoires d'îles désertes et de filles de roi, son prénom écrit en belles lettres rondes sur la lettre de papa,....autant de sensations égrenées au fil des pages comme des éclairs fugaces de bonheur dans tout ce malheur. Cette distanciation de la guerre la rend plus présente encore.

C'est aussi une relation mère/fille dans l'épreuve qui se dessine, avec cette phrase pensée par la petite et qui sonne fort : 

"Elle a le visage que j'aime. Celui des jours fragiles."

Je ne veux pas trop en dévoiler pour vous permettre de découvrir cet album d'une extrême sensibilité, pudeur et détermination mêlés. Timothée de Fombelle est un peintre des mots : par petites touches subtiles, il déroule son récit mais en même temps, il permet au lecteur d'en embrasser entièrement la subtilité. Lui non plus ne dévoile pas tout mais tout finit par se tenir. 

Le regard d'Isabelle Arsenault dans ses illustrations si délicates au crayonné fondu, rendant la grisaille mais aussi la vivacité combative de Rosalie à travers le rouge orangé et le bleu de la guerre, donne à cet album une profondeur bouleversante et toute en symboles.
Le rapport texte/images est parfait : les double pages illustrées donnant la respiration nécessaire et participant pleinement au rythme du récit.

C'est un album qu'on a de suite envie de lire à haute voix tant tout est à la fois suggéré et  fluide. Et à vrai dire, j'entends l'auteur lui-même le lire.


Un album bouleversant de grâce. Larmes garanties. Emotions fortes.

Le mois prochain,  ce sera le centenaire de la fin de cette grande guerre.

Une merveille que je partage avec Noukette du Blog La Bibliothèque de Noukette.



Capitaine Rosalie
Timothée de Fombelle
Isabelle Arsenault
Gallimard jeunesse

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