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Lecture commune : Les longueurs

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C'est un roman que j'ai lu à sa sortie et en novembre dernier, il a été proclamé lauréat du Prix Vendredi 2022. J'avoue avoir été interpellée par cette distinction : ce roman aborde un sujet tabou, celui de la pédophilie. Mais il le fait d'une façon que je n'avais jamais lue auparavant. Quand un roman vous laisse tourmenté, rien de mieux que de solliciter une amie blogueuse pour échanger nos ressentis :  Isabelle du blog L'île aux trésors a accepté d'emblée. Du coup, nous avons dû faire une deuxième lecture de ce roman éprouvant. Vous verrez que je me fais souvent l'avocat du diable dans mes réponses, alors que mon interlocutrice temporise souvent. Elle m'a permis de mieux cerner mon malaise sur certains aspects, même si je reste campée sur mes positions sur d'autres, sur ce sujet qui me touche de près.                                                             Photo : Site Prix Vendredi Isabelle : Qu’est-ce qui t’a donné envie de lire ce roma

Un jardin à Marseille🌱

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Envie de verdure à l’orée de l’hiver ? Nonna, la grand-mère d’Angelo, habite tout en haut d’un immeuble marseillais, mais son appartement possède une particularité de taille : un jardin suspendu entre ciel et mer. Il aime bien y aller Angelo : c’est un havre de paix à la longue histoire, celle de ses grands-parents. Mais la vie moderne ne facilite pas toujours les choses : ses parents annoncent au jeune garçon que provisoirement, son papa, lui et ses petits frères jumeaux vont devoir venir habiter chez Nonna et changer d’école. Non, ses parents ne se séparent pas mais maman a trouvé un travail à Paris et il faut attendre la fin de sa période d’essai pour prendre une décision qui permettrait à la famille de joindre les deux bouts. On sent l’inquiétude d’Angelo face à cette situation, même si vivre chez sa grand-mère le réjouit ! En plus, l’école est drôlement mieux ! Mais il va découvrir durant ce séjour bien d’autres facettes des adultes, et notamment la convoitise immobi

Le retour des loups 🐺

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Le titre est sans équivoque : ce magnifique livre leporello (ce que j’adore ce mot !), entre album et documentaire, met en scène une meute de loups en quête d’un nouveau territoire pour assurer sa survie. Trop de wapitis ont en effet déséquilibré l’écosystème : en mangeant tout sur leur passage, de nombreuses espèces ont été décimées. L’arrivée des loups va permettre à la biodiversité de reprendre ses droits : peu à peu, la nature redevient foisonnante, arbres qui repoussent, rivières qui renaissent, toute une chaîne alimentaire se remet en place. L’harmonie revient dans cette nature de plein droit. A l’origine, il y a l’homme qui a chassé le loup et les conséquences qui en découlent. Recto donc, cette histoire telle une fable poétique, et verso, les explications : il s’agit du parc naturel du Yellowstone et de la politique de réintroduction du loup qui a eu lieu (ou réensauvagement). Dans ce livre : aucune prise de position mais une volonté de montrer que la nature est u

Les longueurs

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A l’image de cette corde, ce roman est un nœud de souffrances endurées par Alice. Celle qui relate a 15 ans et elle revient par flash-backs sur ce qu’est devenu sa vie depuis l’âge de 8 ans. La banalité d’une séparation de ses parents : un père peu concerné parti refaire sa vie Outre-Atlantique, et une mère, présente. Les liens subsistent avec leur fille mais d’une manière différente. Cette fusion mère-fille va être bouleversée par l’arrivée de Georges, dit Mondjo, un ancien ami de la mère que le père n’a jamais apprécié. Peu à peu, il va tisser sa toile sur Alice et sa mère, quoique d’une autre façon avec elle. Une emprise qui va permettre le terreau idéal de ses pulsions sexuelles : attouchements à 8 ans, viols dès 10 ans, et à 15 ans le dégoût d’une jeune fille devenue femme de cet homme et dont la peur qu’il lui inspire la paralyse pour parler et dénoncer. Entraîneur sportif de son club d’escalade, nouveau compagnon de sa mère, il a le champ libre pour agir à sa guis

Plus jamais petite

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Lucie raconte. Seule sur un banc. Face à la maison d’arrêt. Il lui faut rassembler son courage : mais s’agit-il seulement de courage dans ce qu’elle s’apprête à vivre ? Son père est en prison. Cette confrontation, elle l’a voulue mais elle la redoute immensément. Ce père condamné pour le mal qu’il lui a fait va -t-il être digne de sa souffrance à elle ? Est-ce que cela va la libérer, elle ? Car de lui, elle s’en fiche. Il le mérite. Elle fait donc les questions-réponses, imagine les scenarii, les attitudes, recule, avance. Elle est d’abord face à elle-même. Dans une construction implacable, Séverine Vidal excelle à faire entrer le lecteur dans ce labyrinthe d’émotions intenses et contradictoires d’une jeune fille qui a vécu le tabou extrême mais qui tient aussi à affronter son bourreau. Comme une ultime victoire sur son avenir. Pour se donner des ailes. "Plus jamais petite". Pas de descriptions crues dans ce roman mais un focus rarement aussi bien analysé sur les ravages de t

𝕯𝖊 𝖈𝖆𝖕𝖊 𝖊𝖙 𝖉𝖊 𝖒𝖔𝖙𝖘 🏰

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Ayant englouti il y a quelques années déjà ce merveilleux roman au panthéon de mes lectures en littérature jeunesse, c’est avec une certaine fébrilité que j’ai ouvert son adaptation en bande dessinée : Flore Vesco aux commandes du scénario avec Kerascoët qui ont œuvré aux dessins et couleurs, voilà de la belle ouvrage ! J’ai retrouvé avec bonheur cet univers décalé entre une Serine impitoyable d’impertinence et de bons mots et cette cour à la versaillaise si futile, condescendante et infantile. Des pages qui s’enchaînent pleines de mouvements dans ce dédale de personnages hauts en couleurs, à la verve si poétique pour les uns, aux relents complotistes pour les autres et au milieu un petit bourreau et notre Serine épris de justice sociale. Une très belle adaptation qui rend hommage au roman et donne envie de s’y replonger à nouveau. Et je me dis que les lecteurs férus de bandes dessinées auront sûrement envie de se plonger eux aussi dans ce roman à lire avec délectatio

JE T'AI VU UNE FOIS (et depuis je te vois partout)🦌

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Il y a des albums, comme ça, qui se fraient un chemin tout doux et tout tendre. Cet album de Nastasia Rugani est de ceux-là : rien que le titre est déjà une histoire. Celle d’une petite fille qui voit partout un élan ou orignal depuis sa rencontre avec le cervidé. Partout des signes de sa présence dans sa vie quotidienne : si bien que le lecteur n’arrive plus à faire la différence entre réel et imaginaire. La pirouette de la fin remet le pied dans la réalité avec beaucoup d’humour ! J’aime dans cet album l’invitation à regarder les signes d’une présence, dans cet écrin ocre des illustrations si pleines de vie et de joie. C’est un album qui nous dit la rencontre et ce qu’elle peut induire de bonheur réciproque. Et d’envie de se retrouver. Je t’ai vu une fois (et depuis, je te vois partout) Nastasia Rugani Ecole des loisirs