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Lecture d'été #4 : Un été avec Albert

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Un nouveau roman de Marie Pavlenko ? Non, ça ne se refuse pas. Je pense les avoir tous lus et elle arrive à la fois à rester fidèle à ses thèmes de prédilection et à se renouveler. Dans "Un été avec Albert", seulement 211 pages mais un concentré de suspense qui relève à la fois du fantastique et du thriller. Carrément. Le bac en poche, Soledad rêvait de vacances d'été entre potes. Sauf que la séparation de ses parents va tout bousculer. Son père l'envoie chez sa grand-mère dans les Pyrénées, dans un trou perdu. Elle va pourtant savourer peu à peu ce retour aux sources, prendre conscience de l'immense solitude de cette grand-mère dont elle s'est éloignée à l'adolescence. Des évènements plutôt terrifiants vont survenir au cœur de cet été qui vont mettre à mal la tranquillité du lieu. Et surtout il y a Albert. Je ne dirais pas qui il est. Surtout pas.  Cette dimension fantastique donnée au récit m'a vraiment emballée. La confiance de la grand-mère en Al

Lecture d'été #3 : Comment mettre une baleine dans une valise ?

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Mais oui, tiens donc, quelle excellente question :  comment donc faire entrer une baleine dans une valise ? On pourrait penser à nos valises de vacanciers rencontrant ce souci hautement métaphysique à chaque départ. Sauf que Guridi , fidèle à son approche, propose ici un album bien plus subtil avec une métaphore qui au fur et à mesure que vous avancez dans la lecture, vous ouvre les yeux sur une réalité qui n'est pas celle de vacances choisies mais celle d'un long voyage sans retour. Celle de l'exode. Celle des migrants.  La "pirouette" utilisée est d'une force incroyable : c'est immense une baleine et c'est toujours trop petit une valise pour un voyage dont on ne reviendra pas. Il faut tout emporter. Toute sa vie. Ne pas y renoncer. Car c'est tout ce qu'il vous reste. Comme la baleine, le lecteur retient son souffle quand il comprend l'enjeu. Mais le plus fort, vraiment plus fort que Guridi arrive ici à faire passer, c'est la multiplic

Lecture d'été #2 : Océano

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Alors que Partir en livre 2021 bat son plein sur la thématique de "Mer et merveilles" du 30 juin au 25 juillet, voici un livre pop-up qui célèbre la mer dans une conception fort originale. Anouck Boisrobert et Louis Rigaud ont vraiment un savoir-faire incontestable en la matière ! Ici le bateau Océano part pour une grande expédition autour du monde : l'occasion de découvrir la mer dans tous ses paysages. Le bleu infini de son horizon, la blanche banquise, la noirceur de la tempête, la beauté préservée des coraux des mers chaudes. Le plus de cet album est sa conception puisque le lecteur est à la fois spectateur du dessus et du dessous dans un savant montage de pliages et de reliefs. Et c'est absolument magique cette immersion ! Des couleurs et des mouvements qui nous disent l'infinie richesse et la beauté fragile de la mer. Une multitude de détails sont à observer au fil de l'histoire et cela passionne les enfants auxquels j'ai eu l'occasion  de le

Lecture d'été #1 : Esther Andersen

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Il est un pays dont il semblerait que Timothée de Fombelle ne soit pas revenu et tant mieux pour ses lecteurs auxquels il permet de replonger dans la pureté cristalline du pays de l'enfance. En particulier dans des souvenirs d'enfance de vacances. Les meilleurs.  Prendre le train et aller chez l'oncle Angelo. Retrouver les habitudes faites de ces petits riens enchanteurs et dont le caractère immuable revêt presque le domaine du sacré.  Chaque année apporte son lot de retrouvailles pour ce jeune garçon mais ce qu'il ne perçoit pas encore, c'est qu'il grandit et ouvre le spectre de ses découvertes. Jusqu'à rencontrer la mer. Et aussi la jeune fille qui donne le titre à cet album. Un nom aux sonorités de pas d'ici. D'un ailleurs. Ou de plusieurs même. Il ne sait plus très bien mais ce n'est pas grave puisqu'elle est là. Comme un trésor fragile. Son trésor. Sans doute le vrai premier véritable trésor. Mais aussi son secret. Un secret que l'on

idylle

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Voici un objet livresque d'une beauté sonore et d'une pureté graphique qui touchent en plein cœur !  Un titre aux sens multiples, fort bien définis en page d'exergue,  avec ce mot idylle qui chante aux oreilles,  et un écrin de papier relié d'un fil rouge pour ces aquarelles incroyablement champêtres et ces mots d'une poésie si douce. Il et Elle.  Tout les sépare et pourtant... L'une a des ailes et l'autre vit dans l'eau. Sous la lune, autour d'une tasse de thé, ils scellent cet amour d'île et d'ailes.  A la fois tendre, précieux, virevoltant, bucolique, cet objet- et je ne veux pas dire livre tant il se range pour moi du côté de l'artistique-chante, plonge, enchante et ouvre des perspectives à la fois secrètes et universelles.  Chaque lecture renouvelle cette émotion de légèreté, de profondeur et de fraicheur mêlées : le lire à haute voix lui donne une dimension musicale certaine. La voix silencieuse lui confère une dimension intérioris

Tu reverras ton frère

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Titre de la nouvelle collection "Court toujours" * chez Nathan , "Tu reverras ton frère" de Séverine Vidal porte bien son nom à la fois dans le titre et la collection. Course menée tambour battant, voici une lecture qui s'avale en une heure tant le rythme vous emporte. Une construction en regard sur deux périodes : 2011 et 2021.  2011 avec la disparition du petit frère Jules, emmené par sa mère du jour au lendemain, suite à la séparation des parents. Les deux grandes sœurs Billie et Ava, qui vivent avec leur mère d'un premier mariage, sont sous le choc, leur père commun à eux trois ne vit plus sous l'effet de cette nouvelle. 2021 : c'est un bonnet aperçu sur le quai du tram à Bordeaux par Billie et un flash. La tête dedans pourrait être bien celle de Jules. Renait alors l'espoir pour la famille de le serrer à nouveau dans leurs bras ?  Savamment construit, avec les souvenirs, les manques, les peurs, les doutes et cet espoir qui ébranle à nouvea

De la terre dans mes poches

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Qui n'a jamais ressenti de la joie en tenant dans la paume des ses mains la terre chaude et vivante, pleine de promesses ?   Ce petit livret aux allures artisanales, qui en font aussi tout le charme,  nous dit sous forme de poésie que le bonheur de simplement toucher la terre est une façon de renouer avec la nature, en toute simplicité.   L'enfant a récolté de la terre car point de jardin à la maison : le lecteur y ressent une forme d'urgence toute enfantine, comme un trésor au fond de ses poches. Tout doucement, il amène son idée auprès de l'adulte, comme un Titsou aux pouces verts.    C'est frais et simple dans le texte de Françoise Lison-Leroy et les illustrations épurées de Matild Gros ,  mais en même temps, le lecteur ressent un remplissage de quelque chose d'absolument vital. J'aime les postures des humains de ce livre : courbées, pleines d'attention et d'intention, envers cette terre et ce qu'elle donne. Il y a aussi l'idée d'une