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Affichage des articles du juin, 2020

Il est encore temps !

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Dans ce roman, Jean-Philippe Blondel s'empare d'un sujet d'actualité : celui du changement climatique. Mais il le fait à travers un récit engagé et d'une prise de conscience de la jeunesse.
Son héroïne, Lou, lycéenne sans histoires, plutôt discrète.  C'est à la fin de son année de troisième que ça a commencé.  Un malaise diffus qui s'est transformé en une véritable angoisse.
"A quoi bon ?" Ces trois mots. Oui, à quoi bon poursuivre ses études si c'est pour vivre dans un monde étouffant, où l'être humain va griller sur ses deux jambes et disparaître. Carrément ! Lou a cette conscience-là, très vive et ça s'appelle la peur de l'avenir. Et puis dans sa petite ville de Province, c'est mort déjà.
C'est sa rencontre avec une vidéo de Greta Thunberg au lycée qui va tout déclencher. Elle s'aperçoit qu'elle n'est plus seule. Que d'autres jeunes dans le monde agissent. Elle va se mettre en tête avec deux camarades d'organis…

Allers-Retours

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Voici un album sans texte d'une force incroyable : la migration vue de celui qui fait le trajet, se faisant tout petit, portant le strict minimum avec lui, le peu qui lui reste de sa vie. Un chemin labyrinthique l'attend, une longue marche faite de portes fermées, dérobées, mais surtout d'indifférence absolue et de déni de son humanité.
Ce chemin-là est très bien rendu dans la succession d'images  : le lecteur y étouffe lui aussi, n'en voit pas la sortie mais en fait, il n'y en a pas. C'est un éternel recommencement. Le refoulement et la conduite au point de départ et toujours reprendre la route.

Il s'agit du premier album de Nina le Comte et franchement, quelle réussite dans cette narration ! La douceur et la profondeur des coloris tranchent avec la ténacité et le désespoir de cette marche sans fin et sans issue. Le titre au pluriel dit bien ce qui se joue.
Trouver une terre d'accueil est un parcours du combattant. Pourquoi rendons-nous cela encore po…

Le grand lit de Léon

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C'est toujours une étape importante dans la vie d'un petit que de troquer son petit lit pour un grand ! Quelle fête pour Léon !
Mais ça se complique un peu quand ça se passe dans une fratrie : le petit frère Marcel hérite lui du petit lit de Léon et la jalousie n'est pas loin de montrer le bout de son nez....Quand on trouve que grandir, ça ne va pas assez vite, c'est dur !
Sauf que l'arrivée de la nuit va quelque peu changer la donne : c'est grand un grand lit et c'est trop petit un petit lit ! Les deux frères vont alors trouver une solution qui va très  bien leur convenir....
J'aime le regard toujours juste d'Emile Jadoul sur le quotidien des petits.  
C'est tendre et doux, y compris dans les coloris et les illustrations : il arrive à mettre du relief sur des dessins à plat. Comme c'est ingénieux ce procédé de montrer les deux chambres des deux pingouins en vis-à-vis sur chaque page ! Le va-et-vient des yeux sur ce qui s'y joue donne parfait…

A coeur ouvert

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Avisez cette magnifique couverture signée Germain Barthélémy !
Quelques indices : un corbeau, une caravane, des flots tempétueux, un vieil homme et un enfant....
Quand on entre dans cette lecture, on découvre un roman d'aventures à plusieurs voix et quatre mains pour l'écrire : Marie-France Zérolo et Elisabeth Benoit-Morelli (il se trouve que je la connais, elle a fait partie du blog collectif A l'Ombre du Grand Arbre, elle a une plume épatante sur son blog Le Cabas de Za, alors, c'est avec émotion que j'ai abordé cette lecture !).
J'aime assez ce procédé de construction : l'histoire se monte peu à peu avec les personnages, le lecteur a alors une place privilégiée, presque le don d'ubiquité.
Dans cette histoire, c'est un corbeau un peu bavard qui fait le lien : car oui, il parle ! 
Il y a Boris, le vieux monsieur qui en pince pour sa voisine Jeanne, Chilpéric un jeune garçon bavard lui aussi et un peu aventureux et les habitants de la caravane, assez éni…

Le chant du phare

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Mais que pouvait bien attendre ce gardien de phare quelque peu farfelu ? Un phare sans mer, construit en pleine lande dans la Creuse, par son gardien imperturbable.
Les commérages des villageois le taxant de fou et de dérangé. A vrai dire, le lecteur s'interroge aussi mais il perçoit autre chose entre les lignes...
Mais il est des souffrances qu'il faut affronter de plein fouet, comme une tempête. 

Car un phare donne le cap, éclaire dans la nuit les naufragés. 

Mais il est des naufragés qui s'y réfugient pour se donner leur propre cap.
Voici un album d'Alizée Montois qui aborde le deuil d'une façon pour le moins inattendue. 
Mais belle et aussi triste.
Les coloris employés, du noir, du gris, du vert olive et une touche de bleu apportent une réelle unité. Du symbolisme aussi à décrypter.
La fin m'a cueillie, y compris lors de mes lectures suivantes. Je ne la dévoilerai pas ici. Car il est des souffrances qui vous engloutissent tout entier ou vous libèrent. Et la force de …

Sauve-toi Elie !

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On est parti sans fermer à clé. Maman pleurait. 
C'est un récit bouleversant que nous donne à lire Elisabeth Brami dans cet album édité avec soin par les Editions Courtes et longues.
Elie, petit garçon juif de tout juste 8 ans, relate à la 1ère personne le départ précipité de son appartement parisien pour la campagne, où il devient Emile. Ses parents le laissent chez des fermiers pour le sauver mais il ne le sait pas encore. Il y a le changement de vie, la tendresse envolée, le regard dur de ces gens payés pour le garder, et puis surtout il est le témoin bien involontaire de la rafle des enfants de la Maison d'Izieu le 6 avril 1944.
Il y a dans ces pages l'innocence de l'enfance, les chagrins, la solitude, le sentiment d'abandon,  les incompréhensions mais aussi ce sentiment de vivre des évènements graves qui dépassent tout entendement.
Le texte, très juste, nous met dans le regard de ce jeune garçon, forcé malgré lui de grandir bien trop vite. Force de témoignage, il a…

Prix Sorcières 2020

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C'est toujours avec plaisir que je découvre les lauréats du prix Sorcières . Cette année, ils ont été annoncés en mode déconfinement le 2 juin dernier. Petit rappel : ce prix est organisé conjointement par l'Association des librairies spécialisées pour la jeunesse (ASLJ) et par l'Association des bibliothécaires de France (ABF).
Et les lauréats sont : (Cliquez sur les liens pour accéder à mes chroniques) 
Carrément beau mini
Les choses qui s'en vont, de Beatrice Alemagna, Hélium


Carrément beau maxi
Cap !, de Loren Capelli, Éditions courtes et longues


Carrément passionnant mini

L'arrêt du cœur, ou comment Simon découvrit l'amour dans une cuisine, d'Agnès Debacker et Anaïs Brunet, Éditions MeMo

Carrément passionnant maxi

L'estrange malaventure de Mirella, de Flore Vesco, l'école des loisirs


Carrément sorcières fiction

Le dernier roi des loups, l'histoire vraie de Lobo le loup et d'Ernest Thompson le chasseur, de William Grill, traduit par Emmanuelle Beulque…

Jusqu'ici tout va bien

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J'avoue que ce titre m'a un peu "perturbée" pour avoir beaucoup aimé un autre roman du même titre à une virgule près.
J'aime l'écriture de Marie Colot : juste, concise, efficace.
Ce récit lui permet aisément de mettre à profit toutes ces qualités. Mais je trouve que ce récit la hisse à un autre niveau.
Elle fait entrer le lecteur dans la tête d'un jeune délinquant de 15 ans vivant dans une cité avec son lot de petits trafics (surtout de drogue et de vols à la tire).
24h : c'est le temps qu'il lui faut pour raconter cette journée remplie de péripéties en cascade. Il faut dire que Jozef n'en manque pas une !  Le lecteur suit ses déboires, ses questions-réponses, sa souffrance, ses élans, sa tendresse aussi, ses calculs, ses misères, les pièges qu'il s'est parfois tendu lui-même. Il en rit parfois, a envie de lui dire "stop !", devient grave souvent. Et puis surtout, on découvre grandeur nature la vie dans la cité : violence, sexism…