Les étrangers

La vie de Basile va basculer en cette fin d'année, où désœuvré, n'osant pas encore une fois approcher Lou qu'il aime secrètement, il va là où ses pas le mènent, à une gare désaffectée. Il y fait la rencontre de Gaëtan, marginal et aussi de quatre garçons, des migrants va-t-il apprendre plus tard, mais qu'il va suivre dans un tunnel, comme ça, sans réfléchir. Une nuit d'une autre réalité s'ouvre à lui, une vie d'événements qui vont changer sa vie mais surtout son regard. Comme si ce tunnel, dans sa symbolique multiple, lui avait fait réellement traverser un autre monde. Non, pas comme si. Il l'a vraiment traversé, la peur au ventre, avec au bout des rencontres improbables, une violence si crue, une lumière aussi et des mots pour dire ces maux-là, ceux rencontrés mais aussi ceux d'avant, comme si tout se mêlait finalement entre les deux mondes qui ne sont pas si poreux que cela grâce à Gaëtan et à la confiance que lui inspire Basile.

C'est un roman à deux voix et à quatre mains : celle de Pessan et de Solminihac, tels que leurs patronymes apparaissent sur la première de couverture. Pas de prénoms, une couverture sombre, un titre "Les étrangers", un livre pas très épais.

Mais d'emblée, le lecteur est happé par l'écriture rythmée, les courts chapitres. Si j'avoue qu'au début j'ai cherché qui a écrit quoi (il me semble que je "connais" mieux celle d'Eric Pessan que de son compagnon de plume, à quelques exceptions près) , j'ai vite capitulé tant l'unité est là. Bien entendu, on reconnait des signes (allusion d'Eric Pessan à un autre personnage de roman par exemple, récurrent chez lui) mais l'histoire racontée là est si prenante, si réaliste, si contemporaine qu'on se laisse embarquer. En même temps, cette réalité vous explose à la figure et comme Basile (du moins au début), on ne peut se contenter de se dire qu'on est si peu concernés.

Le dernier chapitre, en cinq pages seulement, ferme et ouvre à la fois une multitude de possibilités : j'ai vraiment apprécié cette fin, qui ramasse en si peu des enjeux auxquels est confronté Basile, défis qu'il est prêt désormais à affronter, plus grand dans sa tête et dans son cœur.

Un roman indispensable, un roman à lire à tout âge.

Les étrangers
Eric Pessan et Olivier de Solminihac
Ecole des loisirs 
Médium+

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