Rattrapage

Un texte sans concessions qui se lit d'un seul souffle et dans lequel le lecteur entre dans le monologue cru et acéré de la fille la plus populaire du lycée le jour du rattrapage du bac. Elle et sa bande qui ont bien fracassé sur les réseaux sociaux toute cette année de terminale celles et ceux qui ne rentrent pas dans leurs cases, leurs critères, leur monde. D'ailleurs, savent-ils eux-mêmes les définir ? Pas vraiment, c'est la spirale du groupe, sa surenchère, son indifférence. Pourtant, là, dans cette cour de lycée inconnu, en attendant de passer à l'oral, c'est un autre rattrapage qui se joue. Celui de se trouver dans cette cour avec un jeune homme qui a tenté de se suicider en plein cours de philo, cible préférée de cette bande.

L'auto-justification de la jeune fille sur ce harcèlement se met alors en branle et la limite est fine entre déni et reconnaissance des faits. Mais le plus fort dans ce texte se joue ailleurs : ce n'est pas la souffrance de l'autre qui lui importe mais l'image qu'elle donne encore d'elle-même. Le lecteur attend du repentir , un mea culpa, une once de culpabilité, des excuses sincères, au moins un peu d'empathie. Rien d'abord. Juste un soupçon de regard et seulement cette question, qu'elle finit par arriver à lui poser : "Tout ce que je veux savoir, c'est s'il me hait. Pas comment il va." Puis, peu à peu, un peu d'humanité revient quand elle sent que c'est le moment de la dernière chance. Les vannes cèdent et le lecteur entrevoit un changement salutaire et finalement, espéré.

Vincent Mondiot sait parfaitement jouer avec ce registre oscillant entre dégoût de soi-même et réputation à tenir. Pourtant, au milieu, une fragilité affleure chez cette jeune femme pas encore sortie de l'adolescence et pas encore entrée dans le monde des adultes. Le rattrapage, celui du bac cette fois,  va trancher pour elle. La porte de sortie n'est finalement pas prise par qui on croyait.

Aborder le harcèlement sous ce biais, c'est fort, très fort. E c'est bougrement bien ficelé.
Car ce texte flash back en accéléré sur ses actes, sur les conséquences qu'ils ont sur les autres, sous forme de tableaux évoquant les stations du chemin de croix des églises, qu'on voudrait évacuer mais qui vous reviennent en pleine figure, permet de poser la question du remords, du repentir et du pardon, à l'heure où les réseaux sociaux remplacent la vraie vie. Mais la vraie vie, elle, finit souvent par vous rattraper. Pour retrouver sa dignité. Et apprendre à respecter l'autre.

Une écriture écorchée, sans fioritures, d'un seul jet, dont on ne peut se détacher.
Le lecteur est lui aussi rattrapé. Il voudrait se sauver lui aussi, mais vissé par ces mots, il l'est. Je n'ose même pas imaginer leur impact en lecture à haute voix.
Du Vincent Mondiot, dont j'avais déjà été secouée par Nightwork.

Rattrapage
Vincent Mondiot
Actes sud junior
D'une seule voix

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