Le jour où je suis mort, et les suivants

 

Sandrine Beau signe là un roman sur un sujet difficile mais elle su amener ce sujet d'une façon remarquable à mon sens.

Sans rien occulter. Les mots sont là. Car justement, les mots ne sortent pas dans cette situation-là. Ou alors il leur faut du temps. Un déclic. Le bon moment. La bonne personne. 

Je l'ai lu d'une traite, presque en apnée, mais soulagée aussi de l'espoir qu'il laisse entrevoir.

Qu'il y-a-t-il de commun entre Lenny, Saphir et Biscotte ? Une douleur inavouable, une enfance saccagée, la salissure coriace, la honte toujours, le dégoût de soi.

Ils ont tous été violés entre 11 ans et 14 ans. Des années d'enfer. Le premier par le meilleur ami de la famille. Le second par son coach sportif. Le troisième lors d'une mauvaise rencontre. Tous disent à leur façon l'indicible. Tous crient leur douleur. Tous éprouvent une solitude immense face à elle.

Pour chacun, Sandrine Beau a adopté un point de vue différent : pour Lenny, elle dit l'engrenage, les répétitions, les mots crus. Pour Saphir, le piège qui se referme sur lui sans prévenir. Pour Biscotte, un cahier lui permet de dire l'indicible enfermé dans sa chambre,  sous le choc. Ce point de vue narratif est très pertinent : il permet de constater qu'il n'y a pas de profil type, ni du côté de la victime ni du côté du bourreau. Mais que les ravages physiques et psychologiques sont dévastateurs dans toutes les situations ainsi que l'emprise exercée.

Comment se faire entendre ? C'est un des aspects très bien vu de ce roman. L'impossibilité de prévenir l'entourage. Pourtant, il y a des signes : la colère, le repli sur soi, la fuite. Mais comment des parents pourraient penser à ÇA ? Car les bourreaux sont forts : chantage affectif, serviabilité dépourvue de tout soupçon, sourires enjôleurs et mensonges. Pour les victimes, c'est la double peine. Du fait du statut du bourreau, ils ne peuvent pas lutter. Cette impuissance les ronge.

Dans le roman, il y a Esteban. Devenu adulte. Devenu papa. Lui aussi a vécu cette horreur. La vie donne des signes parfois. C'est revenu pour lui comme un boomerang quand son propre fils a eu 11 ans. La peur à nouveau. Alors, il s'est confié. Puis la plainte contre son agresseur, le procès, la condamnation  et enfin la libération de ne plus porter ce poids. Puis l'envie d'aider, de témoigner. Un témoignage dans un lycée qui va sans doute permettre à trois garçons de se libérer à leur tour de cette emprise toxique.

Ce roman a aussi la grande force, parmi ces pages difficiles à lire pour leur cruauté, de montrer que l'espoir peut surgir.

Un roman qui, avec cette alternance de voix, montre la force de la parole quand elle est entendue. Mais il y a encore bien du chemin pour aider les enfants victimes de pédophilie...

 

Le jour où je suis mort, et les suivants
Sandrine Beau
Alice jeunesse
Tertio

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