nos mains en l'air

Je ne pense pas que cette chronique sera à la hauteur de ce que cette lecture a pu me procurer.

Un titre à multiples sens et une photo de couverture très à-propos, on peut dire que ce nouveau roman de Coline Pierré est une totale réussite. J'ai pourtant craint à un moment un glissement trop démonstratif sur la langue des signes, et puis non, le piège a été évité. En tous cas, il est très bien documenté sur la question et j'ai beaucoup appris.

Ce roman, c'est la rencontre entre Yazel et Victor.
Tous les deux cabossés de la vie.
Yazel, 12 ans, a perdu ses parents à l'âge de 7 ans, et depuis, elle vit chez une tante richissime mais carrément handicapée du moindre sentiment. Yazel est sourde mais tente d'en faire une force. 
Victor, 21 ans,  lui, fait partie d'une famille de cambrioleurs mais déteste ce chemin tracé par son père maltraitant pour ses frères et lui.

C'est lors d'un de ses derniers cambriolages dans un manoir qu'il rencontre Yazel dans sa chambre et là, elle va lui demander l'impossible : fuir cette maison et renouer avec son passé. Victor accepte non sans quelque hésitation mais il n'a rien à perdre lui non plus.

Nos mains en l'air, c'est donc ce road-trip de deux jeunes gens, qui vont apprendre à se connaitre, à entrer dans l'univers de l'autre, et c'est juste magnifique. La façon dont Victor par exemple décrit les sons à la demande de Yazel vous laisse sur le carreau du sublime. Je ne verrais plus jamais la mer de la même façon et on se surprend à imaginer les sons et le chemin qu'ils impriment en nous.

Mais cette histoire, c'est avant tout l'ECOUTE de l'autre, l'écoute aussi de ses envies profondes à condition d'accueillir l'autre comme il est. Chacun peut apporter ses richesses.
Des pages entières de dialogue entre ces deux-là sont superbes de maturité, de mise au diapason l'un de l'autre. C'est une relation de frère à soeur ou de père à fille qui se noue peu à peu sous les yeux du lecteur sans aucune ambiguïté. Il y a des passages qu'on ne peut s'empêcher de relire tant ils sont touchants et justes. 

On sort de cette lecture le sourire aux lèvres avec le sentiment de s'être fait de nouveaux amis. Et que l'essentiel est dans la relation vraie aux autres.

Un roman que je vous recommande absolument !

Un extrait :  Il y a quelque chose de neuf entre eux. En fait, il y a tout le temps quelque chose de neuf entre eux. Comme si chaque journée était un nouveau fragment de vie, de renaissance. C'est peut-être l'effet du voyage, du mouvement (....). 
C'est peut-être aussi l'ébahissement d'être encore ensemble, d'être encore là, d'être encore libres, et les contours de l'autre qui continuent à se dessiner plus précisément et à dévoiler leurs subtilités et leurs secrets, comme si de nouveaux membres leur poussaient, avec cette impression qu'ils n'auront pas assez d'une vie pour se connaître vraiment.
Mais à quel moment commence-t-on à savoir qui est l'autre ? Et puis, ça veut dire quoi ? (...) p. 291.


Nos mains en l'air
Coline Pierré
Le Rouergue
doado

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