Pages

lundi 30 juin 2014

La collection Paper planes teens

Fin d'année scolaire et grandes vacances riment souvent avec voyages linguistiques.
Autant je n'ai pas été convaincue par la collection Tip Tongue de chez Syros-pourtant un concept bien intéressant-, autant je le suis nettement plus par cette collection Paper planes teens de Didier jeunesse.

On lit franchement avec plaisir ces textes anglais, dont le directeur de collection n'est autre que Rupert Morgan. Il en a aussi écrit quelques titres (notamment les deux en bas de la photo ci-dessous). 
Cette collection se répartit en quatre séries : Class acts, Crazy classics, Terrible times et Vintage vinyls. Des thématiques différentes selon les goûts puisqu'elles vont des classiques de la littérature anglo-saxonne, à l'histoire et à la musique.

Le plus est que ces histoires sont classées par niveaux : débutant, intermédiaire et avancé, qui correspondent au CECRL (Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues, cadre qui décrit les compétences communes à acquérir en Europe en langue étrangère). 
Si vous avez des collégiens ou des lycéens à la maison, ils savent normalement où ils en sont puisque ces compétences sont régulièrement validées.

Des versions MP3 de chaque texte est téléchargeable gratuitement sur le site car l'écoute de la langue permet d'améliorer considérablement son accent.



Pour ma part, j'ai lu ces quatre nouvelles histoires avec beaucoup de plaisir : le niveau requis n'est pas très élevé mais on sent une différence entre le niveau débutant et intermédiaire. Il y a de l'action, les mots de vocabulaire plus compliqués sont directement traduits dans le bas de la page où ils apparaissent (pas besoin d'aller dans un glossaire, ce qui casse la lecture), des chapitres courts pour ne pas se décourager et perdre le fil, bref, j'ai vraiment passé un bon moment avec la langue de Shakespeare.

Une bonne façon d'allier plaisir de la lecture et apprentissage de l'anglais, car de mon point de vue, il n'y a rien de plus bénéfique que de lire dans la langue pour progresser.

A lire durant les vacances pour entretenir son anglais tout en se divertissant !

Collection Paper planes teens
Morgan Rupert
Didier jeunesse

vendredi 27 juin 2014

Le voyage dans le temps de la famille Boyau

Yves Grevet, on ne le présente plus. Auteur de romans de science-fiction jeunesse entre autre.

Cette fois, on reste dans le domaine mais ce roman a le petit quelque chose en plus : c'est un roman à lire et ...à jouer ! Plus de 40 jeux sont intégrés dans l'histoire et c'est vraiment sympa !

Alors, dans la famille Boyau, il y a  : le fils Victor, 12 ans, son père, un sacré inventeur, sa mère, historienne spécialiste du 21ème siécle. Mais là, nous sommes en 4014 ! Et la famille a décidé de faire un voyage incognito dans notre siècle. Il faut ajouter à la famille deux clones et le chien Obeurk (franchement, il porte bien son nom celui-là : deux têtes et deux paires de fesses !). Et voilà, le décor est planté et en avant pour l'aventure !

Un roman bien enlevé, au vocabulaire adapté, très aéré, et très ludique. On se prend vraiment au jeu ! Un concept intelligent pour amener les plus récalcitrants vers le genre. ça se lit sans s'en apercevoir ! Et une fois les jeux faits, on redécouvre l'histoire. Comme une double lecture en fait. 

Un roman pour les prochaines vacances, à coup sûr, à emporter sur la plage ou en voiture ou dans le train, pour passer un bon moment assurément !

Dommage que je ne puisse pas l'acheter en bibliothèque, à cause des jeux,...pas gérable.

Le voyage dans le temps de la famille Boyau
Yves grevet
Dessins de Julien Meyer
Dès 8 ans
Syros

mercredi 25 juin 2014

Le temps des Mitaines

Je sais, c'est l'été et plus le temps des mitaines ! En fait, les Mitaines, c'est le village d'Arthur. Il vient d'y emménager. Il fréquente donc une nouvelle école. Le premier jour, bingo, il apprend qu'un des élèves a mystérieusement disparu. Avec ses nouveaux amis, il se met en tête de retrouver le coupable. Si en plus, je vous dis qu'ils sont tous dotés de super-pouvoirs, voilà qui va bien plaire à la tranche d'âge des 8/12 ans !

Une BD, sur ce blog, ce n'est pas si souvent...Cela fait longtemps que je voulais en parler. On est d'emblée conquis par l'univers foisonnant de l'illustratrice Anne Montel. Déjà, rien que la couverture, elle fait saliver ! Un imaginaire débordant, des couleurs chaudes, des aquarelles aux détails surprenants. Un très bel univers ! 
J'ai été absolument conquise par l'histoire de Loïc Clément : des personnages hauts en couleur, un bon vocabulaire, des rebondissements et du suspense. De la solidarité, de l'intelligence et un zeste de magie. Tous les ingrédients pour tenir le lecteur en haleine. 

Une BD de très bonne et très belle qualité, un très bel objet !

Le temps des Mitaines
Loïc Clément et Anne Montel
Didier jeunesse

lundi 23 juin 2014

Platine

La fête de la musique n'est pas loin et voici un roman pour adolescents dans lequel nombre d'entre eux pourront se reconnaitre, à condition d'aimer le rock.

Eva est en classe de seconde. Elle se la joue un peu avec sa meilleure amie Samia. Dans le moule certes, mais juste à la limite. Ce qui la fait vibrer, Eva, c'est le rock. Elle en écoute tout le temps. Une vraie drogue. Ce qu'elle ignore encore, c'est que cette passion lui vient de son père biologique qu'elle n'a pas connu. Il est mort juste avant sa naissance. Ce sont des vinyles lui ayant appartenu, que ses grands-parents (les parents de ce père) lui donnent comme une relique à la faveur de leur déménagement, qui vont précipiter la jeune fille dans un chaos intérieur, qui va s'extérioriser par de la violence. Envers ses parents d'abord (beaucoup de ressenti vis-à-vis de sa mère) mais surtout envers une camarade de classe qu'elle expédie ni plus ni moins à l'hôpital. Trois jours d'exclusion lui tombent dessus. Trois jours qui vont la transformer. Trois jours qui vont lui faire accepter ce père et surtout s'accepter elle-même. La nouvelle Eva va se révéler beaucoup plus à l'écoute des autres et moins épidermique.

Voilà un premier roman de Vincent Brunner à l'intrigue intéressante : une ado bien d'aujourd'hui, confrontée à une révélation qui la dépasse. Sur fond de musique de rock que l'auteur maîtrise parfaitement bien puisqu'il travaille dans le milieu du rock.

Un roman qui aurait néanmoins gagné en épaisseur s'il n'était pas aussi délayé dans les chapitres du milieu. J'ai trouvé que l'histoire piétinait, que les états d'âme d'ado d'Eva avec sa copine et leurs plans foireux se révélaient à la longue de trop. Mais je suis allée au bout car je voulais connaitre le dénouement, que j'ai trouvé fort bien mené pour le coup. Une fin sensible et apaisante.

Ce roman n'est pas une déception mais pas un coup de cœur non plus. 

Platine
Vincent Brunner
Flammarion
Tribal

samedi 21 juin 2014

Pas vu, pas pris

Le nouvel album d'Hervé Suhubiette est une petite merveille de sonorités !
Les textes de Bernard Friot, celui des Histoires pressées, apportent une touche de modernité certaine aux comptines, berceuses, devinettes et ritournelles.

C'est un feu d'artifice pour les yeux et les oreilles !

Ce ne sont pas les comptines que l'on connait et justement, c'est ça qui est chouette ! 

Des comptines revisitées, pleines de fantaisie et de poésie, des courts textes que l'on retient facilement, orchestrés par Hervé Suhubiette avec originalité, c'est un régal !

En ce jour de la Fête de la musique, ne privez pas les petites oreilles de cet album facétieux et joyeux !

De quoi bien commencer le week-end !

Pas vu pas pris tourne sur scène.

Voici un lien sur le site Didier jeunesse pour en écouter des extraits



Il compte (41/60) pour le challenge "Je lis aussi des albums" chez Hérisson


Pas vu pas pris
Hervé Suhubiette
Paroles de Bernard Friot
Didier jeunesse
Zim Zim Carillon

vendredi 20 juin 2014

Au revoir...

Le hasard de mes lectures a fait émerger une thématique pas toujours facile à aborder : 
la perte d'un être cher.
Des livres de très, très grande qualité.

Trois livres, pour des tranches d'âge différentes, mais trois livres essentiels à mes yeux.


  • Au revoir maman de Rebecca Cobb, édité par les éditions Nord-Sud 

"Il y a quelque temps, nous avons dit au revoir à Maman.
Je ne sais pas très bien où elle est partie."

Un album qui m'a touchée au cœur dés sa première lecture tant il est juste dans ce qu'il exprime : un jeune garçon vient de perdre sa maman. Il ne comprend pas très bien au début. Il pense qu'elle va revenir. Ce n'est pas possible autrement. Puis , le papa lui dit ce qu'il en est. Il comprend alors. Il y a le chagrin, la culpabilité, la révolte, puis peu à peu l'acceptation de l'inévitable. J'ai rarement rencontré un album qui parle de la mort avec une telle justesse dans les émotions et le ressenti. Tout est dit, avec une économie de mots et des illustrations toutes douces. On sort de cet album bouleversé mais aussi convaincu qu'il porte les mots qu'il faut.


  • Ma mère est une sirène où les mots sont parfois comme les poissons, difficiles à pécher de Benoît Broyart, illustré par Laurent Richard, édité par Oskar jeunesse, coll. Trimestre 

Les habitués de ce blog savant combien je suis attachée à cette collection. Ce titre conforte une fois de plus mon attachement. Thomas n'a plus de maman et il ne sait pas pourquoi. Son papa, pêcheur taciturne, n'arrive pas à lui dire la vérité. Alors Thomas, comme tous les enfants qui ont la pré-science qu'on leur cache quelque chose, imagine sa propre vérité. Sa mère est une sirène. Voilà tout. Il décide d'aller accompagner son père à la pêche avec la ferme intention de rejoindre sa mère au fond de l'eau. Ce sera l'électrochoc pour son père. Il va comprendre que son fils a un besoin vital de connaitre la vérité saur sa naissance pour continuer à vivre. Un roman coup de poing, remarquablement mené, aux répétitions métaphoriques et des illustrations à vous couper le souffle, dans ce bleu profond comme les abysses. 


  • On ne parle pas de ça d'Eva Kavian, chez Oskar éditeur, coll. la vie 
Je ne m'attendais pas à une telle force dans ce roman. Il se situe plutôt pour un public jeunes adultes. Il relate le destin de quatre mères, qui toutes ont perdu une fille ou un fils dans des circonstances tragiques (accident de voiture, suicide, maladie,...). Il n'y a pas de mots pour un parent qui survit à son enfant. Eva Kavian donne la parole à ces rescapées de la vie, qui sont obligées de continuer alors qu'elles ne le veulent plus. Elles vont toutes se retrouver dans ce jardin blanc, dans la maison de Lisa, à cause de Mathilde sa fille. Elles ne parlent jamais de "ca", c'est la règle. Mais elles se soutiennent les unes les autres dans une communion de pensée et une avarice de gestes. La construction de ce roman en elle-même est éprouvante : l'auteure n'épargne rien des circonstances de la mort de leurs enfants. Une construction cinématographique avec ses retours en arrière, ses pauses, ses bonds en avant, qui disent l'indicible. On voudrait toujours que les malheurs n'arrivent jamais ou quand ils se produisent, avoir la faculté de revenir en arrière. Le dernier chapitre du roman, que je tairais bien sûr, ouvre sur une autre raison de vivre pour ces femmes et mères trahies par la vie. Une lecture bouleversante mais très humaine. Ce roman, que j'ai déjà terminé depuis plusieurs semaines, a longtemps hanté mes nuits, je l'avoue...Et décidément, j'apprécie vraiment cette auteure qui a le don d'aborder des thématiques difficiles avec intelligence et pragmatisme.

Au revoir maman
Rebecca Cobb
NordSud


Il compte (40/60) pour le challenge "Je lis aussi des albums" chez Hérisson


Ma mère est une sirène
Benoît Broyart et Laurent Richard
Oskar 
Trimestre

On ne parle pas de ça
Eva Kavian 
Oskar
La vie

mercredi 18 juin 2014

Mon bisou préféré

Un bisou préféré, vous en avez un ?
Bien sûr, tout le monde adore les bisous ! Dans le cou, sur la joue, sur le front,...sauf bébé éléphanteau...Mais un bisou sur le nez, et ça y est, lui aussi est réconcilié avec la tendresse !

Voici un petit cartonné pour les tout-petits de 12 à 24 mois qui inaugure une nouvelle collection de fiction chez le Père Castor Flammarion, "Mes toutes premières histoires".

Pour celui-ci, il s'agit d'une réédition d'un titre déjà paru en 2009 mais illustré cette fois par Hervé Legoff, revisité dans cette nouvelle édition par Kim Sejung, une illustratrice coréenne. Un autre titre est sorti aussi ce mois de juin (une nouveauté cette fois) : La journée de Lili, illustré par Géraldine Cosneau. Le troisième titre sortira en octobre : Dans les bras, illustré par Sigrid Martinez.

Un petit album pour apprendre à nommer certaines parties du corps et dire que parfois, on n'a pas envie de se faire papouiller...

Des couleurs gaies indispensables pour capter le regard des tout-petits, un graphisme enfantin qui leur convient bien, même si ce style kawaï, dans le cas présent, est un peu trop commercial à mon goût.

Des ritournelles aux jolis sons qui leur plairont aussi beaucoup.

Un album qui leur parle bien car il correspond à leur quotidien et permettra de doux moments de tendresse, de complicité et de câlins.

Car, qui peut vraiment résister aux bisous ?:)




Il compte (39/60) pour le challenge "Je lis aussi des albums" chez Hérisson



Mon bisou préféré
Elisabeth Coudol
Kim Sejung
Père Castor Flammarion
Collection "Mes toutes premières histoires"

lundi 16 juin 2014

L'oiseau de papier

Une petite fille nous fait part de sa passion pour le dessin. Normal pour son âge ! Jusqu'au jour où sa mamie lui donne, dit-elle, une feuille magique. La petite fille s'exaspère. Magique cette feuille ? Elle ne trouve pas et s'en va voir sa grand-mère qui lui montre son secret. Au tour de la petite d'entrer dans le jeu et d'ajouter de la poésie à la poésie...

Une bien belle histoire que voilà !

De la transmission entre générations mais pas que...
Une histoire sur la faculté d'émerveillement qu'une grand mère n'a manifestement pas perdu : elle va plus loin que sa petite fille et la fait entrer dans sa ronde imaginaire. Elles partagent alors un moment de complicité hors du monde en ayant cette capacité de voir au-delà de la réalité. Je n'en dis pas plus...

Les illustrations tout en rondeur et leurs couleurs pastel apportent une note de douceur et de tendresse à cette histoire pleine d'émotions, de magie et de poésie.

Un grand merci à l'auteure Ingrid Chabbert et aux éditions Alice jeunesse


Un oiseau de papier à plier 
"bizarrement comme-ci, bizarrement comme ça"...





Il compte (38/60) pour le challenge "Je lis aussi des albums" chez Hérisson


L'oiseau de papier
Ingrid Chabbert
Maud Roegiers 
Agrémenté des dessins de Lilou et d'Elyne
Alice jeunesse

vendredi 13 juin 2014

Foot !!!

C'est le début de la 20ème Coupe du monde de football...
Non, non, je ne suis pas particulièrement fan de ce genre d'évènements :)
Mais la littérature de jeunesse est assez représentative dans ce sport : pour ne pas dire que le football est même sur-représenté !

Dans ce déferlement, une nouveauté qui sort aujourd'hui même chez les éditions Notari a retenu mon attention. L'approche me semble tout à fait intéressante.

Un abécédaire imagé du football bien pensé : à gauche, la lettre de l'alphabet et les mots du football s'y rapportant (mais pas que...) et page de droite, les images associées dans des tons chauds et fondus. Mais ce qui fait son originalité, c'est que la plupart des lettres donnent un double voire un triple sens. Ce qui permet d'appréhender l'envers du décor du football dans sa fonction culturelle et sociale.        

Un album qui porte très bien son nom : abécédaire imagé, au sens propre comme au figuré.
Très, très bien fait !
Voilà de quoi renouveler l'offre dans ce domaine.

Il compte (37/60) pour le challenge "Je lis aussi des albums" chez Hérisson



ABCdaire imagé du foot
Bertrand Dubois
Editions Notari

mercredi 11 juin 2014

L'oeuf

Za, du blog Le cabas de Za, a participé tout récemment au concours des 3 ans de Méli-Mélo de livres
Et elle aime par-dessus tout les "alboums", comme elle dit !
Mais pas n'importe lesquels.
Ceux qui ont de la matière, ceux qui ont le petit truc en plus.
Et franchement, elle en parle drôlement bien !
J'ai donc pensé lui faire plaisir en lui envoyant un des derniers albums des éditions Actes Sud junior.
Le colis à peine déballé, Za me convie à partager cet album autour d'une discussion, que j'ai tout de suite accepté. 
Vous pensez bien ! Un méli-mélo dans un cabas, il fallait sauter sur l'occasion !



Pépita : Quelle a été ta première impression en découvrant cet album ?
Za : La couverture pose d’emblée une histoire, ou plutôt induit le lecteur vers l’histoire d’un couple d’oiseaux amoureux qui va avoir un œuf, comme on va avoir un bébé.
Pépita : Je trouve la première de couverture et l'histoire que cet album raconte pleines d'infinie tendresse. Est-ce aussi ton ressenti ? Tu peux nous en dévoiler les éléments ?
Za : Il y a en effet beaucoup de délicatesse dans cet album. Les deux personnages se couvrent d’attentions tendres, comme s’ils ne couvaient pas seulement l’œuf mais se couvaient l’un l’autre. Lorsque l’œuf parait, leur vie quotidienne ne tourne plus qu’autour de lui, il est le centre.
Pépita : Comment as-tu trouvé les illustrations sous forme de collages, en particulier les attitudes des deux oiseaux que je trouve sublimes dans leur grâce ! ?
Za : J’ai beaucoup aimé le travail d’Anna Sommer, une virtuose du papier découpé. Il y a dans cet album en particulier un sentiment de fragilité permanent, d’abord dans l’idée de l’œuf, objet fragile. Et puis il y a aussi parfois de légères transparences dans le papier. Les têtes d’oiseaux, directement collées sur des corps humains donnent une impression d’étrangeté qui court tout au long de l’album. Les expressions des « visages » tiennent à si peu de choses si on y regarde de près : des larmes, des reflets dans l’œil, une légère ouverture du bec et tout est dit, c’est du grand art.
Pépita : Les illustrations ont été réalisées à quatre mains (par Anna Sommer et Noyau). En arrière-plan, Noyau a placé des petits tableaux avec des petites saynètes. As-tu réussi à voir ce qu'ils voulaient dire ? 
Za : Je les ai tout de suite repérés et j’y suis retournée plusieurs fois depuis. Ce qui est singulier, c’est déjà ce travail à quatre mains entre les deux illustrateurs : l’une au premier plan avec les papiers découpés, l’autre en filigrane avec les tableaux peints. On y découvre l’histoire d’un couple humain traité comme des oiseaux. Alors qu’au premier plan, un couple d’oiseaux humanisé est vu dans un environnement humain, dans ces tableaux, un couple humain vit  sur une branche, vole – c’est d’ailleurs la femme qui apprend à l’homme à voler. Ils s’installent dans un nichoir qui va être détruit par l’intervention d’un bûcheron abattant l’arbre qui leur sert de refuge. L’anthropomorphisme est un ressort très courant en littérature de jeunesse, l’inverse l’est beaucoup moins et c’est ce qui fait qu’au premier abord, cette histoire parallèle est franchement étrange. D’autant que lorsque l’histoire principale côtoie le milieu médical, les personnages de second plan deviennent sont vus comme des objets de planches anatomiques.
Pépita : Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à saisir le sens de ces saynètes et je te remercie de ton analyse qui éclaire ma lanterne. A vrai dire, j’ai été happée par cette histoire, par ce qui se jouait là, dans ce couple d’oiseaux. Cette tendresse, cette délicatesse entre eux comme celle qu'ils témoignent tous deux vis-à-vis de l’œuf.  Cela m’a presque gênée ces tableaux, ça m’a brouillé le message en quelque sorte. Du coup, je les ai pratiquement occultés ou plutôt, je n’ai pas vraiment cherché à comprendre leur sens. Ils ajoutent une réelle complexité à la compréhension de cet album. En plus, c’est tellement petit et pas très beau esthétiquement parlant, du moins est-ce mon avis.
Za : C’est amusant parce qu’à première lecture, ces petits tableaux m’ont totalement parasitée. J’ai lâché l’histoire principale pour les suivre, sans vraiment les comprendre. Ils ont un côté brut, cru.
Pépita : Je vois pour ma part dans la fin deux interprétations possibles : est-ce aussi ton cas ? (mon cœur balance pour l'une d'elles tout de même...).
Za : Je n’ai pas un instant interprété l’attente autour de l’œuf comme une histoire traitant de la grossesse. Même si on ne voit pas l’oisillon, il est là, comme un bébé déjà venu au monde, puisqu’il est différent de sa mère, corporellement humaine. D’ailleurs, la mère le confie au père pour aller au cinéma avec ses amies. Il est un enfant pour lequel on s’inquiète, dont on prend soin pour qu’il parte un jour – et non pas jusqu’à ce qu’il parte. Les soins et l’attention qu’on lui apporte ne sont là que dans ce but final, son départ du nid. Ce qui est déroutant dans L’œuf, c’est qu’à aucun moment, on ne voit l’oisillon. Une fois envolé – disparu plutôt, il se fond anonymement dans la foule des autres oisillons. Rien ne le distingue d’eux, comme s’il n’avait jamais appartenu vraiment à ses parents.
Alors, ton cœur balançait-il aussi pour cette interprétation ?
Pépita : Non, du coup, cela m’en fait une troisième !
A ma première lecture, j’y ai vu le deuil, la perte d’un enfant, même si elle peut être symbolique aussi. Puis, non, j’ai recommencé ma lecture et là, j’y ai vu l’attente d’un enfant et son envol dans la vie. Ce pour quoi sont faits les enfants et les parents. J’ai pensé à un moment donné à l’adoption et puis non. Je préfère la deuxième ; mais j’aime beaucoup la tienne ! Et le fait qu’on ne voit pas l’oisillon ne m’a pas dérangée. C’est de l’ordre de la métaphore cette histoire. Ce que je retiens par-dessus tout, c’est la force de l’amour qui émane de ces pages.
Za : A aucun moment je n’ai pensé que l’oisillon pouvait être mort. Mais le fait qu’on ne le voit jamais porte en effet à toutes les interprétations. Les interprétations adultes, en tout cas.
Pépita : Toi qui côtoie des enfants de par ton métier, penses-tu que cet album soit accessible pour aborder les sentiments liés à l'attente d'un enfant ? 
Z : Je ne crois pas que je l’utiliserais dans ce but, d’autant que, comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas ce que je vois dans ce livre. Et puis je n’aborde jamais les albums – ou romans – dans l’idée d’aborder tel ou tel thème. Mais c’est un autre débat.
En revanche, je me suis demandé comment les enfants pourraient le recevoir. Qu’en penses-tu ?
Pépita : Je me la suis posée aussi cette question et en fait, c’est le sens de ma question !
Il n’est pas si évident à comprendre cet album. Mais je me dis qu’on peut faire confiance aux enfants, ils voient souvent des choses que nous ne voyons pas, et ils prennent ce dont ils ont besoin à ce moment de leur lecture. Un album aussi qui peut être sujet à des échanges intéressants avec eux.
Pépita : Connais-tu ces illustrateurs ? Pour ma part, absolument pas.
Za : Ce que j’ai vu de leurs travaux respectifs ne semble pas habituellement tourné vers la jeunesse. Ils ont des univers très forts et je trouve que ce qu’ils nous offrent ici est vraiment passionnant. J’aime énormément le charme un peu suranné qui se dégage des illustrations d’Anna Sommer, notamment par les imprimés des papiers peints et des vêtements. Les prénoms des personnages – Robert et Colette - nous renvoient aussi à une autre époque.  

Pépita : Ton mot de la fin ?
Za : La richesse de ce livre, c’est qu’il est à la fois un album pour enfant et un album pour adulte. Ce que tout bon album devrait être. Chacun trouvera, j’espère, son compte dans cette histoire.
Pépita : Un album déroutant mais passionnant pour reprendre ton terme plus haut. Il fait beaucoup réfléchir et il renvoie à beaucoup de questionnements. Il est aussi très beau (mis à part les saynètes dans les tableaux, désolée, je n’ai pas accroché !) et je ne me suis pas trompée, je savais qu’il t’interpellerait. Il correspond bien à la ligne éditoriale du Cabas de Za, ton blog !


Pour aller plus loin, d'autres se sont aussi questionnés au sujet de cet album : 

-La soupe de l'Espace (billet qui a éveillé ma curiosité)
-Pages d'encre

Et en +
Un grand merci à ZA pour cet échange fructueux !
Son billet par ICI
Et un album qui a une résonance toute particulière pour moi puisque mon aîné fête ses 18 ans aujourd'hui...
 Envol hors du nid...plus accentué encore...:)


Il compte (36/60) pour le challenge "Je lis aussi des albums" chez Hérisson


L'oeuf
Anna Sommer et Noyau
Actes sud BD

lundi 9 juin 2014

Collection Tip Tongue

On sait combien l'apprentissage des langues en France est régulièrement pointé du doigt...dans le mauvais sens du terme.

Les éditions Syros viennent d'innover en proposant une toute nouvelle collection de romans "Tip Tongue" à destination des élèves de CM2-6ème (10-11 ans) et 5ème-4ème (12-13 ans). 

Le principe : la lecture passe petit à petit du français à l'anglais. Très peu de langue anglaise au début pour à la fin arriver à un chapitre totalement écrit dans la langue de Shakespeare.

Le but : passer naturellement d'une langue à une autre sans avoir l'impression d'avoir fourni un effort titanesque de compréhension. Pas de traduction d'une langue à une autre mais plutôt un mix progessif.

Chez nous, on a donc testé sur deux romans puisqu'ils se trouvent que j'ai deux filles dans chacun des deux niveaux d'étude (6ème et 4ème). Moi-même, je me suis prêtée à l'expérience.


Certes, l'idée est audacieuse et elle a éveillé notre curiosité. A vrai dire, nous avons eu beaucoup de mal à s'adapter à ce procédé. ça nous embrouille au contraire car en fait, comme on lit plus de français que  d'anglais, on traduit toujours dans sa tête quand les mots anglais apparaissent. Il me semble que le meilleur apprentissage qui soit est de lire directement dans la langue, même si on ne comprend pas tous les mots, on en saisit le sens. De plus, la qualité littéraire des histoires proposées n'est pas vraiment au rendez-vous.

Une façon de dire aux parents : vous voyez, votre enfant lit de l'anglais ! Mais je reste dubitative sur l'apport réel.

Nous ne sommes pas allées jusqu'à écouter les documents audio téléchargeables, qui reprennent l'intégralité des romans, peut-être à tort.

Une approche pédagogique très louable mais une fois de plus trop didactique.

4 titres sortis pour le moment.
Pour en savoir plus, c'est LA.

Collection Tip Tongue
Stéphanie Benson
Syros

vendredi 6 juin 2014

Monsieur Kipu

Je n'avais pas encore lu ce roman de David Walliams. Pas eu le temps lors de sa sortie.
Le fait qu'il ait remporté le Prix Tam Tam J'aime Lire récemment a à nouveau aiguisé ma curiosité et je ne le regrette absolument pas ! C'est un auteur dont j'ai lu d'autres romans (mais avant d'ouvrir ce blog...) et dont j'ai toujours apprécié l'humour et la profondeur des propos. Mine de rien, il a le don d'aborder des thématiques qui dérangent avec une bonne dose de drôlerie et un soupçon de réflexion, ce qui parle tout particulièrement aux jeunes lecteurs.

Vous l'aurez deviné : M. Kipu pue vraiment. Cela fait des années qu'il vit dans la rue en compagnie de sa petite chienne devenue noire sous la saleté accumulée. Chloé Croûton a décidé de lui parler. Malgré l'interdiction maternelle. Faut dire que du côté de sa famille, ce n'est pas rose tous les jours : une mère hystérique et sévère avec elle, un père qui s'écrase par confort, une peste de petite sœur. Une grande solitude pour la jeune fille, à l'embonpoint révélateur, moquée par ses camarades de classe. Ce SDF va lui ouvrir les portes de la confiance en elle... Un bien drôle de bonhomme qui va aussi tenir sa promesse de lui révéler le pourquoi de son errance.

Il y a dans ces pages de l'humour, de l'humanité,  de la solidarité, de l'humilité et de l'optimisme ! On ne s'ennuie pas une seconde comme toujours dans les romans de cet auteur. Une façon aussi de nous dire qu'il ne faut pas juger selon les apparences et que même une personne différente de soi peut avoir un cœur. En plus, il est illustré par Quentin Blake, ce qui ne gâche rien au contraire.

Une bien belle histoire. Une bien belle lecture. Qui fait passer un bien beau moment.
Bien adaptée au lectorat de fin de primaire et début de collège.

Retrouvez l'avis de :
-Les lectures de Kik

Bonus : les remerciements de l'auteur pour ce prix 



M. Kipu
David Walliams
Illustré par Quentin Blake
Albin Michel jeunesse
Collection Witty
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...