Lectures d'été #8 : T'arracher

Il ne pouvait y avoir meilleur titre que celui-ci pour nommer cette histoire (alors que l'image de couverture n'est pas franchement des plus adéquats pour l'illustrer mais bon...).

Lou est en terminale. Et elle vient de faire l'amère expérience de se faire larguer par un mec dont elle s'aperçoit peu à peu qu'elle n'était rien pour lui, juste une fille de plus dans sa nombreuse collection de conquêtes.

Sauf que Lou, elle, elle l'a toujours dans la peau, dans la tête, tout le temps, le jour, la nuit, à chaque souffle, à chaque seconde. Et cela devient invivable. Plus rien ne compte pour elle de sa vie d'avant. Que cet amour-là....

...Cet amour qui la ronge, la brûle encore, elle le recherche de ses yeux, de sa peau, même si elle sent bien que cela la détruit à petit feu. 

"Toujours là, le manque de Toi. Moins violent mais pas moins obsédant. Une maladie de longue durée. Je l'ai attrapée dès le premier baiser. C'était chaud et c'était bon. Une chaleur fourmillante qui part du bas ventre pour se diffuser partout. Comme irradiée de désir, j'étais. Jamais je ne me suis sentie aussi vivante et aussi vibrante et je ne sais pas si ça m'arrivera encore. Avec un autre que toi." (p. 98).

Alors, les échéances de la terminale, le bac, l'inscription APB (on s'y croirait !), les profs, les cours, les copains-copines et leurs petites vies, c'est à des années-lumière de ce que vit Lou, elle s'isole, s'effrite, plonge, se liquéfie au sens littéral du terme. Et ce n'est vraiment pas du côté de ses parents qu'elle trouve réconfort...bien démunis face à la mutation de leur fille.

Le lecteur la voit se débattre, impuissant, dans ce tourbillon anéantissant et ne sait plus trop comment se sentir face à tant de désarroi qui, il faut bien l'admettre, peut aussi lui rappeler des souvenirs douloureux. La musique que Lou écoute, comme écho à sa propre souffrance, lui permet un salut bienfaisant mais bien dérisoire. On se raccroche à ce qu'on peut. Un chemin de survie.

Puis peu à peu, avec l'aide d'un prof d'arts plastiques qui perçoit chez elle un don pour le dessin et qui l'encourage, elle reprend pied dans la vie et ses contraintes, essaie de se projeter dans un avenir possible, la cicatrice de cet amour dévastateur pas encore complètement refermée mais moins béante. 

"Le fil qui me retient à Toi est devenu mince. Transparent. Bientôt je n'aurai plus de matière pour penser à Toi. Doucement tu t'estompes." (p. 135).

Claudine Desmarteau, dont j'avais déjà beaucoup apprécié la plume dans le roman Jan, n'a vraiment pas son pareil pour décrire avec tant d'acuité les états d'âme de Lou face à ce tsunami déferlant sur elle et qui la cueille sans prévenir. On sent réellement la force de cet amour, il est palpable et vivant, c'est comme si on le tenait entre nos mains et qu'il nous brûlait les doigts. On plonge avec elle, on suffoque avec elle, on renaît avec elle. 

A travers ses mots, à travers son ressenti, cet amour physique emplit toutes les pages, il a à la fois la lourdeur et la solitude, la joie perdue et l'immense béance qu'il laisse derrière lui mais en filigrane aussi , et ça j'ai trouvé cela encore plus fort, l'angoisse de commencer sa vie de jeune femme avec la peur de ne plus pouvoir aimer à cette hauteur-là. Outch.

Une vraie claque, je vous dis. 
Emue et bouleversée.
T'arracher.
Avec toute la violence contenue dans ce mot. 
Arracher l'amour, un premier amour....si on visualise l'image, on se prend un sacré uppercut dans le cœur.

T'arracher
Claudine Desmarteau
Thierry Magnier

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