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lundi 29 février 2016

Anne Loyer : La plume noire-Le mur et interview de l'auteure

La plume noire : Hisse et Ho, tome 2
Editions Bulles de savon

Et voici le tome 2 de cette série très prometteuse mettant en scène les jumeaux Hisse et Ho, partis pendant un an sur un voilier avec leurs parents. Leur première destination les a menés en Bretagne (le tome 1) et dans ce deuxième opus, le cap est mis sur le Portugal où une nouvelle énigme à résoudre les attendent dans un environnement à couper le souffle ! Cette fois, c'est une plume noire qui est l'objet de toute leur attention, celle d'un cygne grandiose, qui n'est pas sans rappeler celui du conte d'Andersen en personne. Et si son nom était usurpé ?

Ce deuxième tome est un régal de lecture ! L'intrigue est extrêmement bien menée, les éléments arrivent peu à peu et s'emboîtent dans un rythme de plus en plus soutenu et mystérieux. Anne Loyer a su de plus y intégrer des éléments liés au pays (la gastronomie, le Fado,...), ce qui ne gâche rien. La rivalité gémellaire est toujours aussi touchante et pleine de vérité. De l'humour, de l'aventure, du suspense, tout est réuni pour plaire aux jeunes lecteurs. En plus, c'est un très bel objet, comme en témoigne la couverture. A l'intérieur, l'alternance des chapitres entre les deux enfants est mise en valeur par les dessins de Solenn Larnicol. 
Avec cette série, on respecte l'enfant lecteur, on le mène avec entrain sur le chemin heureux de la lecture.
Le prochain tome nous emmènera en Andalousie !

Le mur
Editions A pas de loups

Il s'agit du premier roman de la maison d'édition

Le mur : un beau matin, Dany se réveille mais dehors, plus rien n'est pareil. Un mur a poussé durant la nuit ! Aucun adulte, ni sa maman, ni le Kakiman (celui qui monte la garde), ni le Bleuman (celui qui en termine la construction) ne sont en mesure de lui expliquer cette absurdité. Car d'abord, l'enfant ne comprend pas. Il ne comprend pas pourquoi il ne pourra plus se rendre dans sa boulangerie préférée, désormais de "lautrecôté". Cet autre côté où il se rend compte que quelqu'un d'autre cherche aussi à comprendre. Et être deux à essayer de comprendre, c'est déjà un début non ? Le début de la solution...

En exactement 44 pages, ce roman pose d'emblée la thématique du non-conformisme et de la capacité de l'être humain à ne pas accepter des entraves à sa liberté la plus élémentaire. Avec des métaphores bien choisies car à hauteur d'enfant, ce roman pose avec intelligence et subtilité les ressorts de ce qui anime aujourd'hui la société contemporaine. A tous les niveaux. Car des murs, il y en a des invisibles aussi. Encore faut-il avoir l'envie d'aller voir plus loin que le bout de son nez et de porter l'envie d'agir ensemble comme valeur essentielle. Pas de jugement mais un roman qui est une invitation à une réflexion salutaire entre générations. Les illustrations de Nathalie Paulhiac sont très évocatrices et donnent une belle force au propos.


L'actualité littéraire d'Anne Loyer est très riche en ce début d'année. Elle a accepté de répondre à mes questions et je la remercie très sincèrement.

©Anne Loyer

1. Comment êtes-vous venue à l'écriture ? Que vous apporte-t-elle ?

Pendant des années j'ai écrit en tant que journaliste. Rédactrice pour Midi Libre, j'allais à la rencontre des gens pour relater leurs histoires : politique, faits de société, faits divers... j'ai tout traité. Et j'ai adoré. Et puis j'ai eu la charge d'une page enfants dans un hebdomadaire et j'ai commencé à recevoir des livres jeunesse. J'en lisais à mes enfants bien sûr, mais je n'étais pas très au fait de ce qui se faisait... J'ai rencontré pour une interview une formidable auteure nîmoise, Christine Palluy, et son univers m'a émerveillée. C'était comme si je découvrais un nouveau monde et une nouvelle possibilité : écrire des livres... Un rêve que j'avais mis de côté tant je l'estimais trop grand pour moi. J'ai d'abord ouvert un blog de chroniques afin d'assouvir ma nouvelle passion de lectures, j'ai contacté plein de maisons d'édition pour recevoir leurs nouveautés, j'ai été à Montreuil, j'ai suivi une formation sur l'histoire de la littérature jeunesse à la BNF (Bibliothèque nationale de France) et l'envie de tenter l'aventure n'a fait que grandir. Un changement de vie privée m'a permis de sauter le pas, je me suis lancée...
L'écriture m'offre un souffle supplémentaire. Comment qualifier cette seconde vie dont je pousse la porte chaque fois que je me mets à mon ordinateur et qui me permet de retrouver mes personnages ? C'est une évasion, un plaisir incommensurable, même si parfois c'est difficile de trouver les mots, d'être au plus prés des sensations qui m'habitent... L'écriture est un bonheur exigeant qu'il est nécessaire d'entretenir tous les jours pour mieux l'assouvir.


2. Vous écrivez pour les enfants et les ados : est-ce différent pour vous ?

Oui et non ! Au départ il y a cette même envie de raconter des histoires, d'explorer un thème. Après c'est la façon de l'exprimer, le choix des mots qui vont différer. On ne parle pas de la même façon à un enfant de 4 ans qu'à un adolescent de 14 ans, à un 6 ans qu'à un 10 ans ! Mais c'est justement cette diversité de tons et d'approches que j'adore dans la littérature jeunesse ! Quel plaisir de changer de registre, de ton, de passer de l'humour à la gravité, de l'aventure aux sentiments... Une seule chose reste identique, et pour moi elle est primordiale : c'est l'optimisme... On peut traiter de tout, sans tabou, il suffit de trouver les bons mots à condition de laisser une ouverture vers le meilleur. Les lecteurs qui sont les miens sont en pleine construction et cela me semble indispensable qu'ils puissent se projeter dans un avenir où la lumière domine !

3.Vos histoires oscillent entre aventures et sujets de société : les premières sont-elles une sorte de respiration, les secondes une nécessité pour vous ?

C'est vrai qu'entre Candy, roman ado sur l'avortement, paru chez Des Ronds dans l'O, et la série Hisse et Ho, romans d'aventures et d'humour, chez Bulles de savon, les sujets sont aux antipodes. Mais comme je le disais à la question précédente, cette variété m'est nécessaire, car la vie est plurielle, folle, heureuse, forte, émouvante et éprouvante aussi... C'est ce que je tente de traduire dans mes livres. Ainsi Le mur, mon dernier roman chez A pas de loups, traite d'un thème d'actualité de manière décalée alors que Quel cirque ces vacances, chez Kilowatt est résolument tourné vers le drôle... même si j'y parle de confiance en soi qui n'est pas forcément facile à acquérir et ce, à tout âge de la vie !

Ma chronique
 4. Vous écrivez des histoires toujours pleines de sensibilité et d'humanité : d'où vous vient cette inspiration ?

Merci d'abord pour ces deux mots... des qualificatifs qui, lorsqu'ils définissent mon écriture, me ravissent au plus au point. Une fois de plus je pense qu'il faut être attentif aux autres, curieux de la vie qui passe (autour de soi et en soi). L'inspiration est partout, il suffit d'ouvrir les yeux, les oreilles, les narines... d'être réceptif à ce qui se passe dans son quotidien comme dans le monde. L'écriture, et c'est vrai, est un métier solitaire, mais il est pourtant ce qui permet d'aller vers les autres, d'engager un dialogue avec l'actualité, l'histoire, le passé, le présent comme le futur... Il me semble que rester en éveil est un impératif indispensable si l'on veut faire passer du sensible et de l'humain...

5. Pourriez-vous nous parler d'un projet en cours ? ou si c'est top secret, de vos projets à venir ?

J'ai beaucoup de projets en cours et à venir ! Et j'en suis ravie ! Une fois de plus, ce sont des projets très différents ! Je viens de terminer six textes pour les 6 ans ! Un ensemble d'histoires très différentes dont l'adaptation d'un conte, celui de la Reine des Neiges, à partir de la version d'Andersen. C'est un exercice que n'avais encore jamais fait et  j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce texte que je ne connaissais pas... Pour la petite histoire j'ai vu le film de Walt Disney ensuite et j'ai été terriblement déçue, tellement cette adaptation cinématographique est loin du texte original...
J'ai ensuite été sollicitée pour écrire la fiction d'un cahier d'activité pour les 6 ans encore ! Cela aussi été une première, mais le héros je le connais bien puisqu'il s'agit de Kimamila ! Deux autres cahiers doivent suivre !
Pour une autre maison d'édition j'ai écrit un conte de Noël qui devrait sortir pour la fin d'année ! Ce sera un nouvel album CD ! et l'illustrateur choisi par l'éditrice est juste incroyable ! C'est un projet sur lequel je me suis donnée à fond car l'enthousiasme autour de cette création était particulièrement inspirante !
Et depuis octobre, je travaille sur un roman, une dystopie... Le plus gros ouvrage que j'ai jamais écrit jusque-là, un défi fou pour lequel un éditeur m'a sollicitée ! Un vrai bonheur pour un auteur même si l'angoisse est au rendez-vous à chaque ligne : la peur de ne pas y arriver, la peur de décevoir... mais quelle adrénaline aussi que d'écrire alors que le contrat est déjà signé ! Cela ne m'était jamais encore arrivé ! Bref c'est un immense challenge et une chance immense, que j'espère mener à terme et qui devrait voir le jour pour la rentrée de septembre ! 

6. Etes-vous une grande lectrice ? Votre livre de chevet en ce moment ?

Je suis une dévoreuse ! Je lis tout le temps et je ne sors jamais sans mon livre... Bouquiniste, médiathèque, librairie... je vais partout où les livres sont ! Actuellement je suis en train de lire Paris est une fête d'Ernest Hemingway que j'ai acheté chez la bouquiniste à côté de chez moi. Il y relate ses débuts d'écrivain à Paris... et j'aime ses doutes, ses rencontres, sa truculence, sa liberté... Ensuite, je relirai La guerre des mondes de H.G. Wells que j'ai emprunté à la médiathèque. Mais depuis que j'ai arrêté mon blog Enfantipages, je n'oublie pas la littérature jeunesse... Je viens de terminer Dysfonctionnelle d'Axl Cendres et sur ma table de nuit Itawapa de Xavier-Laurent Petit m'attend déjà !

Merci pour toutes ces questions  et cet intérêt pour mon travail.

Mes autres lectures des romans d'Anne Loyer :
-Dino la panique

Et pour suivre son actualité : Le blog d'Anne Loyer

vendredi 26 février 2016

Cui cui et Pipeau

Deux albums sortis récemment aux Editions du Rouergue qui invitent à s'interroger, chacun à leur manière, sur la question du point de vue.




  • Le premier est signé Marine Rivoal, dont j'avais déjà beaucoup apprécié le précédent album  : Trois petits pois.

" cui cui" s'ouvre sur le profond ennui d'une étoile de mer (bien visible sur la couverture) alors qu"Au loin, tous les animaux semblent bien s'amuser". Et pour cause ! Entre les oiseaux, le crocodile, l'autruche, l'éléphant, le singe, le caméléon, et le serpent, c'est le concours des transformations et des devinettes. Et notre étoile de mer, elle, reste bien à l'écart...sauf si un animal lui donne un sérieux coup de main pour son envol et ainsi clouer le bec aux oiseaux bien moqueurs du haut de leurs branches.

Des couleurs très gaies, un rythme dans la narration, des jeux de mots, beaucoup d'observation, une chute de haut vol, bref, un album bien séduisant et très original.
Et une technique de gravure employée fascinante. C'est par là.




  • Le deuxième est signé Olivier Douzou (qu'on ne présente plus !) : "pipeau".
Quand j'ouvre un livre de ce grand artiste, je sais toujours que la surprise m'attend, voire même que je vais être bousculée dans mon approche. Olivier Douzou ne s'interdit rien quand il s'adresse aux tout-petits.
Dans ce petit format, il est d'emblée fait allusion au tableau "La pipe " de Magritte. Et en effet, tout part d'une pipe qui se transforme tour à tour en drôles d'animaux pipés jusqu'à Pipeau l'oiseau et la chute finale, qui là aussi prend de court le petit lecteur.
Voyez la couverture : on y retrouve ces éléments à l'intérieur dans un ordre étudié, facilitant l'esprit d'observation , dans ces couleurs chaudes, ces formes géométriques sur fond blanc ou coloré, qui interpellent le regard, changent la perspective du point de vue : est-ce la réalité ou du pipeau ?
Graphiquement, c'est architectural, juste des bandes blanches en haut et en bas pour laisser la place du texte et permettre aux illustrations de s'épanouir et de prendre le dessus dans les propositions.
Une approche résolument moderne, travaillée, originale et qui me séduit tout particulièrement.

Deux albums qui induisent du jeu chacun à leur façon avec le lecteur.

14ème et 15ème albums/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

cui cui 
Marine Rivoal
pipeau
Olivier Douzou
Editions Le Rouergue


mercredi 24 février 2016

Les petits orages

Le 4 janvier dernier, j'écrivais à Marie Chartes en ces termes : 
"Bonsoir,
Je mesure la chance d'avoir pu lire votre prochain roman "Les petits orages" bien en avance. Je viens juste de le terminer et les premiers mots vont pour vous. Dès les premières lignes, j'ai su. J'ai su qu'il me toucherait autant. Il a illuminé ce début d'année. Je vais le faire lire dans mon entourage. Et je vais le relire avant sa sortie pour le chroniquer et relever tous les passages que j'ai relu plusieurs fois déjà. Pour leur Lumière. Merci à vous. Vraiment. Bien à vous." Pépita-Blog Mélimelodelivres

Et voici sa réponse : 
"Bonjour Pépita,
Que votre message me met en joie, merci beaucoup ! On doute tellement avant la sortie d'un livre ! C'est vrai qu'avec ces petits orages, j'ai voulu travailler le cheminement, la lumière, l'équilibre entre la joie et la gravité.
Encore merci,
Amitiés , Marie"


Voilà. Etre blogueur, c'est aussi cela.
Des livres qui permettent de belles rencontres.
Alors, j'ai tenu ma promesse.
Il est rare que je lise un roman deux fois.

C'est un roman sur une rencontre entre deux garçons, cabossés par la vie. Un garçon devenu handicapé à la suite d'un accident dont il ne se souvient pas vraiment. Pourtant, il perçoit qu'il y est peut-être pour quelque chose. Sa maman en est sortie en fauteuil roulant. Son papa fait ce qu'il peut. Depuis un an, de la pitié, il n'en peut plus. Il devient maladroit dans son rapport aux autres. Il va faire la rencontre d'un indien. Oui, d'un adolescent indien, surdoué de surcroît. Imposant, sûr de lui, autonome. Lui aussi a sa blessure mais la surmonte autrement. Ils vont partir tous les deux "on the road" pour un voyage qui va les bouleverser.

Une vraie rencontre. Leurs dialogues à ces deux-là sont d'une telle justesse, graves et légers à la fois. Par moments, on ne peut s'empêcher soit de sourire soit de verser une larme. Ils vont chacun apporter à l'autre ce dont il a besoin pour avancer sur le chemin de la vie. Et changer le regard sur eux-mêmes et sur les autres : "Parce que chacun, à sa façon, doit sortir de sa réserve".

Ne passez pas à côté de cette pépite, foi de Pépita !

Immense coup de cœur pour ce roman qui a illuminé mon début d'année et qui sort aujourd'hui en librairie.

Les petits orages
Marie Chartres
Ecole des loisirs

lundi 22 février 2016

A bas la lecture !

Dans mon travail de bibliothécaire, je rencontre quotidiennement des enfants dont le rapport à la lecture n'est pas simple, vécue comme une obligation, voire une contrainte dans laquelle ils ne se retrouvent pas. Et pour peu que l'adulte qui les accompagne s'en "mêle", avec dans son discours d'encouragement, son propre rapport à la lecture, joyeux ou malheureux, force est de constater que lire est un acte infiniment complexe.

Nous n'entrons pas tous de la même façon dans cette activité pourtant essentielle pour apprendre, pour nourrir son imaginaire, pour communiquer,...Car c'est un fait, l'homme est un être de paroles.

Alors, quand j'ai vu ce livre sortir, il a tout de suite aiguisé ma curiosité de passeur du livre.

Déjà le titre annonce la couleur et de la couleur il y en a sur cette couverture pétante avec des slogans dignes d'un esprit de révolte qui a besoin de s'exprimer.

Et à l'intérieur, il s'exprime cet enfant-chat ! Sous forme de petits dessins colorés et d'un texte souvent très pertinent sur toutes ces situations de lecture désolantes pour quelqu'un qui n'aime pas lire. Ce que l'on ressent surtout, c'est le désarroi de celui qui n'y arrive pas alors que pour les autres, cela semble si évident. Des bonnes raisons ou des mauvaises, des situations concrètes, des données sur des livres ou des bibliothèques ou des auteurs, tout y passe et c'est drôlement bien fait. On sent même qu'il s'en faut de peu pour que cet enfant-chat passe de l'autre côté.

Ce qui est indéniable, c'est que lire, cela demande un effort et que cet effort-là parait inatteignable pour certains. Pourtant, la lecture est multiple et ne se trouve pas seulement dans les livres.

Un petit livre qui, l'air de rien, remet bien les pendules à l'heure et permet de dédramatiser  l'acte de lire ou pas.

Il a l'avantage de mettre des mots sur des situations vécues par des enfants, sur leur ressenti par rapport à la lecture qu'ils n'osent pas forcément exprimer devant l'adulte, qui lui, lui enjoint de lire.

De l'humour et de la pertinence, une réussite !

Car on a aussi le droit de ne pas aimer lire et qu'on a toute une vie pour changer d'avis !



A bas la lecture !
Didier Lévy
Bobi+Bobi
Oskar jeunesse

vendredi 19 février 2016

Lily

1961. Lily à 16 ans. Elle se destine à la danse. Bientôt le concours de l'Opéra de Paris. Mais depuis quelques mois, depuis le départ de son grand frère Michel, 20 ans, pour l'Algérie, elle n'est plus la même Lily. Ce grand frère adoré, qui remplace son père mort quand elle avait 5 ans, lui manque plus que tout. C'est comme une brûlure. Elle ne sait plus où elle en est, le dialogue avec sa mère est difficile. Elle voit bien qu'elle souffre elle aussi mais elles n'arrivent plus à s'atteindre mutuellement.  Et puis tous ces événements, cette guerre qu'on ne veut pas nommer, c'est difficile à comprendre. Mais Lily va devoir affronter ce monde violent et essayer d'apprivoiser cette absence et grandir en maturité.

C'est là un roman qui vous emporte d'emblée dans le Paris de cette époque avec d'un côté la politique bien difficile à cerner -quel camp choisir ?- et de l'autre une ville en pleine ébullition intellectuelle. 

Ce sont deux voix de la famille de Lily qui dans leur dialogue portent à la connaissance du lecteur cette histoire et cela rend le récit très dynamique et très proche. Le grand-père ( qui n'est autre que le cousin cinéaste de Lily) et sa petite fille qu'on devine être l'auteure elle-même adolescente. 

S'alternent également les deux voix de Lily et de Michel, l'une dans son quotidien à Paris, dans ce monde très fermé et très exigeant de la danse, l'autre en Algérie et ses désillusions face à cette guerre bien loin de ses valeurs et de ses convictions d'instituteur de la République.

On pourrait croire que l'auteure embrouille son lecteur : et bien, non, la construction est parfaitement maîtrisée et j'ai aimé ces va-et-vient entre les époques car ils démontrent qu'une famille est faite d'histoires aussi, de sa propre histoire et qu'il est important de la transmettre.

C'est un roman très riche  : sur nos choix, nos erreurs, nos résistances, nos défaillances, nos concessions, nos compromis. Ceux qu'on nous impose et ceux qu'on se choisit.
Mais c'est surtout le roman d'une jeune femme, Lily, sur son émancipation, sur sa maturité qui éclot, sur son passage à l'âge adulte.

J'en retiens une phrase de la page 200 : "Il n'y a pas de hauteur, juste le bonheur d'être soi".

De nombreuses références cinématographiques, musicales et bibliographiques le rendent aussi bien ancré dans cette époque des années 60. Et saluons au passage la très belle couverture signée Séverin Millet.

Je suis aujourd'hui très contente de ne pas être passée à côté de cette lecture, sur ce destin lumineux d'une jeune fille en devenir.


Lily
Cécile Roumiguière
La joie de lire
Encrage


mercredi 17 février 2016

L'arbragan-Un petit bois mystérieux

Depuis que je l'ai enfin entre les mains, cet album fait désormais partie du panthéon de mes livres précieux !

Une petite merveille de poésie et de sensibilité...

On y fait la connaissance d'un jeune garçon solitaire (on ne connait pas son nom) : "Je fais les choses tout seul. Et n'allez pas croire que ça m'embête".

Mais ce que ce jeune garçon préfère, c'est grimper dans son arbre. Celui qu'il s'est choisi et qu'il appelle Bertolt.

Un chêne majestueux, unique, grandiose.
Son ascension se mérite, c'est sûr mais une fois dans sa ramure, on est le maître du monde. Et on n'y est plus seul. Toute une vie y bruisse. Il suffit de se mettre à sa portée, de l'observer, de s'y fondre et de s'y faire un tas d'amis. La solitude se mue alors en aventure.

Alors, évidemment, le printemps est attendu impatiemment par ce jeune garçon. C'est la saison où les arbres se réveillent et où chaque espèce se pare de ses plus beaux atours.

Sauf que ce printemps-là, c'est la cata : il faut se rendre à l'évidence, Bertolt est mort. Oui, MORT. Oh, il y a toujours l'espoir qu'il puisse se réveiller. Mais que faire pour lui ? Le titre nous dit tout, et c'est d'ailleurs sur cet objet bien utile en cas de froid que commence l'histoire.

C'est là un album qui touche au plus profond : simple, sensible, poétique, humain, empathique et philosophique. Il touche à une multiplicité de thèmes sans en avoir l'air. Et que celle ou celui qui ne s'est jamais choisi un arbre comme confident ou cabane lève la main !

Des illustrations à la Sempé, juste coloriées comme des esquisses, toutes en délicatesse, et un rythme texte/images très agréable avec des temps de pause dans la lecture pour mieux savourer. De l'humour, de la profondeur, des éléments botaniques, zoologiques et ornithologiques glissés ça et là (il en connait un rayon ce petit garçon sur la nature, mais sait-il que le chêne semble toujours "mort" au printemps ? Il ne perd pas ses feuilles à l'automne, elles se rabougrissent et le renouveau part d'elles au printemps un peu plus tard que les autres arbres...J'aimerais tellement comme lui que Bertolt soit toujours vivant !).

Immense coup de cœur !

Retrouvez l'avis du Tiroir à histoires

BONUS

A partir du 26 février 2016, l'arbre Bertolt
 va s'installer au jardin Botanique de Montréal.
En vrai !


Et pour rester sur les arbres, je ne résiste pas à l'envie de vous présenter ce magnifique livre pop-up enchanteur.

Un livre exceptionnel et magique : du soleil levant au soleil couchant, chaque double-page offre une vision du bois dans sa vie diurne et nocturne.

Des surprises et des couleurs vives, un tout petit texte juste pour évoquer, du bruissement de papiers à chaque tourne, on en a plein les mirettes.

Je n'ai pas trouvé de vidéo pour le montrer mais filez chez votre libraire pour cette petite merveille  de conception et d'ingéniosité.

Complexe et simple à la fois, 

Une merveille !


11ème et 12ème albums/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

L'arbragan
Jacques Goldstyn
La Pastèque

Un petit bois mystérieux
Susumu Shingu
Gallimard jeunesse 



lundi 15 février 2016

Les regards des autres

Laure n'en peux plus. C'est la boule au ventre qu'elle se rend chaque matin au collège et des années que ça dure... Une bande de filles la harcèle et elle ne sait jamais quand leurs brimades ou leurs coups vont tomber. Repli sur soi, manque de confiance, souffrance physique et psychologique, résultats scolaires en baisse, envie de fuguer et passage à l'acte, violence rentrée... Tous ces signes devraient alerter les adultes du collège mais rien ne se passe. Se confier à ses parents ? Elle n' y arrive pas, c'est trop lourd. C'est à sa tante qu'elle va réussir à parler. Et tout va s'enclencher. Oh, elle n'est pas dupe Laure. Elle sait qu'il faudra encore du temps pour se relever mais maintenant elle est prête à lutter et à se défendre.


Des romans sur le harcèlement, ce n'est pas le premier. Mais celui-ci a vraiment quelque chose en plus : on n'est pas dans la démonstration du harcèlement ( la violence qu'il induit se lit entre les lignes) mais il se place d'emblée sur ses conséquences, sans faux semblant. Sur ses enjeux ou plutôt une tentative de compréhension de ses mécanismes : car Laure, plus que de s'apitoyer sur son sort, cherche à comprendre le pourquoi. Pourquoi d'autres jeunes de son âge s'en prennent à d'autres ? Elle se rapproche d'un garçon, Léo, qui a grandi avec elle et qui lui est du côté des harceleurs garçons, et elle découvre que victime, il l'est lui aussi. Être harceleur, c'est un piège qui se referme sur celui qui accepte de le devenir : pour exister. Le collège est une jungle.

On découvre à travers ce roman ces codes que les jeunes s'infligent entre eux, par-devers les adultes, souvent incompréhensibles (une tenue vestimentaire pas adaptée, un look qui ne plait pas, une origine sociale différente, des résultats scolaires trop brillants...) et le harcèlement démarre et il est différent que l'on soit fille ou garçon : davantage dans la brimade verbale pour les filles, dans les coups chez les garçons. 

Et les adultes dans tout ça ? Un regard sans concession de la jeune fille sur leur indifférence apparente-plusieurs fois elle a envie de se confier mais renonce- mais elle s'aperçoit que sa parole est entendue dès qu'elle accepte de la faire sortir.

Ce roman est donc pour moi fort réussi car il englobe tout sur le sujet, sans parti-pris. : plus que sur le harcèlement stricto sensu, il prend de la hauteur et cherche à montrer l'importance de la parole en cas de souffrance et qu'il faut des lieux et surtout des personnes pour la recueillir. En toute confiance.

La confiance est la meilleure arme contre ce fléau. 

Un roman très positif donc malgré sa douleur.

Merci Laure pour ton cheminement.
Puisse-t-il permettre à des jeunes comme toi de pouvoir enfin affronter les regards des autres en toute dignité. Car oui, les regards des autres sont multiples.

Un roman nécessaire je trouve pour une maman qui a été confrontée à ce fléau pour un de ses enfants.

Les regards des autres
Ahmed kalouaz
Le Rouergue 
Doado


samedi 13 février 2016

Pauline demoiselle des grands magasins

Oui, je sais, la couverture et le titre ne sont pas particulièrement attirants.
Et pourtant, ce roman vaut le détour. Et la couverture et le titre correspondent parfaitement au contenu.

Pauline (16 ans)  et ses deux jeunes sœurs, Lucille (14 ans) et Ninon (6 ans) sont contraintes de quitter leur Normandie natale. Leur marin de père est trop absent : de par son métier mais aussi depuis la mort de leur mère. 
Recueillies par un oncle et une tante qui attendent leur septième enfant, elles ne peuvent plus être une charge.
C'est donc le départ pour Paris, la recherche d'un emploi, la découverte de la vie parisienne et de sa transformation (nous sommes au temps des travaux du baron Haussmann). Pauline va faire carrière à l'Elégance parisienne, un magasin avant-gardiste aux techniques commerciales modernes. 
Mais les rouages de la réussite vont tourner lorsqu'elle devra aller au secours de sa plus jeune sœur. Prête à tous les sacrifices, même celui de refuser l'amour, elle doute un temps de son avenir. Mais la roue tourne dans ce siècle en pleine ébullition et elle saura s'imposer à force de ténacité, d'intelligence et de respect de ses convictions, même jusqu'à faire évoluer un peu la condition des femmes. 

Une bien belle surprise que ce roman ! 
Un style d'écriture complètement en accord avec l'époque, il montre parfaitement bien les conditions de travail difficiles, la concurrence commerciale acharnée, le sort des petites gens dévorés par la bonne fortune des uns, mais surtout il est lumineux dans ce destin incroyable de cette jeune fille très attachante.

On en verrait bien un téléfilm. En tous cas, j'ai bien envie de lire la suite, celle de Juliette, la mode au bout des doigts, personnage amie de Pauline, qui rêve de devenir styliste. Et quelque chose me dit qu'elle va y parvenir et que Pauline n'y sera pas étrangère...

Cependant, je ne sais pas si les jeunes gens lecteurs d'aujourd'hui vont être séduits par ce type d'histoire. Je me pose vraiment la question et j'ai envie de leur dire que ce serait bien dommage de passer à côté, car c'est le témoignage d'une époque qui est aussi le reflet de la nôtre.

Existe aussi en version numérique

Pauline, demoiselle des grands magasins
Gwénaële Barussaud
Fleurus

jeudi 11 février 2016

Auprès de La Fontaine... Fables en haïku

Et voici le troisième volume de cette fabuleuse collection...


Après le magnifique "Il était une fois...Contes en haïku" en 2013, et "Autrefois l'Olympe : Mythes en haïku" en 2015, le duo Agnès Domergue et Cécile Hudrisier récidive, pour notre plus grand plaisir des oreilles et des yeux, avec cette fois les fables de La Fontaine en 20 petits courts vers , illustrés d'une manière aussi cristalline et suggestive. 

Tant sur le fonds que sur la forme, c'est un réel plaisir que de faire claquer sous sa langue ces sonorités, de deviner quelle fable se cache dessous (et ce n'est pas toujours facile !) et tant mieux, car on ne boude pas son plaisir de la découverte ou re-découverte de ces Fables pourtant pour la plupart connues et apprises. Qu'on soit enfant ou adulte, chacun peut s'en délecter.

On se prend au jeu de redécouvrir la morale sous-jacente et ces quelques mots suffisent à la faire resurgir ou bien même à la remplacer.

Quel travail remarquable dans cette trilogie qui renouvelle à chaque fois le genre, sous cette forme de devinettes, et quelle délicatesse dans les traits : on ne s'en lasse pas. On tourne les pages avec révérence tant on n'a pas envie de briser cet instant de découverte qu'offre chaque page. Une vraie gourmandise.


Auprès de La Fontaine... Fables en haïku, Agnès Domergue et Cécile Hudrisier from Editions Thierry Magnier on Vimeo.

Ce tome-ci va rejoindre les deux autres dans ma bibliothèque.

Une bien belle collection à lire et relire et à offrir !

Coup de cœur !

10ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Auprès de La Fontaine...
Fables en haïku
Agnès Domergue
Cécile Hudrisier
Thiery Magnier

mardi 9 février 2016

Chat Chat Chat

Pour mon boulot, je fais 80 km par jour...
Alors, je joins souvent l'utile à l'agréable et j'écoute souvent des livres CD jeunesse.

En ce moment, c'est celui-ci que j'écoute en boucle et les conducteurs qui me croisent doivent penser que je suis bienheureuse tellement je me bidonne !

Pas moins de douze chansons avec la voix chaude, cocasse et espiègle de Pascal Parisot qui a dû embaucher les chats eux-mêmes pour leur faire avouer leurs petites manies tellement on les reconnait bien là.

D'ailleurs, mon propre chat y a eu droit : les miaous du CD l'ont un peu surpris.

Son légendaire sommeil, son langage, son amour des croquettes, ses rêves ...tout y passe avec espièglerie, porté par un style bien jazzy qui donne envie de se trémousser et au passage , on reconnait quelques standards arrangés à la sauce matou.

Bref, on ne s'en lasse pas, les dessins de Charles Berbérian vont pile poil à ces félins de tout poil.

Et je vous assure qu'après, chat va drôlement bien !

Pour écouter des extraits, c'est là, sur le site Didier jeunesse.

Retrouvez l'avis du Tiroir à histoires


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Pascal Parisot
Dessins de Charles Berbérian
Didier jeunesse

dimanche 7 février 2016

Appli coup de cœur #15 : Morphosis

Morphosis est une application tirée du film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, "Saisons", sorti en salle le 27 janvier dernier.

Il s'agit d'un jeu documentaire pour comprendre 20 000 ans d'évolution du paysage, des transformations de la nature et de son façonnage par l'homme.

On part d'une molette dans le bas de l'écran à faire tourner  et au fur et à mesure, six tableaux apparaissent correspondant à six époques, de l'âge de glace à l'époque contemporaine.

A chaque fois, une immersion ludique où le lecteur est invité à interagir pour faire progresser l'histoire et remporter les trois étoiles de chaque tableau. Des éléments scientifiques sur la période sont apportés de façon claire et en lien avec ce qui est donné à voir. C'est très instructif, absolument pas rébarbatif, l'angle d'information est très bien annoncé dès le départ de chaque séquence. 

Je l'ai testée avec des enfants à partir de six ans et franchement, une fois le fonctionnement bien acquis de l'application, ils sont concentrés, réagissent à ce qu'ils entendent et vont au bout sans en perdre une miette. Et à la fin , on entend : "J'ai appris plein de choses !". Qui dit mieux ?

Episode 2 : Les îles


Une application de très belle qualité, gratuite, qui offre une expérience de lecture ludique et esthétique, à faire en famille.

A ne pas manquer !


Morphosis
Saisons
France Télévisions
Gratuit
AppStore et Google Play

vendredi 5 février 2016

La promenade de Petit Bonhomme

Une comptine à raconter avec la main...
Telle est l'indication.
Et elle ne ment pas.

Quand on ouvre : un petit carré jaune qu'on ouvre à son tour.
Avec des conseils pour raconter ce livre.
En situation.
Avec la main droite ou la main gauche.
Le texte est ainsi écrit dans les deux sens, sur chaque page en tête-bêche,  selon qu'on lit à côté de l'enfant ou devant un groupe d'enfants. On pourrait croire qu'on peut relire le livre dans l'autre sens comme dans son précédent livre "Prendre et donner", et bien non.

Un haut de page blanc et un bas avec des collages colorés, comme de la peinture sur soie, pour raconter la promenade de petit bonhomme, sa journée, ses activités, jusqu'à une grosse faim, celle du P'tit bonhomme pardi ! 

On se joue des pages, on utilise le livre comme un vrai support de narration.

J'ai un immense coup de cœur pour cet album qui respecte infiniment le tout-petit dans son regard sur le monde. C'est là plus qu'un livre-jeu, une simplicité doublée d'une expérimentation qui renouvelle la comptine, voire même le conte. Parce qu'avec ce livre, on a de suite envie de raconter puis de conter avec ses propres mots.
Sûre aussi que les petits sauront se l'approprier comme il se doit, avec leurs petites mains pour nous accompagner dans cette promenade, avec les rituels du quotidien.

Lucie Félix devient réellement une auteure pour les tout-petits avec des propositions à leur réelle portée.

Chapeau !

8ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

La promenade de petit bonhomme
Une comptine à raconter avec la main
Lucie Félix
Les grandes personnes

mercredi 3 février 2016

Les aventures rocambolesques de l'oncle Migrelin

Un premier roman jeunesse de la grande Elzbieta, 80 ans, franchement, il ne fallait pas laisser passer !

Une couverture bien pétante, bien dans le mouvement. 

Et franchement, j'ai beaucoup aimé tant le fonds est surprenant de trouvailles et de surprises.

Il ne faut pas imaginer un roman au sens strict mais une recherche. 

Et en effet, le lecteur a vraiment le sentiment de fouiner lui aussi dans les archives de cet oncle Migrelin, découvertes des années plus tard par son neveu. Et il se trouve que ce Migrelin a vécu une bien drôle d'histoire en compagnie de sa grand-mère, toujours armée de sa canne, afin de faire rempart à son anniversaire, qui revient tous les ans, le bougre !

Et c'est parti pour un voyage à travers des lettres, des papiers, des articles de journaux, entrecoupés par les réflexions du neveu en train de découvrir cette énigme. 
Et ça fonctionne ! On y rencontre des êtres farfelus, des drôles de bêtes du règne animal, un trafic au zoo, un professeur médium. On part en Ecosse, en Chine et de tribulations en tribulations, l'énigme se résout, enfin presque, parce que la grand-mère reste quand même un brin mystérieuse !

C'est bourré d'inventivité, d'humour au second degré, de suspense, ce qui ravira les jeunes lecteurs avides de mystère. En plus, ça se lit tout seul ces 60 pages, parce que hein, les enfants d'aujourd'hui, c'est ce qu'ils aiment pour la plupart : une belle couverture, pas trop de pages, de l'aventure, du déjanté. 

Un roman qui renouvelle le genre, assurément.

Bravo grande dame !

Les aventures rocambolesques de l'Oncle Migrelin
Elzbieta
Le Rouergue
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