Quand les adultes font du mal...

Deux romans que j'ai eu envie de mettre en parallèle car ils abordent la thématique de la souffrance enfantine provoquée par les adultes avec beaucoup de tact.




Tout le monde sait faire du vélo par Ingrid Chabbert et Maurèen Poignonec.-Kilowatt : Antoine se fait bien moquer. Il n'arrive pas à faire du vélo. Pourtant, tout le monde lui dit que c'est trop facile et que tout le monde sait faire ! Lui, ça, ça le rabaisse. D'autant qu'à la maison, c'est pas la joie : maman pleure tout le temps, et est agressive avec lui, si ce n'est pire. Antoine est déboussolé. Alors tenir sur un vélo, franchement ! Heureusement, une nouvelle petite voisine s'installe en face de chez lui. Coralie va lui donner confiance en lui, en même temps que les soucis à la maison trouvent une solution salutaire pour chacun.
Ce roman, l'air de rien, sous couvert d'un apprentissage difficile, sait trouver les mots justes pour aborder la souffrance d'un enfant, perturbé par le comportement trop rigoureux des adultes, car eux-mêmes en souffrance. D'une situation délicate, il en fait du positif où chacun retrouve la place qui doit être la sienne : l'enfant vivre sereinement sa vie d'enfant et les adultes se comporter en responsables de leurs actes. Beaucoup de pudeur et de sensibilité. Les illustrations apportent de la gaieté dans ce quotidien lourd et éclairent très bien les situations vécues dans les lignes.



La porte de la salle de bain de Sandrine Beau.- Talents hauts, Ego : Mia attend avec impatience la transformation de son corps, enfin, le haut. Elle trouve même que ça ne va pas assez vite. Sauf que rapidement, elle se rend compte que le regard, surtout des hommes, a changé. Llyod, le petit ami de sa mère, que celle-ci a tendance à laisser tout passer, s'y met aussi. Enfin...il fait exprès d'entrer dans la salle de bain quand Mia s'y douche. Très vite, le malaise s'installe. La jeune fille a peur de lui. Il va même trop loin. Elle met en place alors des stratégies d'évitement, immédiatement dénoncées par Llyod à sa mère qui y voit seulement des caprices d'ado. Mia n'a qu'une solution : se confier à sa grand-mère, qui, elle, va le confondre.

Ce roman, je voulais le lire depuis longtemps et je n'ai pas été déçue. Sandrine Beau a très bien su se mettre à la place des sensations de cette jeune fille, qui souhaite à raison préserver son intimité et sa poitrine naissante. Par petites touches, le récit est amené avec beaucoup de respect et en même temps tous les éléments se mettent en place de manière implacable. Le lecteur, en spectateur, assiste impuissant à ce qui se trame sous ce toit et ressent physiquement la peur de Mia. 

Tous les mécanismes de l'abus sont là : les allusions, le déni, la culpabilité que l'adulte fautif veut faire porter à sa victime, la peur, la souffrance, la révolte, le sentiment de devenir une proie facile sans échappatoire, l'envie de dénoncer mais les scrupules qui empêchent de,...jusqu'à la parole qui délivre, le fait d'être crue aussi et prise au sérieux par un adulte protecteur.

C'est là un roman indispensable pour aborder le sujet des attouchements sexuels, qui peuvent survenir dans n'importe quelle famille. J'ai particulièrement aimé l'issue favorable donnée, c'est important comme message. Qu'une fille ne doit pas tout subir des hommes mais au contraire que son corps doit être respecté, et à travers lui, sa personne.

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