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mercredi 30 novembre 2016

Happy end-La Marque

Un roman pas très épais mais qui en quelques pages sait parfaitement planter le décor mais surtout le ressenti des personnages : quand Tom, 17 ans, esprit d'enfant dans un corps d'adulte, rencontre Béa, sa voisine qui vient juste d'emménager avec son père en face, il sait que rien ne sera plus comme avant. Avec sa sensibilité à fleur de peau, il sent qu'il se passe des choses. Malgré sa peur panique, il va la sauver.

Anne Loyer aborde là la normalité et que rien n'est écrit d'avance : on ne peut pas mettre les gens dans des cases bien rangées juste pour se rassurer.  Juste pour pas que ça déborde. Tom, lui, se laisse submerger par ses émotions mais il essaie de les contrôler aussi pour le meilleur. Pour sa victoire à lui. Pour sauver Béa.

Un roman qu'on lit presque en apnée tant les sentiments qui affleurent vous prennent. Heureusement que le titre indique une fin qui finit bien !


Anne Loyer s'essaie au fantastique : un roman bien mené, avec des trouvailles cohérentes mais surtout des personnages à la psychologie bien fouillée.
La Marque c'est un monde dominé par la cité-oasis Kyos qui régule la distribution de l'eau. Tout autour, ce n'est que désert et soleil torride à cause du réchauffement climatique. Celles et ceux qui naissent avec une marque sur leur front peuvent espérer pouvoir entrer dans la cité à leur 15 ans. Sauf que certains se révoltent. Kyos ne serait-elle qu'un mirage aux alouettes ? Voire pire : une cité mensongère qui exploite ?
Je me suis laissée embarquer par cette histoire même si j'ai trouvé certains aspects assez prévisibles. Les personnages m'ont davantage convaincue. Et je préfère l'écriture de l'auteure dans un registre plus social. Mais, ça, c'est mon avis ! Les adolescent.es peuvent aisément s'identifier à cette intrigue et se reconnaître dans le trait de caractère des personnages, mais surtout apprendre à se méfier de la manipulation de tout pouvoir. Un sujet dans l'air du temps.

Anne Loyer
Happy End
Alice éditions
La Marque
Bulles de savon

lundi 28 novembre 2016

Mon frère des arbres

Les illustrations de Laurent Corvaisier magnifiques, foisonnantes, colorées, c'est d'abord ce qui m'a attirée dans cet album. Elle se suffisent presque à elles seules pour cette histoire de complicité entre un jeune garçon et un singe dans la forêt où ils se partagent une cabane. Ils partagent bien plus que cela au fil de leurs jeux : ils apprennent chacun à l'autre d'être ce qu'il est. Et ils y trouvent un plaisir fou. Ils s'aperçoivent finalement qu'ils se ressemblent.

Un album d'une rare poésie qui sublime la rencontre entre les espèces et qui est une vraie leçon de partage et d'humilité.

On a envie de le relire cet album tant il apporte tendresse et point d'humour dans cette belle rencontre !
Dans les illustrations se cachent des détails mêlés qui participent à ce jeu de la vie.



Une approche magnifique et sublime sur le respect de l'autre.


96ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016
 


Mon frère des arbres
Didier Lévy et Laurent Corvaisier
Oskar jeunesse

vendredi 25 novembre 2016

Ces rêves étranges qui traversent mes nuits

C'est le titre qui m'a d'abord attirée.
Un titre qui traduit fort bien cet état entre deux zones qu'est l'adolescence.
Ensuite, le nom de l'auteure Stéphanie Leclerc que je ne connais pas.

Je me suis de suite attachée à Robin, ado exclu du collège, ballotté entre ses parents divorcés. Chacun rejette la faute sur l'autre de cet échec dans l'impasse de leur fils.

Qu'est-ce qu'on va faire de toi ?

Une question lancinante, sans réelle réponse. Sait-on seulement à presque 16 ans ce que le mot avenir signifie ?
A fortiori quand on a sous les yeux des adultes dont les comportements sont bien loin d'être parfaits.

Robin semble subir plus qu'exister vraiment. Mais il observe. Il n'est pas écouté dans sa présence au silence du temps qui passe. Rejeté par sa mère (que j'ai trouvé dur ces passages !), accueilli maladroitement par son père qui tente une nouvelle aventure, il se cherche et fait des rencontres qui vont le mener sur sa voie. La sienne.

Il y a des passages entiers de ce roman que j'aurais voulu noter. 
Un rythme particulier.
Une façon de rester à la surface des choses mais avec une profondeur inouïe.
Des personnages cabossés, en rupture apparente d'eux-mêmes, à la sensibilité artistique pour certains, et que j'ai aimé dans leur posture sur la vie.
Une réflexion aussi en filigrane sur le déterminisme social : peut-on sortir de sa condition ? 

Une bien belle analyse de la quête de soi à un âge charnière où tout est possible malgré l'impossibilité du moment.

"Je sais maintenant ce que j'attends. Je perçois parfois ses contours immenses-le bonheur est un serpent de mer qui surgit et ondoie, on ne le voit jamais entier-et je commence à croire que j'en suis digne". p. 249

Un roman qui me donne envie de lire les autres livres de l'auteure.

Ces rêves étranges qui traversent mes nuits
Stéphanie Leclerc
Ecole des loisirs
Médium

mercredi 23 novembre 2016

Petite Pépite

C'est une mère qui parle de son enfant différente. Pour elle, non, elle est sa petite pépite. C'est le regard des autres qui change la donne.

Cet album est un cri d'amour sur l'acceptation du handicap. 

Mais un handicap sublimé par des qualificatifs merveilleux : car qui vit avec le handicap sait. Sait que des étincelles en jaillissent.

Cet album, je le lis comme une danse.

Le texte à gauche, sobre et poétique.

Les illustrations pleine page à droite, toujours reliées à la nature et virevoltantes, pleines de mouvement.

Un album poignant dans sa sobriété qui nous dit que chacun a sa place dans l'univers et qu'il appartient à chacun d'entre nous de vouloir aller vers l'autre.

Oui, elle est différente !
Aucune étoile, aucune forêt, aucun galet n'est pareil à un  autre.
Aucun être humain n'est pareil à un autre :

certains se ressemblent, d'autres ont des particularités plus visibles, plus marquées.
Alors, je deviens curieux...

Je m'aventure...

Je m'approche...

Et je trouve.... 


....une pépite d'or !
 
 Nadia Matta prend alors le temps d'adresser à la fin de l'album de revenir sur la rencontre avec cet enfant et combien il a fallu du temps pour sa mère aussi de faire le chemin de la curiosité vers elle...

95ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016
 


Petite pépite
Nada Matta
MeMo

lundi 21 novembre 2016

Le fils de l'ombre et de l'oiseau

Lui aussi sélectionné dans les Pépites du prochain Salon du livre et de la presse de Montreuil , je me suis dit qu'il était temps que je prenne le temps de le lire.

Ce n'est pourtant pas le genre de roman vers lequel je me tourne spontanément.
Une amie blogueuse posait cette question récemment : "Qu'un roman en appelle en nous à nos souvenirs, à notre expérience, à notre propre vécu, est-ce pour vous un des critères de qualité d'un bon roman ?".

Ce roman est excellent. Il m'a emportée de suite dans sa lumière et sa musique. 
Je me suis laissée divinement porter par son souffle aventureux et par sa force légendaire.

Ce roman est un conte extraordinaire, qui nous dit la puissance de nos rêves et qu'il faut coûte que coûte les réaliser, quel qu'en soit le prix.

Ce roman est un conte sur la loyauté. Envers soi et les autres.

Ce roman est un conte sur l'amour : l'amour maternel, filial, conjugal, animal.

Ce roman, c'est l'histoire de frères jumeaux, Elie et Elias, qui en 1916 au Chili, sont sur le point s'assouvir leur vengeance. Toute une nuit, ils attendent le réveil de Butch Cassidy, pour le tuer. Au nom de la mémoire de leur défunt père. Mais en attendant, ils nous content leur histoire et celle de leurs ancêtres, qui coule dans leurs veines. 

Et quelle histoire ! Une trame très dense qui demande de l'attention mais qui en même temps envoûte. Comme les personnages, le lecteur prend son envol au fil des pages et est transporté dans leur soif inassouvie d'ailleurs.

Un très grand roman signé Alex Cousseau, à la plume efficace et remarquablement aiguisée, une construction très maîtrisée, une intrigue très bien documentée,  des personnages à la personnalité bien trempée et un souffle héroïque qui rejoint la grande Histoire, notamment les débuts de l'aviation.

Il m'a fallu quelques jours pour me sortir de sa force.

Coup de cœur !

Existe aussi en version numérique

Le fils de l'ombre et de l'oiseau
Alex Cousseau
Le Rouergue
Collection DoAdo

vendredi 18 novembre 2016

Le vilain défaut

©Anne-Gaëlle Balpe

C'est un album enchâssé dans un coffret...
Soigné, parfait.
Sensible.

Quand on est né avec une différence, au début, ça ne se voit pas trop mais en grandissant, ça se voit davantage. Ce vilain défaut, comme les autres disent, finit par prendre bien trop de place et m'empêche de vivre au milieu des autres. J'ai bien essayé de faire avec, j'ai fait beaucoup d'effort, mais non, il est toujours là.
Jusqu'au jour où un énième spécialiste consulté débloque la situation par des paroles comme un baume : "Mais tout le monde a des défauts ! Moi-même, tiens, j'en ai eu un et j'ai bien eu du mal à le dompter" lui dit-il en substance. Et comme par magie, par cette parole délivrante, le défaut se fait plus petit et enfin je peux dire qui je suis vraiment.

J'ai beaucoup aimé l'approche de cet album tant dans le texte d'Anne-Gaëlle Balpe et les illustrations de Csil. Un texte qui dit les choses telles qu'un enfant pourrait les dire, dans son ressenti, dans ses émotions parfois difficiles. Un défaut là aussi représenté symboliquement par une pelote de fils emmêlés et par le jeu de transparence des calques qui arrivent à la fin pour exprimer la transformation de façon bien visible.

Une approche toute en délicatesse et sensibilité.


94ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016


Le vilain défaut
Anne-Gaëlle Balpe
Csil
Marmaille & Compagnie

mercredi 16 novembre 2016

Le pull où j'ai grandi

©Méli-Mélo de livres
Ce sont des histoires de vie que nous livre là Hervé Giraud, avec sa sensibilité qui affleure, mélange de pudeur et de volonté.

Des histoires dont on perçoit bien qu'elles lui ressemblent.

Des histoires de choix aussi, des projets à réaliser quand on sent venir l'urgence de la fin de l'adolescence, ce pull devenu trop petit si bien qu'il va falloir s'en affranchir.

J'ai trouvé que ces histoires se bonifient au fur et à mesure de la lecture : il y en a des drôles, des plus tristes aussi mais à chaque fois, les personnages s'en tirent avec une jolie pirouette à la vie, dans ce qu'elle est capable d'offrir de beau et de moche.

Ma foi, je suis restée sur ma faim...J'y serais bien restée un petit peu plus longtemps dans ce pull si confortable.

Une lecture tendre et incisive, humaine et lumineuse.
Comme je les aime !


Existe aussi en version numérique

Le pull où j'ai grandi
Hervé Giraud
Thierry Magnier

lundi 14 novembre 2016

Le petit chaperon rouge n'en peut plus

C'est l'auteur Sébastian Meschenmoser (dont je suis fan de Molosse, de Ploum et de l'écureuil) qui m'a d'abord attisé la curiosité. Et puis, lire une version détournée du conte si célèbre du Petit chaperon rouge, c'était vraiment tentant !

On peut dire que cette version dépoussière allègrement ce conte si connu : un petit chaperon bien bougon, lassé des dimanches passés auprès de sa mère-grand, dont c'est en plus l'anniversaire ce dimanche-ci, un loup en quête de chair fraîche bien évidemment mais si poli dans sa demande. Il n'en revient alors pas de la désinvolture avec laquelle cette petite fille (déjà en posture toute adolescente) a "préparé" le dit anniversaire...Il prend alors les choses en mains. Tous deux se présentent alors chez la grand-mère...et je ne raconterais pas la fin-faim.


J'ai adoré le chemin pris par l'auteur pour s'éloigner de l'histoire originale mais aussi sa façon d'y revenir. Si on y  ajoute la pincée d'humour, traduite dans le texte et les illustrations qui s'y rapportent, cela donne une version hilarante et si délicieusement décalée dans la mise en situation inversée.

Un régal à lire à haute voix !



Le petit chaperon rouge n'en peut plus
Sébastian Meschenmoser
Minedition

vendredi 11 novembre 2016

Le jour où on a retrouvé le soldat Botillon

En pleine guerre des tranchées, on découvre le très jeune soldat Botillon, tout juste 20 ans, sonné, anéanti, hébété devant l'absurdité de cette guerre, dont il va payer le prix fort dans son corps, comme tant d'autres. 

L'intérêt de ce roman se situe ailleurs pourtant, même s'il décrit avec réalisme l'horreur des tranchées, assortie d'un positionnement anti-militariste assumé et auquel on ne peut qu'adhérer. L'intérêt donc, c'est le contraste des chapitres, puisque l'auteur Hervé Giraud a choisi aussi de situer l'histoire à notre époque, dans une réunion de famille qui fête les 100 ans de l'aïeule, qui n'est autre que la fille du soldat Botillon, arrière grand-mère qui n'a jamais connu son père, prétendument disparu lors d'un combat.

Durant ce dimanche, outre les agacements des adultes face aux petites manies des uns ou des autres, et surtout face aux obligations familiales qu'ils s'imposent par devers eux, on assiste alors à ce jeu des enfants, frère et sœur et cousins, en rivalité avec les enfants de la famille d'en face : ils jouent à la guerre comme peuvent le faire les enfants, un peu comme dans la guerre des boutons. Sauf que l'Histoire va les rattraper et que la fin fait se rejoindre les deux périodes. Le cadre temporel est différent mais le cadre géographique est le même puisque les maisons sont restées quasi-identiques entre les deux époques, les paysages alentour presque aussi. J'ai aimé ce procédé qui fait le lien et qui  donne une permanence et une importance aux lieux qui, s'ils avaient la parole, auraient bien des choses à nous dire.

Ce procédé d'alternance entre les deux époques est très habile car il met encore plus en lumière l'absurdité de la grande guerre, rendue encore plus vaine à la fois par la futilité des jeux insouciants des enfants et par cette réunion sans envie de fêter les 100 ans d'une vieille dame un peu gâteuse avec ses souvenirs et ses photos. Pourtant, l'auteur a su éparpiller ça et là des indices infimes pour la compréhension de l'histoire, comme un puzzle avec des pièces dont on ne sait d'abord que faire et qui d'un coup trouvent leur place de façon évidente.

Une façon de permettre aux générations d'aujourd'hui de mieux percevoir les enjeux de cette guerre-et par extension de toutes les guerres-des conséquences humaines qu'elle a pu avoir, notamment de la transformation profonde sur les familles, qui sans elle, auraient été bien différentes. D'ailleurs, je l'ai fait lire à ma fille qui est en 3ème car c'est leur programme en histoire. 

Mon arrière grand-père et le grand-père de mon mari étaient brancardiers à Verdun. Je ne saurais jamais s'ils se sont rencontrés mais ils s'en sont "sortis". En ce 11 novembre, j'y pense.

Un roman remarquablement bien mené sur le sujet et je le trouve indispensable dans la réflexion qu'il suscite dans ce qu'on appelle le devoir de mémoire.

Le jour où on a retrouvé le soldat Botillon
Hervé Giraud
Thierry Magnier

jeudi 10 novembre 2016

Wild girl

Un roman que je voulais lire depuis un petit bout de temps.
Audren, une auteure que j'affectionne.
Un titre prometteur : j'avoue que fille sauvage, ça me plait bien.

Le dépaysement est là. On est transporté dans l'Ouest Américain au temps des chercheurs d'or. 
Milly Burnett, 19 ans, s'installe dans le Montana pour devenir institutrice. Elle est éprise de liberté, étouffe dans les conventions sociales, a plutôt pas mal de jugeote et de répartie...sauf quand elle tombe amoureuse. Elle qui pensait vivre mille vies, elle va être servie ! 

Un début prometteur mais une histoire qui s'essouffle et qui tourne en rond rapidement. J'ai été assez déçue, je n'y ai pas trouvé le grand souffle sauvage et libre comme je l'espérais. Certains personnages sont assez bien campés, d'autres assez caricaturaux. L'écriture assez banale. 
J'ai pourtant bien apprécié le caractère indépendant et militant en faveur de l'éducation de l'héroïne, c'est vraiment le point positif du roman. Mais je me suis sentie assez extérieure à cette histoire.


Retrouvez les avis de Un petit Bout de Bib(liothèque) et de Carole 3 étoiles

Wild girl
Audren
Albin Michel
Litt'

mercredi 9 novembre 2016

Sauveur & fils : saison 2

©Méli-Mélo de livres
Lire cette saison 2 de Sauveur & fils, c'est comme se lover dans une bulle d"humanité malgré les grandes difficultés psychologiques des patients de ce thérapeute si bienveillant et presque trop parfait. 

C'est retrouver ces jeunes filles et garçons de la saison 1 en proie à leur quotidien, les voir évoluer ou au contraire se chercher encore : Ella, Gabin, Blandine, Margaux,... en rencontrer d'autres comme Samuel. Il y a aussi des adultes qui viennent trouver là des réponses à leurs questions, sans toujours les avoir sur un plateau, mais qui ressortent de là grandis et sur le bon chemin. 

C'est aussi retrouver et rencontrer des adultes, parents ou autres, étouffants, manipulateurs, castrateurs, perdus, paumés, affabulateurs, jaloux,...

Mais Sauveur a ce don : plus qu'un thérapeute, il écoute, il reformule, il épaule, il tranche, il humorise, il sait toujours laisser l'oxygène nécessaire à l'autre pour se trouver et accoucher en quelque sorte de lui-même une deuxième fois.

En même temps, sa VP (Vie Privée) n'est pas toujours de tout repos, entre son nouvel amour, Gabin et son flegme, un vieux monsieur squatteur, des hamsters en veux-tu en voilà. 
ll y a aussi son fils Lazare, moins sur le devant de la scène que dans la saison 1, mais à la maturité impressionnante et à l'amitié indéfectible envers Paul. Et l'institutrice des deux garçons, Mme Dumayet, dont les réactions me font sourire et en même temps combien elle est dans le vrai sur les difficultés d'enseigner aujourd'hui.

Bref, on s'y sent tellement bien dans ce roman qu'on retarde le moment de le finir, qu'on relit sans cesse certains passages si justes dans nos travers d'humains qu'on s'y reconnait forcément. 

Marie-Aude Murail sait nous toucher avec grâce dans ces lignes qui révèlent tellement de notre société mais avec un optimisme communicatif. Elle connait si bien les adolescents d'aujourd'hui : comme Sauveur, elles les écoute, elle s'intéresse à ce qui les intéresse, elle les aime tout simplement. J'ai lu ce roman avec sa voix, sa passion de l'autre, celle qui m'a si touchée lorsque je l'ai rencontrée pour la première fois fin juin dernier.

En plus, au-delà du roman, elle permet aussi de discuter entre générations de notre ressenti sur ces vies cabossées : qu'il est bon de voir chez nous ce roman passer de mains en mains !
- "Alors, t'en es où ?" -"Ah non, ne me dis rien ! On en parle quand j'ai fini ok ?" 
-"t'as fini ? Chouette, à moi le tour !"
....
On se sent alors orphelin de ces personnages qui font désormais partie de notre quotidien, on aimerait rencontrer en vrai ce Sauveur dont on finit par entendre la voix si hypnotique, on en imagine un film qu'on se précipiterait pour aller voir au ciné, on a envie d'adopter aussi un hamster ou pourquoi pas plusieurs (mais quand on a un chat à la maison, on est obligé de réfréner cette envie, mais pourquoi pas dans une vie parallèle ?)....

On se résigne alors à attendre la saison 3 (ce printemps 2017)...alors, vive le printemps ! :)

Alors soit vous vous précipitez chez votre libraire dès aujourd'hui,  soit vous attendez que les 3 tomes soient sortis pour vous concocter une bonne cure de Sauveurothérapie couplée d'hamsterothérapie ! Un cocktail détonant !

32/18 Challenge 1% Rentrée littéraire

Ma chronique de la saison 1

Sauveur & Fils saison 2
Marie-Aude Murail
Ecole des loisirs
Médium

mardi 8 novembre 2016

Le diable de Monsieur Waï

Je l'avais vu passer ce roman et c'est sa sélection dans les Pépites du prochain Salon du livre et de la presse de Montreuil qui m'a poussée à le lire. Et un Jean-François Chabas, ça ne se refuse pas !

Sur l'île de Yun, deux frères, Kin et Jen, vivent paisiblement leur vie d'enfant. Mais très vite , on perçoit la fragilité de leur vie faite de pauvreté. Leurs parents, ayant trop de bouches à nourrir, les confient à un marchand, Monsieur Wai, pour les former à la vie de domestiques sur le contient et à son service. Or, ce Monsieur Wai se révèle être ce qu'il n'est pas sous ses apparence de commerçant jovial  : brutal et colérique, il envoie valser les deux enfants terrorisés, et les menace sans cesse de l'arrivée prochaine du diable. Mais quel est donc ce diable qui le ronge sans cesse ?

J'avoue avoir eu du mal au début à entrer dans cette histoire lente et triste. Mais je ne pouvais pas moi non plus abandonner ces deux frères unis comme les doigts de la main ! Et j'ai bien fait car l'histoire prend une tournure de conte moderne si touchante de bienveillance ! Une fin à laquelle je ne me suis pas du tout attendue et qui m'a vraiment fait changer d'avis, comme quoi...
J'ai aussi beaucoup aimé la relation des deux frères qui se protègent, la maturité étonnante du narrateur Kin (le grand frère) et le retournement de situation apporté par le petit frère, si philosophe, si attentif aux malheurs de l'autre.

Un roman-conte philosophique où les enfants permettent aux adultes de dépasser leur souffrance et de les ramener à la vie.

Le diable de Monsieur Wai
Jean-François Chabas
Ecole des loisirs
Collection Neuf

lundi 7 novembre 2016

P'tit lapin plein d'poils

Un nouveau venu dans la collection Pirouette chez Didier jeunesse, ça vaut bien le coup de prendre le temps de savourer !

Un petit cartonné qui est une invitation à mimer cette comptine coquine et tonique, initiation "cachée" à se repérer dans l'espace (devant, derrière, au-dessus,...).

Avec des illustrations de Martine Bourre, très colorées et en volume : on se croirait presque dans la  page en train de gambader avec ce petit lapin, dans une danse joyeuse, en pleine nature, dans un grand sentiment de liberté des mouvements.

A la fin, deux bonus : la gestuelle expliquée pour mimer la comptine et la partition pour les musiciens (ce qu j'apprécie toujours !) et un QR code à télécharger pour écouter et se mettre dans la tête la mélodie, au point qu'on ne peut plus la lâcher.

Une collection qui s'attache depuis plus de 20 ans à transmettre ce patrimoine oral dans une très belle qualité.

Pour en écouter un extrait





31/18 Challenge 1% Rentrée littéraire


P'tit lapin plein d'poils
Martine Bourre
Didier jeunesse
Pirouette

dimanche 6 novembre 2016

Coup de cœur numérique #24 : Oh !

Quand Anouck Boisrobert et Louis Rigaud récidivent avec leur inventivité, on se régale !


Tout part d'abord du facétieux livre pop-up "Oh ! Mon chapeau !" où le petit lecteur est partie prenante de l'histoire puisqu'à trois reprises, il l'impulse en dessinant presque lui-même des formes géométriques et le voici transporté dans dix tableaux aux formes géométriques, à la recherche de ce chapeau bleu qui s'est envolé et qu'un chenapan de singe s'amuse à ballotter du zoo, à la boulangerie en passant par la bibliothèque (qui fait drôlement envie !) pour arriver tout en haut d'un gratte-ciel !



Oh ! Mon Chapeau - Anouck Boisrobert et Louis Rigaud from Hélium éditions on Vimeo.

L'application "Oh!" est sortie début octobre et constitue un prolongement ludique au livre drôlement bien réalisée.


Le même principe du dessin y est appliqué : on choisit des formes géométriques et on les déplace sur l'écran, une histoire apparaît alors et selon la direction dont on  oriente la tablette, d'autres formes surgissent, changeant alors la donne à l'infini. Graphiquement, c'est superbe, c'est plein de surprises, les petits doigts vont adorer cette proposition de très belle qualité et sans doute avoir envie de découvrir le livre dont elle s'est inspirée.



J'aime quand le numérique apporte sa plus-value à l'objet-livre et vice-versa. Je pense même que l'avenir du numérique se situe là.

Cette application est gratuite mais pour les achats intégrés, nous sommes invités à payer ce qu'on souhaite.


Je vous invite également à découvrir trois autres applications gratuites des deux auteurs, réalisées avec des enfants (Cliquez sur le lien sous l'image).
Elles sont toutes disponibles sur l'App store et sur Google Play.
Elles me donnent très envie de les faire découvrir lors d'une prochaine heure du conte numérique.


MéLiMeLo
Plouf & Floup















Cinno star




Découvrez le site de Louis Rigaud et celui d'Anouck Boisrobert


91ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Oh ! Mon Chapeau
Louis Rigaud et Anouck Boisrobert
Hélium
Et application Oh !
Disponible gratuitement +achats intégrés à la carte
AppStore et Google Play

vendredi 4 novembre 2016

Tout autour

©Méli-Mélo de livres
C'est un album que j'ai lu plusieurs fois.
Et puis j'ai eu envie de le lire sans le texte.
Et avec les illustrations, son message m'est apparu.
Elles se suffisent à elles-mêmes je trouve.

Un récit très personnel et intimiste de l'auteure-illustratrice Ilya Green qui fait part au lecteur de la souffrance du deuil, d'une petite fille qui vient de perdre sa maman, son repère, et qui cherche ensuite le chemin de la résilience sans elle. On comprend alors que c'est le dessin qui la sauve, qui lui permet de se sauver du chagrin, de le représenter, de le dire à l'autre puis d'en faire finalement son métier.





Un récit bien bouleversant, mis en mots et en images avec infiniment de pudeur et de sensibilité. Si le texte ne m'a pas totalement convaincue, j'ai trouvé que les illustrations, dans ce format à l'italienne, sont sublimées et expriment là l'essentiel de cette douleur et de cette renaissance dont le lecteur perçoit en filigrane le long cheminement. Un chagrin qui dès qu'il est partagé face à la souffrance d'un autre peut se libérer.

Un très bel objet-livre, comme un écrin fragile et précieux à la fois.



90ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016



Tout autour
Ilya Green
Didier jeunesse

mercredi 2 novembre 2016

Un ours et moi, et moi, et moi

Mmmh ! Le petit bijou que voici !

Où je retrouve avec bonheur Carl Norac dont j'aime la justesse des mots et Ingrid Godon dont j'aime la douceur des illustrations.

Un petit garçon Léo pense commencer une bonne journée en se regardant dans le miroir le matin. Mais sur son chemin d'envie de découvrir le monde, personne ne lui prête attention si bien qu'il finit par penser que c'est de sa faute et que tout le monde est fâché contre lui. Dans la forêt, il va faire la connaissance d'un ours qui va lui faire vivre une bien belle journée et réciproquement.

Une apparente simplicité mais un bien beau message mis à portée d'enfant sur la perception qu'on peut avoir de soi et des autres. On peut y voir aussi la capacité enfantine à accepter l'inattendu et vivre le moment présent.

C'est beau, tendre, juste, sensible, tout pour plaire !



Une invitation à ne pas se regarder le nombril mais à découvrir ce que l'autre peut nous offrir pour vivre le moment présent.

89ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016



Un ours et moi, et moi, et moi
Carl Norac et Ingrid Godon
Pastel
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