Pages

mercredi 29 juin 2016

Maisons-Maison

Voici un album fenêtre sur maison...
Un jour, Monsieur Maison, alors qu'il pleuvait et qu'il voulait du coup s'abriter, eut l'idée de construire la toute première maison, avec murs, fenêtres, portes et toit bien sûr !
Une invention tellement géniale que tout le monde s'y est mis et que de maison en maison, une ville de maisons a jailli, colorées, différentes, en hauteur, en largeur, avec balcons et cheminées. Un peu surpris, notre inventeur en fut finalement bien content mais rien ne vaut un bon parapluie quand il pleut et que du coup, on ne retrouve plus la sienne, de maison...

En jouant sur le singulier (maison) et le pluriel (maisons), Elisa Géhin joue sur le particulier et le collectif avec intelligence et à portée des plus jeunes. La maison est le symbole même de l'intime où chacun aime à se ressourcer mais un intime avec vue sur l'extérieur car rien ne vaut mieux que d'ouvrir la porte de sa propre maison pour se nourrir aussi de l'autre.

Dans un style enfantin d'illustrations, très coloré, géométrique et à la fois biscornu, cet album met en scène ce qui est souvent l'un des tout premiers motifs auxquels les enfants sachant tenir un crayon s'essaient : la maison. On y retrouve cet esprit.

Un album qui nous dit aussi l'importance que chacun puisse trouver sa place dans un des tout premiers besoins : avoir un toit.

Un album qui me rappelle dans son approche un autre album que j'ai beaucoup aimé : La lumière allumée.


65 ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Maisons-Maison
Elisa Géhin
Thierry Magnier

lundi 27 juin 2016

Jan

Jan, ce sont des poings serrés prêts à dégainer, un bagou irrésistible, des réponses à tout, un sens de la répartie à toute épreuve mais surtout un COEUR gros comme ça.

Cette gamine de 11 ans avec son franc-parler bancal et imagé, sa logique implacable et sa volonté de fer, je l'ai aimée de suite. 

Faut pas la mener par le bout du nez dans la cour de l'école.
Faut pas la mener par le bout du nez tout court.

Elle a un regard d'une lucidité et d'une maturité incroyables sur ses parents à la dérive, dont le couple bat de l'aile à cause du chômage et de l'alcoolisme du père, une mère qui fait ce qu'elle peut et elle, Jan, qui protège son petit frère de 9 ans plus que tout parce que lui, elle ne peut pas être sans. Elle la guerrière, c'est comme ainsi dire sa seule "faiblesse".

On perçoit d'emblée la fragilité de cette famille pour laquelle  un malheureux concours de circonstances qui s'enchainent trop vite va faire basculer dans l'aide sociale à l'enfance.

Sous couvert d'un langage au vocabulaire chahuté et à la syntaxe à l'envers, charmant du reste et très drôle, l'auteure insuffle à ce roman une dimension sociale très forte et tellement réaliste.
Jan, c'est ça : un décodeur à elle toute seule, un révélateur de nos dérives. Et elle n'y va pas par le dos de la cuillère !

C'est un roman qui m'a serré le cœur,  qui montre à quel point l'amour ne se décide pas et que toutes les bonnes intentions du monde ne sont pas forcément les meilleures.

Sur fond cinématographique, à travers l'identification de Jan à Antoine Doisnel, le héros des 400 coups de François Truffaut, et qui sert de fil rouge au récit et qu'on redécouvre sous ce regard magnifique (merci au professeur de français !) , ce roman emporte le lecteur dans son sillage comme un tourbillon avec une fin grande ouverte et ça, j'ai trouvé ça chouette pour une fois.

Une page à écrire, un grand espace de liberté, sans entraves, sans contraintes. 
Je ne suis pas prête d'oublier ce personnage dans ses 400 coups à elle.

Retrouvez l'avis de :
Jan
Claudine Desmarteau
Thierry Magnier 

Existe en version numérique

vendredi 24 juin 2016

Où es-tu Léo ?

Sur la relation d'un enfant à son animal, je n'ai jamais rien lu de si sensible et de si tendre !

On pense au départ que l'enfant cherche soit son doudou égaré ou qu'il joue à cache cache avec son frère...et puis , très vite on comprend qu'il cherche un animal. Son chien.

Retour en arrière sur leur relation déjà longue de quelques années de complicité, de jeux, de promenades et de vie partagée au quotidien avec ce magnifique chien de berger.
Même dans les moments difficiles. Une complicité esquissée à travers leurs souvenirs qui dessinent peu à peu le caractère de ce chien fidèle.

J'avoue que la dernière page donne un pincement au cœur et qu'on souhaite vivement que l'animal se rétablisse. Mais il en est ainsi des bêtes comme des hommes. Nul n'est éternel.

C'est un album qui ne fait pas de chichis sur la complicité qui unit ce petit d'homme à son fidèle compagnon et qui aborde avec subtilité le deuil et la perte qu'on sent inévitable. 

Renforcé par des illustrations magnifiques, aux arrières-plans estompés pour mieux mettre en évidence les deux amis dans leur relation bienveillante où chacun a sa place dans la famille.

Un album qui m'a touchée et qui touchera certainement les enfants par sa douce tendresse et sa pure délicatesse.

Du même auteur : que fais-tu bébé ?

D'autres albums des mêmes auteurs et illustrateurs chroniqués par Un petit bout de (bib)liothèque

64 ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Où es-tu Léo ?
Guillaume Olive
He Zhihong
Seuil jeunesse

mercredi 22 juin 2016

L'amour de l'autre...

©Méli-Mélo de livres
Trois textes.
Trois textes forts.
Trois textes avec comme point commun l'amour de l'autre.
Chacun à sa façon.

  • Un endroit pour vivre de Jean-Philippe Blondel : un texte sur la révolte silencieuse, caméra au poing d'un lycéen sans histoire qui n'accepte pas certains discours de l'autorité et qui décide de montrer que son lycée est bien plus qu'une boîte où il ne se passe rien, mais au contraire qu'il est un lieu de vie.

C'est beau, touchant et poétique.

  • La piscine était vide de Gilles Abier : Célia entend avec soulagement qu'elle est acquittée. Elle n'a pas tué son petit ami Alex. C'était un accident. La piscine était vide. Gilles Abier n'a pas son pareil pour emmêler son lecteur et apporter un dénouement comme une claque.

C'est cinglant, cruel et efficace.

  • Rien que ta peau de Cathy Ytak : un texte fort sur la force du premier amour entravé par des adultes qui font eux-mêmes les réponses sans comprendre. Un texte aussi qui aborde la sexualité, quand elle se découvre et s'expérimente, avec infiniment de réalisme et de beauté mêlés. 

C'est beau, touchant et magique.


Les autres titres de cette collection incontournable LA

Existent en version numérique

Textes publiés par Actes sud junior
Collection D'une seule voix

lundi 20 juin 2016

Nouveautés en petite enfance

La petite enfance, c'est mon dada...
Voici un méli-mélo de quelques nouveautés qui m'ont fait de l’œil récemment.


La collection "La P'tite étincelle", je suis fan ! Et c'est le 28ème, signé Edouard Manceau.
Le dernier petit cartonné, idéal pour les petites mains, nous présente Paf le canard, qui va opter pour sa vraie couleur, mais après quelques péripéties. Quand on mange un tube de bleu, on devient malade mais quand on rencontre un spécialiste des couleurs qui mélange avec le jaune, Paf intègre alors son beau vert. Toujours un régal à lire, efficace l'air de rien, les tout-petits adorent toujours autant. De quoi compléter sa collection avec bonheur !

Par Edouard Manceau.- Frimousse



Croque-bisous, on ne le présente plus.
C'est une sorte de petite chouette super-héros qui vient croquer les bisous d'une petite souris tous les soirs. Celui-ci est le 7ème volume, un best-seller j'vous dis que cette série en bibliothèque !
Cette fois, Petite souris a peur de drôles de créatures.
Croque-bisous va tout faire pour la rassurer.

Voici un petit héros qui parle bien aux petits car il permet de dédramatiser les rituels du coucher avec toute la distance affective nécessaire.

Par Kimiko.- Loulou & Cie



Ces histoires de loups pour les petits, je les adore !
J'ai déjà beaucoup aimé le précédent ici.
Cette fois, le loup est tombé dans un trou, attiré par l'enfant tombé lui aussi dedans. 
Et c'est parti pour un dialogue avec la voix du narrateur : ensemble, ils explorent les solutions sauf que le narrateur a sa petite idée de l'issue...
Le livre fait partie de l'histoire : on l'utilise pour la faire vivre et ça, c'est un super-concept qui a toujours son petit succès !
Un vrai régal à lire à voix haute, toujours renouvelé.


Par Ramadier & Bourgeau.-Loulou & Cie




Lolotte, on ne la présente plus non plus (celui-ci est le 4ème volume de ses aventures). En tous cas, cette petite cochonne a toujours un tas d'aventures à vivre ! Cette fois, elle n'arrive pas à dormir et pour cause ! Et comme toujours avec elle, ça part toujours en délire. Une invasion de moutons plus tard, Lolotte s'est finalement endormie.
J'aime bien Clothilde Delacroix : elle offre l'imaginaire aux tout-petits sur un plateau et se met aussi à bonne hauteur de l'adulte. Et ça, c'est pas donné à tout le monde. Avec en bonus : la fraicheur des dessins et leurs coloris, la double page utilisée pour donner à la narration toute la place qu'elle mérite ! J'adore !

Par Clothilde Delacroix.-Loulou & Cie
 

Chut ! C'est l'heure du dodo pour sept petits animaux. Maman lune veille sur chacun et les aide à aller se coucher avec une petite intention pleine de tendresse. Chaque page cartonnée  du livre contient un petit onglet représentant le petit lit de l'animal, qui sur la page suivante est couché dedans et ainsi de suite. Pas un album révolutionnaire en soi mais qui plait aux petits pour sa douceur, le vécu qu'il exprime et surtout pour la manipulation qu'il offre. Et ça, c'est vital !

Par Alex Sanders.-Loulou & Cie


"Les baisers c'est pour les grands, les bisous pour les petits".
Quand on regarde les grands s'embrasser, ben, on trouve ça pas toujours, disons élégant, quand on est petit. Ames sensibles ! Un tas d'animaux s'embrassent sur la b..... dans ces pages... Un album rigolo pour montrer qu'à tout âge sa tendresse et que ce n'est pas interdit de se faire du bien. 
Un album sympa tout plein et plein d'éclats de rires garantis !

Par Jérôme Lambert et Soledad Bravi.-Loulou & Cie




Ah tiens mais c'est de l'heure de quoi donc ? On se le demande bien quand on commence la lecture de ce cartonné puis on comprend que ça a un rapport avec le dodo.
Des illustrations toutes douces de Pélagie, une comptine intégrée au texte et ça j'aime bien lire en chantant des albums !
C'est tout tout doux, ça donne envie de bercer et de recommencer...
RRR...PSHHHT....

Par Pélagie.-Pastel




Après Pomme Pomme Pomme, qui est un petit bijou de narration et de conception, voici "Bonjour Soleil !" qui m'a tout aussi enchantée !
Corinne Dreyfuss sait faire parler les sonorités et faire frissonner nos oreilles de plaisir. Ici le temps de la journée qui s'écoule est incarné par le soleil qui se lève le matin, jusqu'aux éléments climatiques qui s'installent jusqu'au soir et l'arrivée de la lune qui luit dans la nuit. Et ainsi de suite avec le jour suivant qui se lève, on peut lire à l'infini et ressentir le temps qui passe.
Chaque ligne de texte est reprise sur la page suivante pour une accumulation de rimes. Le tout dans des pages aux couleurs vitaminées et contrastées, avec ce vernis sélectif qui met en relief les éléments. C'est très beau, un petit bijou d'album !

Par Corinne Dreyfuss.-Thierry Magnier



Cet album a des similitudes avec le précédent : il part lui de la nuit avec cette petit souris qui réveille tour à tour le chat, l'oiseau, la grenouille, la poule et le lapin. Tous réveillés, ils vont admirer le lever du soleil : Bonjour Soleil !
Sur fond bleu nuit profond, de belles pages qui introduisent sur chacune un nouvel animal et d'une couleur différente, ce qui crée un contraste et un repère pour l'enfant. les postures des animaux endormis sont toutes tendres et douces. La ritournelle du texte apporte une répétition apaisante dans le mystère de la nuit qui s'achève pour accueillir la nouvelle journée, avec ces rabats à ouvrir qui apportent la surprise de la découverte de ce soleil qui se lève dans toute sa splendeur.
Un album superbe qui est lauréat du projet 2015 "Des bébés et des livres"conçu et financé par le Conseil Départemental de l'Hérault, donc offert à tous les nouveaux-nés.

Par Delphine Grenier.-Didier jeunesse



Et pour terminer cette sélection, voici un album à rabats ludique et photographique.
Rien de plus jubilatoire pour ces cinq copains que d'avoir en mains un appareil photo pour s'amuser à n'en plus finir à se tirer le portrait ! Une grande feuille blanche comme décor de fond, des déguisements et hop, Clic ! Clic ! Clic !
En ouvrant le rabat, on les découvre dans leurs jeux mais ils ne voient pas du tout que d'autres personnages arrivent page de gauche et tout va se mêler dans un joyeux désordre jusqu'à la chute finale...
Un album jeu rigolo, avec plein de surprises !

Par Claudine Morel.-Didier jeunesse



54-63 èmes albums/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

vendredi 17 juin 2016

Les fragiles-L'arbre et le fruit

©Méli-Mélo de livres
Il y a des romans comme ça, ils vous appellent et ces deux-là, instinctivement, je les ai achetés ensemble et lus à la suite.

C'est le bleu de "Les fragiles" qui m'a conduite à l'ouvrir en premier et franchement, j'ai adoré !

Une construction parfaite : avec des allers-retours sur ce fameux jour J avec son décompte d'heures et de lieux, l'auteure Cécile Roumiguière réussit le pari, non pas de perdre son lecteur, mais de le mener à saisir les enjeux de cette histoire, sur une rencontre qui ne s'est pas bien faite entre un père et son fils : Cédric et Andy, qui se fait appeler Drew à l'adolescence. Un garçon entre violence, racisme dégoulinant, pression de ce père sur les choix de son fils, sur cette non-communication qui devient un mur dur comme de la pierre, entre eux. Une mère trop jeune et dépassée par les événements mais qui tente maladroitement de maintenir le lien avec son fils. Au milieu de tout ça, la rencontre improbable avec Sky, une jeune fille insaisissable qui malgré sa désinvolture, aide le jeune homme à maintenir sa tête hors de l'eau même si parfois il se noie dans les sentiments qu'il éprouve pour elle. 
J'avoue avoir eu peur pour Drew tant la tension de ce qui va arriver vous étouffe mais en même temps j'ai été soulagée de cette fin qui advient comme "un juste retour des choses", même si c'est difficile.
C'est un roman d'une force extraordinaire sur l'émancipation d'un garçon devenu grand et qu'on traite encore comme un moins que rien. Fragilité et Force à la fois, ça commence par la même lettre non ? Une ambivalence que souligne fort bien la magnifique couverture tout en symboles.

Retrouvez l'avis de A lire aux pays des merveilles

L'arbre et le fruit a ceci en commun avec le précédent roman : racisme ordinaire et maltraitance d'une femme et de l'une de ses deux filles. Jean-François Chabas a pris le parti d'alterner le point de vue de la mère et celui de la fille aînée Jewel. Ce procédé renforce ce que leur fait subir ce mari et père au quotidien : la manipulation, l'implacable logique de sa rhétorique à l'intérieur et l'image parfaite donnée à l'extérieur, la violence et les humiliations quotidiennes, au point qu'il fait interner sa femme en hôpital psychiatrique.
Sur des sujets tabous, voici un roman qui dit les choses telles qu'elles sont, on croirait presque à un témoignage vécu. Une mère détruite et deux jeunes filles dont la fraîcheur et la soif de vivre sauvent de ce calvaire. Un roman très, très fort et remarquablement mené, à la fois sur les mécanismes de la violence et qui dépeint l'univers psychiatrique avec justesse. Néanmoins, c'est un roman qui dit qu'il faut se battre pour ceux qu'on aime. Absolument.

Existe en version numérique

Les fragiles 
Cécile Roumiguière
Sarbacane
Exprim'

L'arbre et le fruit
Jean-François Chabas
Gallimard jeunesse
Scripto

mercredi 15 juin 2016

Le petit tailleur et le géant-La gardienne des rêves

Voici un album aux allures de conte : M. Tartan est un tailleur de piètre facture, il n'est pas très doué de ses mains, un comble pour un tailleur ! Les habitants boudent souvent sa maladresse et les clients ne se bousculent pas dans son échoppe. Jusqu'au jour où le géant Ugly lui demande de lui confectionner son costume pour son prochain mariage. Panique à bord ! 
Mais n'ayant pas le choix, le petit tailleur se met à l'ouvrage vaillamment. Les habitants lui offrent même des tonnes de tissu voyant qu'il risque d'être à court de matière première. Et là, c'est le miracle ! De son énorme sac sort un magnifique costume ! Tout le monde est émerveillé, à commencer par la mariée. La réputation du tailleur tourne alors à son avantage et suite à cet exploit, il ne saura plus où donner de la tête...


Un album bien construit, aux illustrations très séduisantes et qui m'a attirée par les valeurs de solidarité et de dépassement de soi qu'il véhicule. 
Un album qui a toute sa place dans une bibliothèque pour le lire et le relire le sourire aux lèvres.


Simultanément est sorti l'album La gardienne des rêves qui m'a plus convaincue par les belles illustrations pastels que par le texte. 

Aïko, une petite fille, se demande où vont les rêves dont on ne se souvient plus. Il existe pourtant une personne qui peut répondre à cette question : ce n'est pas très facile de la rencontrer, mais elle redistribue les rêves oubliés à ceux qui ne rêvent plus ou qui n'en ont plus le temps.

Un peu trop fleur-bleue pour moi sans doute, et pas assez de consistance dans les mots font que je suis restée sur ma faim, malgré une bien belle idée de départ avec cette question innocente qui pourrait fort bien être celle d'un enfant.

52 et 53 èmes albums/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Le petit tailleur et le géant
Marie-Hélène Lafond et Xavière Devos

La gardienne des rêves
Christos et Isaly

Editions Les Minots

lundi 13 juin 2016

Le centaure sauvage

Avisez cette magnifique couverture signée une fois encore par Solenn Larnicol.

Voici le tome 3 des aventures de nos matelots en herbe et jumeaux Hisse et Ho !

Après la Bretagne et le Portugal, ils nous embarquent en Andalousie, au port d'Almunecar où on fait escale dans une baie de rêves.

Une surprise de taille attend Hisse sur le quai puisque son grand-père Joy lui a fait la surprise de sa présence avec son cheval Oslo. Ho, lui, va pouvoir apprendre la guitare avec un jeune professeur local.

Mais ce n'est pas sans compter sans une dose d'aventure ! Des chevaux qui se jettent de la falaise et hop ! C'est parti pour une enquête menée tambour battant, avec beaucoup d'émotions sur la route et des révélations douloureuses mais qui se terminent toujours bien.

Franchement, un régal de lecture que ce troisième tome ! Je trouve que ce tome-ci atteint une belle maturité dans la narration, on s'y sent drôlement bien !

Une écriture toujours aussi fine, des éléments d'humour, des situations cocasses ou plus dramatiques, des personnages bien campés, une issue toujours positive et des caractéristiques du pays en question toujours amenées avec à-propos, et dans ce tome plus précisément des éléments liés à la mythologie (elle connait bien ses classiques Anne Loyer !), bref, une excellente série d'aventures qui respecte infiniment la tranche d'âge auquel elle se destine. J'ai vraiment apprécié que cette fois, les parents soient plus en retrait et qu'on apprenne à connaitre un autre personnage de la famille Escampette, ce grand-père à la bonhommie attachante et au caractère bien trempé à la fois. Du coup, les jumeaux sont différents aussi dans leur interaction et on les découvre plus complémentaires encore.

Un tome 4 est à parution et un tome 5 en cours, mon petit doigt m'a dit et je m'en réjouis, j'ai hâte de partir vers de nouvelles destinations !
En tout cas, ce tome donne drôlement envie de découvrir l'Andalousie !

Ma lecture du tome 1 et du tome 2

Le centaure sauvage
Hisse et Ho tome 3
Anne Loyer
Editions Bulles de savon

samedi 11 juin 2016

Miranda

"A Hermossillo, quand on marche au milieu des arbres, on le fait en silence et les oreilles bien ouvertes, parce qu'ici chaque petit bruit cache une histoire. 
Ecoute."

Je commence délibérément par citer la fin de l'album...

Voici une légende espagnole, celle de Miranda et de sa soif d'apprendre tant est si bien que sa tête grossit à vue d’œil et qu'il devient impossible à la petite fille de bouger. Le corollaire de ce savoir envahissant, c'est la solitude, voire même un total déni de la vie alentour et des autres.

Un jour pourtant, au contact d'une voisine bien plus futée (oh la fameuse recette de tortilla !) Miranda sort de son silence et déverse tout ce savoir emmagasiné afin de le partager car là est bien l'essentiel.

Un petit album carré, très soigné et qu'on a envie de relire plusieurs fois : il nous dit l'importance de la transmission renforcé par sa langue métaphorique, bucolique, poétique et même philosophique. Il n'en demeure pas moins accessible pour les enfants grâce à l'énumération des jours de la semaine surlignés de rouge comme pour bien permettre le repérage dans le temps et pour situer cet album du côté du conte. Le parallèle constant avec la nature et ses trésors nous ramène à la petitesse de notre condition humaine.

Les illustrations aux mille détails, aux couleurs profondes et tranchées, au style enfantin renforcent de manière très séduisante le mystère de ce qui nous est dit là en filigrane : que les histoires vivent par-devers nous, qu'elles se partagent pour le bien commun et qu'elles nous nourrissent.

Un album très original que j'ai mis un peu de temps à apprivoiser mais qui restera précieux à mes yeux. J'aime tout particulièrement cette dernière phrase que j'ai cité en début de cette chronique et la musique qui émane de cet album.

51 ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Miranda
Lisa Biggi
Leticia Esteban
La Palissade

jeudi 9 juin 2016

Que du bonheur !

Tout comme le contraste de la couverture-se baigner avec son bonnet d'hiver à grosses mailles-le titre est à prendre en une assertion à la fois caustique et optimiste.

Et pour cause...
Angela Milhat (15 ans)-comme Angela Davis, ah ces parents qui fantasment !, jeune fille boulimique qui souhaite avant tout passer inaperçue va vivre en une année pas moins de sept malheurs à la suite :
1. Le jour de la rentrée en seconde, elle se casse la figure et le nez au passage. Rien de pire que de rater son entrée dans le monde impitoyable du lycée (vous vous souvenez ?)
2. Ses parents divorcent et s'habituer à deux maisons, c'est carrément impossible (la gestion des petites culottes, un cauchemar !),
3. Son chat adoré meurt d'une belle mort (mais quand même, il aurait pu choisir une autre année),
4. Sa meilleure amie depuis la sixième la trahit en sortant avec le garçon sur lequel elle fantasme en secret (le coup classique de la meilleuuuurrre amie !)
5. Avec tout ça, son année scolaire passe à la trappe et à la fin de l'année c'est le redoublement (mais ce que j'ai ri à ce passage !)
6. Son père ne trouve pas mieux que de l'emmener en vacances chez son papi en Ariège dans le trou le plus mortel au monde (mais comment elle a fait ?),
7. ...Et sa mère de réserver un camping avec des Belges à Palavas-les-Flots qui a des allures de camp bruyant...(alors là, vos zygomatiques frôlent la crampe !).

Bref...pas la joie ?

Sous forme de carnet, avec des annotations manuscrites et des photos scotchées maladroitement, avec non pas des titres de chapitres mais des réflexions hilarantes d'ado au bord de la crise de nerfs, Rachel Corenblit embarque le lecteur dans le ressenti d'une adolescente mal dans sa peau, dont les événements malheureux accumulés font déborder le vase d'une coupe déjà bien pleine.

Mais par devers l'humour grinçant et souvent très réaliste se cache une autre réalité : la conscience aiguë de quitter le monde de l'enfance pour celui pas très réjouissant du monde des adultes. Comme s'il fallait presque en passer par ces épreuves pour sortir de cette mue et grandir.

J'avoue ne pas avoir été totalement convaincue par le chapitre sur le titre de chanson qui a inspiré le titre du roman, même si j'en comprends la finalité.

Par contre, la fin vous tire un sourire satisfait. Bravo Angela !

Un roman à l'humour décapant, plein d'auto-dérision, frais et vitaminé : ça se lit tout seul ! Que du bonheur ! :)


Existe aussi en version numérique

Que du bonheur
Rachel Corenblit
Le Rouergue
doado

mardi 7 juin 2016

La guerre et ses conséquences

Deux albums qui m'ont interpellée sur la guerre et ses conséquences...


Voici un album qui n'était plus disponible et que Didier jeunesse a eu la très bonne idée de rééditer dans la collection brochée de poche Les p'tits Didier.

Bouche cousue, c'est un enfant qui décide de ne plus parler. Il enlève sa bouche en croissant de lune. Puis sa décision fait boule de neige ! Le chat s'arrête de ronronner, la maison d'ouvrir ses volets, les fleurs d'éclore, le chemin de mener aux champs jusqu'au soleil qui décide de s'éteindre. Dans le noir de ce pays, une étoile résiste et fait revivre les histoires du temps passé dans les rêves de l'enfant et grâce à la force des mots, tout redevient comme avant.

Ce conte randonnée recèle une puissance extraordinaire : il montre à quel point la langue du récit nous traverse et nous permet de tenir debout, malgré la guerre et tout ce qu'elle entraîne derrière elle.  Les illustrations, toutes suggestives et finalement très douces, apportent juste ce qu'il faut à la poésie de ce texte somme toute très lourd de sens. La fin, pleine de lumière, ouvre sur un avenir possible, plein de vie et d'espoir.

Je ne m'étais jamais vraiment attardée sur ce texte et je trouve qu'il est tout a fait indispensable aujourd'hui. 

Bouche cousue
Gigi Bigot et Pépito Matéo
Didier jeunesse
Les p'tits Didier



Voici un album très fort en émotions sur la Guerre d'Algérie : Camille cherche à entrer en contact avec son grand-père Papipa. Elle perçoit la présence d'un secret. Pourquoi ne peut-elle pas le rencontrer ? Une chape de plomb quand elle l'évoque avec sa maman.  Mais elle tient bon. Trouvant son adresse, elle lui écrit. Avec des lettres. Elle essaie de renouer le lien. Va-t-elle y parvenir ?

Le plus étonnant dans cet album, c'est sa mise en page et le va-et-vient qu'elle induit : tour à tour, images qui parlent d'elles-mêmes (comme un film), lettres de Camille et illustrations intégrées au texte, le lecteur entre dans l'intimité de cette famille et vit aussi le retour vers l'Histoire, un pan douloureux à évoquer. En filigrane, l'indispensable respect des cultures que la guerre dévaste et abolit les frontières de l'humanité.

Là aussi une fin pleine d'espoir et d'avenir possible et une bien belle approche signée A pas de loups.

Avec des lettres
Anne Cortey et Carole Chaix
A pas de loups

49 et 50 èmes albums/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

dimanche 5 juin 2016

Appli coup de coeur # 19 : Professeur Astrocat

Pour tous les jeunes passionnés d'astronomie et de découverte de l'univers, ce documentaire est fait pour vous !


Le professeur Astrocat, avec son fidèle compagnon Astromouse, répond à toutes les questions qu'on se pose sur les frontières de l'invisible : les étoiles, la lune, les planètes, la vie sur d'autres planètes, on apprend une foule de choses sans s'en apercevoir tant l'approche est ludique. Le tout dans une présentation très agréable et pratique d'accès.





Et pour compléter le livre, il existe une application disponible sur les deux stores vedette. Et franchement, on ne boude pas son plaisir !

Je me suis personnellement bien amusée à découvrir tout un tas d'informations sur chaque planète du système solaire, ni trop peu ni pas assez. Le bonus : participer aux différents quiz pour remporter des étoiles et des astrosnacks ! On répond parfois un peu au hasard mais ça marche ! Les questions ne sont pas trop difficiles, le vocabulaire accessible : c'est informatif et ludique à la fois !

L'application reprend les même univers que le livre (personnages, coloris, connaissances), une bien belle cohérence accessible dès 7 ans.


Bref, ici, on aime ! 
Appli coup de cœur !

Le système solaire-Professeur Astrocat
Minilab Ltd
Disponible sur App Store et Google Play
2,99€

vendredi 3 juin 2016

Meurtris

Deux enfants en fuite.
Jonathan, le grand frère et Julie, la petite sœur.
Un père parti refaire sa vie et qui les a lâchement abandonnés.
Une mère devenue alcoolique.
Une grand-mère qui vient de décéder et avec sa disparition s'envole leur dernier havre de paix.
Un fait divers comme il en existe malheureusement tant ?

Ce récit se fait à la première personne.
C'est Jonathan qui raconte.
Un garçon auquel on s'attache instantanément.
On a l'impression qu'il est même devant soi.
Qu'il s'adresse directement au lecteur. 
Comme si nous étions seuls. 
Face à face.

C'est un récit en deux parties.
Dans un premier temps, la fuite des deux enfants et le pourquoi de leur fuite.
Puis la deuxième partie fait découvrir au lecteur une autre version.

Notamment l'origine de la déshérence de cette famille. Ou plutôt la prise de conscience de Jonathan de quand tout cela a pu commencer. Cette violence. Cette descente aux enfers. Et c'est terriblement bouleversant.

Jonathan est profondément attaché à sa petite sœur. Il a remplacé sa mère. Mais il est incapable de lui en vouloir complètement. Elle est sa mère. Son sens de la répartie le sauve en quelque sorte de ce qu'il vit. 

Ce récit est un cri d'amour d'un frère à sa sœur, sur la nécessité de maintenir les liens familiaux, sur l'absurdité de l'aide sociale à l'enfance, sur la parole d'un adolescent contre un système plus fort que lui. C'est un récit qui nous dit aussi de se garder de juger les autres et de décider à leur place de leurs propres besoins affectifs.

J'ai admiré la détermination, le courage, le sens de l'humour, la logique implacable de ce garçon qui aime plus que tout et qui se révèle bien plus responsable que les adultes et les renvoie à leurs propres contradictions.

Mais je tiens à rassurer : tout n'est pas noir dans cette lecture, la fin laisse penser à un avenir plus stable pour eux deux et on espère leurs retrouvailles définitives pour finir de grandir ensemble.
Et je tiens à saluer la construction choisie par l'auteure qui donne à ce récit une profondeur qui dépasse le simple fait divers. Elle respecte infiniment les émotions de ses jeunes personnages, dont les dialogues sont un concentré d'humanité. La rupture qu'apporte d'emblée la deuxième partie a boosté mon intérêt de lectrice.

Une lecture marquante pour moi, qui a un je ne sais quoi qui vous tient en haleine et qui se démarque des romans déjà existants sur ce type de sujet.

Une lecture que je partage pour la première fois avec Noukette du blog La bibliothèque de Noukette LA.

Meurtris
Siobhàn Parkinson
Ecole des loisirs
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...