Pages

vendredi 29 avril 2016

A dada sur mon bidet

On connait tous la comptine, le petit sur les genoux et hop, c'est parti pour "A dada sur mon bidet". 

D'ailleurs, en page de garde, on vous donne tout un tas de recommandations, qui déjà donnent le ton de ce qui est à suivre...

Et franchement, quelle poilade !
Je vous mets au défi de pouvoir terminer la comptine en chantant de manière intelligible tant on se bidonne devant cette ré-interprétation !

Pourtant, ça commence bien puis ça "dégénère" rapidement. Imaginez un bois, un cheval et son chevalier en route sauf que le cheval en question il fait des pets, au grand dam des animaux rencontrés en chemin. Et quand ça part au trot puis au galop, le chevalier ne tient plus trop en selle. Inévitablement, il faut recommencer à la fin de la comptine : "encore !". De pets, on passe aux prouts puis au crottin, notre bidet n'en pouvant plus de se retenir....je vous fais grâce de la fin dont la chute est d'une dignité à toute épreuve.
La quatrième de couverture s'y met aussi...

Voilà un album sans complexe aucun, qui déroule sa trame, qui oblige le petit lecteur à se retenir lui aussi ( de rire !) mais très rapidement, on se marre à gorge déployée. Les petites saynètes dans la forêt sont pleines de petits détails truculents à observer (le serpent et son nœud, la poule déplumée,...). La couleur caca d'oie de la couverture et l'ocre et le vert de l'intérieur restent bien dans le ton.

Bref, un moment d'anthologie dont on ne boude pas son plaisir et on imagine bien que les deux énergumènes que sont Frédéric Maupomé et Stéphane Sénégas ont bien du se faire plaisir aussi avec cette proposition. Franchement, on se demande : mais où vont-ils chercher tout ça ?

Une bien hilarante et excellente façon de redécouvrir cette comptine !
Sûre que je ne chanterais plus la comptine pareil maintenant :)



34 ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

A dada sur mon bidet
Maupomé et Sénégas
Frimousse

mercredi 27 avril 2016

N'y pense plus, tout est bien

©Méli-Mélo de livres
L'alcool en aversion et pour cause !
La musique de Bob Dylan comme thérapie pour Martin.
Dont une des chansons donne le titre de ce roman.

Voici deux des ingrédients essentiels du nouveau roman de Pascale Maret.

Martin Villebois-Maury a 13 ans lorsqu'il assiste au meurtre de sa mère, de sa grande sœur Laure et de son frère adoré Lucas par son père, un soir de "répit" dans l'ambiance familiale lourde, où les membres fêtent incrédules, l'annonce du père d'un voyage tant convoité aux Etats-Unis. C'est pourtant l'alcool qui va sauver Martin de la folie meurtrière de ce père, introuvable après bien des recherches. Les années qui suivent, Martin les vit dans une sorte de nébuleuse cauchemardesque : anorexie, cauchemars, aversion de l'alcool, manque de confiance en lui seront alors ses seuls compagnons. La majorité va lui permettre d'accéder aux archives familiales. Et là, un doute s'insinue. Il décide de partir à la recherche de ce père haï, sans trop de plan pré-établi. Il y met tout son héritage pour financer ce voyage à l'autre bout du monde, en Patagonie, en compagnie de Bob (fan de Bob Morane), un détective privé noir qu'il a contacté à l'insu du commissaire bien impuissant de l'affaire, qui avait alors défrayé la chronique. En compagnie d'un argentin interprète nommé Alberto, ils vont vivre une aventure humaine hors du commun, dont je me garderais bien de vous révéler l'issue.

D'emblée, l'auteure verse le lecteur dans l'horreur de ce drame familial qui fait penser à bien des familicides qui régulièrement font la une des médias. De ces pères acculés dans leurs mensonges, malades, et qui suppriment sans états d'âme leur famille ignorante de leur manipulation.

Martin en réchappe, mais à quel prix de souffrances, à un âge où on se construit et où le père devrait normalement protéger ? Puis vient l'envie de savoir, non pas de se venger : est-il toujours vivant ? Et qu'attendre de cette confrontation si elle a lieu ?
On admire la détermination de ce jeune homme tout juste majeur, pourtant affaibli physiquement et mentalement. Ce road-trip en compagnie de deux hommes mûrs, mis sur son chemin par les hasards de la vie, l'un père et l'autre pas, va lui apporter la force nécessaire à son voyage intérieur. La monotonie des paysages renforce encore ce sentiment de solitude extrême dans lequel se trouve Martin. Heureusement que la musique de Bob Dylan, la seule qui ait pu l'apaiser durant ces années, lui apporte réconfort et un lien avec son grand-père disparu. On s'amuse d'ailleurs de la présence de tant de Bob dans cette histoire !

Comme toujours, Pascale Maret maîtrise son sujet : on se dit d'emblée qu'elle connait ces paysages, qu'elle a elle-même fait la route. Rien n'est laissé au hasard.
J'ai trouvé l'écriture de ce roman presque mécanique et froide, comme pour être en parfaite résonance avec la cassure intérieure de ce garçon, auquel on s'attache inévitablement.
La fin aussi ne pouvait pas être autrement, bien que j'ai eu des craintes à un moment. Je pense même que j'aurais été en colère si la fin avait été autre que celle choisie par l'auteure.

Il y a aussi dans ce roman de beaux portraits masculins, faits de pudeur et de sensibilité mêlées, dans des dialogues fins et protecteurs, sans étouffer ce jeune homme en quête affective de modèles.

"N'y pense pas, tout est bien" : en tous cas, on souhaite à ce jeune homme, après ce qu'il a vécu, de pouvoir vivre sa vie, enfin, débarrassée de ses démons, si tant est qu'il puisse complètement les éradiquer.

Un roman qui pose des questions essentielles : toute vérité est-elle bonne à rechercher ? A quel prix ? Comment se re-construire alors ?
Un roman qui assouvi aussi ce besoin de voyeurisme que nous avons tous en nous, bien qu'on s'en défende souvent.


En tous cas, il donne envie de ré-écouter du Bob Dylan.
Voici la chanson du titre : Don't think twice it's alright


N'y pense plus, tout est bien
Pascale Maret
Thierry Magnier

Existe aussi en version numérique

lundi 25 avril 2016

On n'est pas des moutons !

©Méli-Mélo de livres
Voici un titre qui fait tilt !
Une injonction qui, je l'avoue, me plait bien...

Il faut dire que la collection "Jamais trop tôt" de l'éditeur "La ville brûle" se distingue par son parti-pris bien salutaire de tordre le cou aux stéréotypes et préjugés de tout poil et ça décoiffe !

Ce nouvel album ne déroge pas à la règle et je trouve même qu'il va un peu plus loin dans la démarche : des animaux anthropomorphes revendiquent haut et fort leur liberté de penser, d'agir, de se déplacer, d'être différent, de vivre comme ils l'entendent ! 

Pas mal de correspondances entre le trait de caractère du-dit animal et son discours donnent au texte une force supplémentaire et jouent sur les jeux de mots induits.

Les couleurs toniques des illustrations de Claire Cantais renforcent l'esprit de revendication et en mettent du coup plein la figure. Les petits textes, sous forme d'assertions "Je ne suis pas..." un brin provocatrices de Yann Fastier, font mouche et du coup, on ne peut s'empêcher de se regarder le nombril et se dire : et moi dans tout ça ?

"Je ne suis pas un perroquet 
qui répète et répète et répète 
ce qu'on lui met dans la tête.
Ce qu'on lui met dans la tête".

A la fin de l'album, des portraits d'enfants imaginaires viennent compléter cette galerie haute en couleur où chacun dévoile sa petite victoire personnelle (certaines sont très touchantes !), comme pour rappeler que c'est possible à chacun de s'engager au quotidien, même si à première vue, il s'agit d'une goutte d'eau, mais qui fera une grande rivière...
Le petit lecteur est d'ailleurs invité à s'inscrire lui aussi dans ces portraits, une invitation à l'action.

"Je suis moi
rien que moi...
et c'est très bien comme ça !

Un album qui met l'engagement et la réflexion qui en découle à hauteur d'enfant.
J'aime particulièrement que la littérature jeunesse se le permette.

A partir de 4 ans.

Une autre chronique d'un album de La ville brûle .



On n'est pas des moutons !
Claire Cantais
Yann Fastier
La ville Brûle
Collection jamais trop tôt

vendredi 22 avril 2016

La nébuleuse Alma

En tombant amoureuse de Robin, et pile poil le jour où Alma l'embrasse pour la première fois, elle perd l'amitié de sa meilleure amie Jade. Unies comme les doigts de la main depuis toutes petites, pour Alma, c'est la douche froide. Elle ne comprend pas la raison que lui invoque finalement son ex-amie : elle s'ennuie avec elle...
Elle veut bien l'admettre, c'est vrai qu'elles sont différentes toutes les deux. Alma plutôt centrée sur elle-même et Jade très impliquée dans des combats humanitaires (SDF, Sans-papiers,...).
Elle se dit au final qu'il doit bien y avoir autre chose...Robin va l'aider à y voir plus clair après bien des revirements et péripéties. Elle ne s'attendait vraiment pas à ce qu'elle va découvrir.

Comment dire ? J'ai souhaité lire ce roman car j'ai déjà beaucoup apprécié la plume assez pince sans-rire de Luc Blanvillain. Mais je dois dire que cette lecture m'a plutôt déçue. Certaines pages sont pleines de verve mais je me suis ennuyée à cette lecture et la fin m'a laissée plus que perplexe. Tout ça pour en arriver là ? A vrai dire, je m'en suis doutée assez rapidement et je n'ai pas réellement saisi où l'auteur voulait en venir avec cette histoire somme toute assez banale.

Néanmoins, c'est un roman qui pourra plaire aux adolescents car ils pourront y retrouver du vécu dans les relations amicales et amoureuses pas toujours faciles à démêler.
Un aspect que j'ai apprécié cependant : la capacité de ces jeunes gens à rester eux-mêmes malgré leur famille bien différentes. Cet aspect social des origines et comment on s'en dépatouille à cet âge-là est assez bien vu, il faut bien le reconnaître, ainsi que l'indignation et l'engagement qui en découle pour certains d'entre eux, ce qui leur ouvre les yeux sur bien des injustices. Le style d'écriture de l'auteur est toujours aussi efficace.

Une déception sans doute bien subjective due à mon grand âge...

La nébuleuse Alma
Luc Blanvillain
Ecole des Loisirs

mercredi 20 avril 2016

Timide

Voici un premier album d'une toute jeune et timide auteure-illustratrice Elodie Perrotin dont j'ai particulièrement aimé l'approche.

Une approche toute intimiste puisque le lecteur comprend d'emblée qu'elle parle d'elle-même.

D'une timidité qui vous tombe dessus comme une injustice (pourquoi moi ?), qui est de plus en plus vécue comme un handicap malgré les efforts surhumains et à peine perceptibles par les autres, pour essayer de la surmonter.
Puis vient le temps de l'acceptation (je suis comme ça et puis c'est tout) et enfin l'envie de s'exprimer autrement par un autre talent, en l'occurrence le dessin.

C'est une approche dans laquelle nombre d'enfants et de grandes personnes pourront se reconnaître. Les mots sont simples, les situations bien posées, en toute humilité. Le texte est de plus très bien mis en valeur par le travail graphique et le travail éditorial sur l'objet.

Presque un jeu de cache-cache comme pour mieux visualiser les effets de la timidité dans la succession des tableaux, parfois à peine esquissés, avec ces traits fins, s'excusant presque de leur intrusion dans la page.
En témoigne la couverture avec ce jeu d'ombre et de lumière, qui souligne l'ambivalence des émotions ressenties. Les illustrations jouent en permanence avec cet effet à l'intérieur avec très peu de couleurs.
A travers ce personnage qui veut se faire discret, sans bouche dessinée, on ressent le sentiment d'angoisse que procure la timidité mais aussi le fait que trouver une autre passion pour s'exprimer devient un exutoire salutaire.


Un album qui renouvelle très bien l'offre sur cette thématique et que j'apprécie car il s'adresse aussi à des plus grands. Une bien belle façon d'aborder ce sentiment en le décrivant si bien et en le rendant positif.

J'ai eu la chance de rencontrer Elodie Perrotin, elle est timide mais charmante !
Et voici sa dédicace. Un grand merci !

©Méli-Mélo de livres

Les éditions La Palissade confirme leur talent éditorial. 
Une maison d'édition à suivre assurément !
Et voici en photo les deux créateurs...
©Méli-Mélo de livres
Retrouvez l'avis du Tiroir à histoires


Timide
Elodie Perrotin
La Palissade 

lundi 18 avril 2016

La promesse de Mirto

...ou comment un premier humain refusa de tuer l'animal.

Je suis très attachée à la collection Trimestre.
Et elle est de retour avec ce numéro 12.

Et en plus, après Trimestre Documentaires, la collection Trimestre s'agrandit ! 
Avec Trimestre pour les petits et Trimestre Premières lectures (dont un des titres me plait tout particulièrement, forcément).

Ce nouveau numéro de Trimestre Les récits illustrés (que j'ai quasiment tous chroniqués )  aborde le respect de la nature telle que cette décision aurait pu changer la face du monde.

D'un récit initiatique à un récit écologique...

Mirto atteint l'âge de sept ans, celui où il doit entrer dans l'âge adulte. Cela passe par un arc et des flèches. Et montrer sa bravoure en tuant les animaux pour la survie du clan.
Mirto le sent d'emblée. Ce n'est pas pour lui. Et quand il voit agoniser la première marmotte dans laquelle il n'a même pas voulu planter sa flèche, sa décision est prise. Il ne tuera point. Il se nourrira de baies et de graines et ira nu, sans peau de bête sur le dos. Son adaptation se fait vite. Le clan va être ébranlé par sa décision. Et va accepter cette sagesse. 

Une grande force tranquille émane de ces pages : ce récit invite à l'acceptation d'un autre point de vue, qui lui aussi a ses propres arguments et invite à la tolérance absolue.

Une très belle cohérence entre les illustrations, sur un fond brun et des croquis noirs, comme sur les murs des cavernes préhistoriques, et ce texte qui déroule sa réflexion implacable, sans heurt et infiniment de respect.

Des questions essentielles sous-jascentes : l'homme a t-il besoin de tuer pour vivre ? Ne doit-il pas respecter la vie ? Et comment affronter la force du groupe par un avis contraire et se faire accepter malgré tout ?

La face du monde aurait pu être changée...il y a longtemps déjà.

La promesse de Mirto
Jennifer Dalrymple
Oskar éditeur
Collection Trimestre

vendredi 15 avril 2016

Et si on accueillait l'autre ?

Trois albums indispensables en écho avec l'accueil de l'autre.

  • Avec trois brins de laine (on peut refaire le monde) : cet album est inspiré d'une histoire vraie, celle d'une famille qui fuit la dictature pour la liberté. Beaucoup d'espoir dans cet exil. Mais très vite, le désenchantement. Ce nouveau pays n'a que l'illusion de la liberté. Tout y est uniforme. Partout les mêmes couleurs, les mêmes formes. Tout est gris, monotone et triste. Mais il vient une idée à la maman : elle détricote les pulls de la même couleur de la maison et en re-tricotent d'autres avec beaucoup d'imagination. De fil en aiguille, la maille à l'endroit et celle à l'envers fait des émules dans la ville pour un monde plein de diversité.
Voilà une façon bien ancrée dans le réel de changer le monde qui m'a séduite, plus par le texte que par les illustrations, au graphisme particulier, entremêlé de motifs géométriques rappelant le tissu et les points de tricot. Le texte, très bien construit, apporte peu à peu l'espoir d'une vie meilleure quand on décide de se prendre en main. Avec de la bonne volonté et un soupçon d'imagination, oui, on peut changer le monde. Un slogan qui a une tonalité toute d'actualité...

Avec trois brins de laine (on peut refaire le monde)
Texte de Henriqueta Cristina
Illustrations de Yara Kono
Editions des Eléphants et Amnesty International


  • La lumière allumée : Et si laisser la lumière allumée était un acte d'invitation à la tolérance ? Inutile d'économiser son énergie à répandre autour de soi l'anticonformisme.
Imaginez une ville uniforme, triste, sans fantaisie, où toutes les maisons alignées sont rigoureusement identiques.

"Voici ma ville, une ville sans surprise et sans histoire. Dans mon quartier, chaque maison a une porte, deux fenêtres et un toit rouge, bien régulier. Chaque porte a une poignée et une serrure bien huilée. Chaque fenêtre est encadrée de deux volets gris, bien épais."

Le ton est donné d'emblée...jusqu'au jour où un habitant laisse sa lumière allumée. On crie au scandale ! Mais l'empêcheur de rester conforme s'en va en voyage et sa maison finit par tomber en ruines. A son retour, il la reconstruit avec des éléments hétéroclites de ses voyages. Oh là là ! ça critique, ça juge, ça condamne...mais finalement du bleu aux volets, du rouge, des tours et autres élucubrations architecturales sortent de terre et de l'imagination des habitants. Chacun s'accorde alors à penser que la créativité, c'est la vie !

Cet album m'a séduite dans son approche : partir de la maison, lieu intime par excellence, pour évoquer le vivre ensemble, voilà qui est plutôt original !
Au fur et à mesure des pages, le lecteur suit les transformations des habitations au gré de l'envie des habitants, ce qui devient un jeu de rechercher la première initiatrice de ce changement. On s'attarde sur les multiples détails de ces maisons pas ordinaires, qui reflètent chacune une personnalité. De nombreux clins d’œil y sont glissés et c'est un régal de toutes les détailler sur la double page foisonnante de maisons bigarrées, qui constituent du coup, des personnages à part entière de l'histoire.

On imagine aisément la suite avec une vie entre habitants pleine de partage, de solidarité, de vie !

"Voici ma ville, une ville pleine de surprises et d'histoires à  chaque coin de maisons....

Il existe une exposition des maisons de l'album.

La lumière allumée
Richard Marnier et Aude Maurel
Frimousse




  • Petit point : non, vous n'avez pas rêvé. Cet album est rempli de petits points. Un point de vue original et très efficace pour aborder avec les enfants les sujets de l'immigration et de la pauvreté dans le monde. Des points pleins et noirs habitent la page de droite. Ils ont des maisons et à manger. Page de gauche, des points vides et blancs tristes et démunis. Ils demandent l'asile de l'autre côté. On se consulte à droite et on accepte un peu de monde. Mais c'est trop d'un coup. Que faire ? Les habitants de droite décident alors d'aller à gauche et d'aider, d'apporter leur soutien, entraide et solidarité. Pour un monde de paix et de belle diversité.
J'ai beaucoup apprécié le parti-pris de cet album dans sa façon très démonstrative de parler de ces sujets si abstraits avec les enfants, qu'il est souvent difficile pour un adulte d'expliquer. Rien de mieux qu'un dessin pour expliquer ces notions. C'est là très réussi, pas moralisateur, très positif. Un très bon support de discussion pédagogique. Juste du noir et du blanc. Très parlant.



La maison d’édition nuinui a été fondée en 2014 pour faire souffler un vent de nouveauté dans l’univers des livres pour enfants et de loisirs créatifs. Nuinui est un terme polynésien signifiant grandgrand. 

Source Ricochet


Petit point
Giancarlo Macri
Carolina Zanotti
nuinui

Des albums qui montrent que c'est possible un monde meilleur...



29-30 et 31èmes albums/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

mercredi 13 avril 2016

Sauveur & fils Saison 1

Il y a des romans, vous êtes tristes de les avoir déjà terminés tant vous y êtes chez vous.

Le dernier roman tout juste sorti de Marie-Aude Murail m'a donné ce sentiment d'abandon et je me sens depuis orpheline de lecture.

Et la saison 2, je l'attends déjà.

Sauveur Saint-Yves est antillais. Il est veuf. Et psychologue. Nul n'est parfait. 
Il est aussi le papa du petit Lazare, 8 ans, plein de vie, très autonome. Et pour cause : son papa s'occupe des autres bien plus que de lui, enfin, il s'en occupe, mais à sa façon, très préoccupé des problèmes de ses patients.

On croise dans ce roman des cabossés de la vie, hauts en couleur, avec des vrais problèmes, souvent graves, d'autres moins. Dans certains cas, Sauveur-au prénom prédestiné-est davantage un médiateur familial, dans d'autres, son rôle est primordial pour dénouer les angoisses ou les non-dits de ses jeunes patients, en se coltinant leurs parents ou leur entourage proche. Toujours bienveillant, d'une humeur égale, la répartie bien pesée, Sauveur se rend utile avec humilité et modestie. Jusqu'au jour où le passé resurgit, et là, il va bien falloir qu'il affronte son passé mais surtout le dévoiler à son jeune fils qui pressent les choses avec une acuité toute enfantine.

C'est un roman inouï sur l'humanité. Les dialogues sont de la dentelle d'impertinence, d'intelligence et de second degré mêlés. Malgré ce qui se dit et se déroule dans ce cabinet, la vie palpite dans ces pages, avec ses secrets, ses compromis, ses petites victoires et ses grands bonheurs, pour repousser le désespoir le plus loin possible, avec la force libératrice de la parole.

En filigrane une belle réflexion sur le regard des autres, sur les préjugés, sur le racisme, sur la folie, sur la normalité, sur la différence, sur la famille, le poids de ses origines, le choc culturel, et bien d'autres que vous découvrirez, tant sous l'apparence de la légèreté, l'auteure a su y instiller des sujets profonds et d'actualité.
Une belle façon aussi de mettre en valeur ce métier empathique et montrer combien il est difficile dans certaines professions de ne pas empiéter sur sa vie privée. 

Avec un ton absolument unique.

Si vous ajoutez à cette galerie toute une ribambelle d'hamsters, dont les mœurs animales sont mises délicieusement en parallèle avec des situations humaines, vous obtenez un cocktail qui rend cette lecture inoubliable.

Mais c'est surtout une magnifique histoire sur la relation d'un père avec son fils. 
Lumineuse. Rafraîchissante. Touchante. 

Une très, très belle lecture qui fait du bien. Ici, on l'a tous lu, toutes générations confondues, et c'est un...

Coup de cœur unanime !

Retrouvez l'avis du Tiroir à histoires

Sauveur & fils
Saison 1
Marie-Aude Murail
Ecole des loisirs

lundi 11 avril 2016

Petites lectures mais grandes émotions

Des "petites" lectures, j'en lis beaucoup aussi...
Celles-ci, je les ai trouvées particulièrement chouettes !



La vie volée de Becca Pie d'Alice Butaud : Becca est une pie, heureuse de l'être même si elle trouve que sa famille pie est un peu bruyante. Jusqu'au jour où elle est devenue assez grande pour commencer à voler (au sens de dérober et pas de ses propres ailes, quoique...) comme toute pie qui se respecte. On lui fait donc prendre des cours. Malgré sa bonne volonté, Becca n'y arrive pas. Ce n'est pas son truc. Elle s'excuse même de ses larcins auprès des volés, c'est dire. Ce qu'elle veut devenir dans la vie, c'est...pompière ! Un événement va lui permettre de dévoiler à sa famille son souhait le plus profond...Une famille qui saura l'accepter avec intelligence.

Voilà une lecture bien menée sur le droit à la différence quand le chemin est tout tracé. Il en faut alors du courage pour aller contre ce déterminisme et surtout ne pas décevoir son entourage. Un équilibre difficile à trouver pour enfin voler de ses propres ailes. Une lecture très positive sur ce sujet avec de bien belles illustrations de Boaz Lehahn comme des gravures en noir et blanc.






Le jour d'Igor d'Agnès Debacker : un petit chaperon bleu qui s'aventure dans la forêt au mépris des consignes de sa maman pour rendre visite à sa grand-mère. Un loup pourrait bien y rôder, un grand méchant loup. Mais quand ces deux-là se rencontrent, ce n'est pas du tout comme dans le conte. Igor se révèle être un loup assez peureux mais qui tient aussi à sa réputation pour avoir tout simplement la paix. Ces deux-là finissent par s'apprivoiser au fil des pages. Tout de même : il fait semblant ce loup ou il est vraiment gentil ?


Une lecture rafraîchissante avec les ingrédients du conte classique mais complètement revus sous la plume de l'auteure. On se régale de cette rencontre, des dialogues à la limite de l'absurde de ces deux-là, de la fin où tout s'accélère et où ma foi le lecteur ne rigole plus tant que ça...mais ouf !

Des illustrations toutes en bleu de Vincent Pianina, insérées dans le texte fort à -propos, donnent une petite touche bien agréable à cette histoire qui vous fait relever les commissures des lèvres jusqu'aux oreilles !

Et ces histoires sont publiées par l'Ecole des loisirs en collection Neuf pour le premier et Mouche pour le second.

vendredi 8 avril 2016

Aujourd'hui, Amos

Amos et le pays noir, publié en février 2009, a été l'un de mes premiers coups de cœur marquants de ma toute nouvelle vie de "spécialiste" en littérature jeunesse. 
Il y a eu Amos et les pissenlits et Amos et les jours de pluie parus en 2011, petits leporellos pleins de délicatesse, chez Autrement jeunesse, maison d'édition malheureusement aujourd'hui disparue.
Alors quand Amos a refait son apparition cette année, cette fois chez Grasset jeunesse, quelle impatience de le lire à nouveau ! 



Et vraiment quel délice, quel régal, quel bonheur que ce petit livre : Aujourd'hui, Amos.

Amos, c'est ce petit koala rouge et bleu. Et aujourd'hui, le lecteur suit sa journée, une journée remplie de ces petit riens qui sont une plongée dans le goût du bonheur. Pour les fixer, Amos écrit ces instants fugaces dans son petit carnet qui ne le quitte jamais, avec infiniment de poésie.

Et au lecteur de prendre le temps de savourer ces petits tableaux tout en rondeur, tout en douceur, moelleux à souhait : le partage d'une fricassée de champignons tout frais cueillis entre Amos et son ami Hulo, le silence des deux amis devant la chaleur du feu de cheminée, et le sommeil qui arrive dans le soir jusqu'au lendemain : "Et demain est devenu aujourd'hui".

Des illustrations de Janik Coat pleines des gestes du quotidien, sans aspérités aucune, tout est enveloppant, rassurant (j'ai un faible pour les bonnets à oreillettes des deux amis !), on se laisse gagner par cette douceur de pastels. C'est un album dans lequel on se sent si bien ! 

Une très belle invitation au carpe diem, à savourer chaque instant à vivre et à y voir toute la poésie que la vie nous donne simplement. Tous les jours. Et les écrire, pour leur donner plus de profondeur encore...

Immense coup de cœur !


28ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Aujourd'hui, Amos
Anne Cortey
Janik Coat
Grasset jeunesse

mercredi 6 avril 2016

Humour décapant et éloge de la lecture !

Voici deux nouveautés, deux albums, drôles à souhait !
De l'excellente maison d'édition Didier jeunesse

Une bonne pincée d'humour et lecture toujours...





Papa qui lit est un concentré de bonne humeur familiale : repas tout juste terminé, cette fois, c'est papa qui prend les choses en main. La marmaille de la maisonnée composée de trois enfants (dont le narrateur de l'histoire) est priée de se dépêcher. Papa va lire l'histoire du soir ! Seulement son choix des poèmes de Victor Hugo ne fait pas du tout l'unanimité. Et à chacun de donner son grain de sel sur le choix du livre à lire...et là, c'est une sacrée gageure de mettre tout le monde d'accord ! ça discute, ça argumente, ça se chamaille, bref, ça vit ! Un coup de téléphone plus tard et c'est maman qui prend les choses en main et là, ça ne traîne pas: tout le monde au lit, histoire ou pas !

Voici un album de Rémi Chaurand très vitaminé qui rappellera bien du vécu à toute famille...où on lit des histoires, où on essaie de se partager les tâches dans le couple, où chacun essaie de faire un effort pour le bien-être de l'autre, mais où tout ne se passe pas comme prévu aussi, inévitablement.
Un album aussi où on montre une famille avec plein de livres partout, où on sent que l'acte de lire fait partie du quotidien, où il y a une bien belle bibliothèque pleine de bien belles histoires (notamment de la maison d'édition Didier jeunesse), où on offre des livres aux enfants et ce n'est pas pour me déplaire. Du coup, cela montre l'incroyable diversité de la lecture, des thèmes qu'elle aborde, des goûts de chacun en matière de lecture et combien il est parfois difficile de choisir et de s'accorder en la matière ! Cet album parle aussi de poésie et ça, je trouve ça plutôt très chouette d'intégrer dans la vie tout simplement ce genre souvent oublié.
Les illustrations de Charles Dutertre ont autant la pêche que l'histoire : ça vit, ça bouge, ça se bouscule, la vie de famille quoi !

Une bien belle réussite que cet album !



Purée de cochons où on retrouve un loup affamé ayant attrapé trois porcelets dodus bien comme il faut, qu'il voudrait  transformer en purée de cochons ! Sauf que le loup ne sait pas lire s'aperçoivent les petits cochons et ils voient là une aubaine de lui échapper en le faisant tourner en bourrique : pour la purée de cochons, il faut du miel, du fromage,...et ainsi de suite. Notre loup affamé se laisse prendre à chaque fois et attérit dans de bien fâcheuses postures.Sauf que grand-mère finit par lui apprendre à lire...et là, les queues en tire-bouchon pourraient bien cette fois sentir le roussi...

Voici un conte détourné bien savoureux comme savent si bien les concocter Stéphane Servant et Laetitia Le Saux qui récidivent après La culotte du loup et Boucle d'ours, avec tous les ingrédients qu'il faut : de la dérision, de la répétition, des clins d’œil aux contes classiques dans chaque page (et à leurs précédents livres !), si bien qu'on y revient pour ne pas en rater une miette. Et ma foi, on est presque content cette fois pour le loup d'arriver à ses fins car c'est pas possible de se faire moquer ainsi ! Une façon détournée aussi de faire l'éloge de la lecture, de son utilité dans la vie courante pour ne pas se faire marcher sur les pieds et acquérir une forme indispensable de liberté.

Une bien belle réussite là aussi !

Et allez donc voir du côté de la boucherie de l'auteur...:)


Ne vous privez donc pas de ces deux albums 
qui parlent de lecture aux enfants...


26 et 27 èmes albums/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

lundi 4 avril 2016

Le domaine

Un remake des Oiseaux d'Hitchcock ?

Pas vraiment mais un roman qui vous prend aux tripes.

Gabriel est plutôt un solitaire, spécialiste amateur en ornithologie. Une passion de la nature qui sied à merveille à son caractère, que lui a légué son défunt père. Cet été-là, sa mère a trouvé un travail dans un château "Le domaine" pour deux mois, bien payé. Elle a réussi à faire accepter que son fils puisse l'accompagner avec discrétion. Dès leur arrivée, le malaise s'installe. Surtout pour le jeune homme. Cette famille bourgeoise l'indispose, l'angoisse même. Heureusement, la nature environnante lui offre un abri salutaire.

Jusqu'à ce qu'arrivent les jeunes de la maison. Des cousins et cousines complices, fiers et méprisants. Gabriel va essayer de s'intégrer. Seulement, parmi eux, se trouve l'énigmatique Eléonore. Il ne va plus rien contrôler de ses pulsions...


Un roman en trois parties qui va crescendo, différent des autres thrillers de l'auteure. Les deux premières parties plantent le décor et les personnages, leurs travers, leurs compromis et les auréolent de mystères et de secrets. Le lecteur s'attend à ce que cela lui "pète" d'un grand coup à la figure. C'est la troisième partie qui joue ce rôle où la tension monte progressivement jusqu'à la chute où tout s'explique. L'auteure joue à merveille avec les nerfs du lecteur et le mène sur des pistes métaphoriques où il pense comprendre mais se perd à nouveau. La fin est amenée d'une manière à la fois abrupte et presque apaisée.

J'ai beaucoup aimé cette construction menée de main de maître sur les enjeux profonds de cette histoire, aux thématiques abordées très riches. Mais surtout l'auteure a su dépeindre la force du fantasme à l'adolescence comme jamais je ne l'avais lu jusqu'ici. C'est là l'aspect principal du roman je trouve. Et chacun de nous peut s'y identifier, à tout âge : le jeu de l'amour, sa force, son déni, sa souffrance et sa flamboyance. La chute aussi, douloureuse où l'être humain se sent alors en morceaux et doit se reconstruire.

"Je n'écris pas pour les adolescents, j'écris avec un souffle adolescent. Et quel adulte n'a pas conservé en lui la tempête émotionnelle des ses 15 ans ? "Jo Witek

Un roman fort, amené par petites touches, singulièrement juste sur la passion amoureuse.


Existe aussi en version numérique

Le domaine
Jo Witek
Actes sud junior

dimanche 3 avril 2016

Appli coup de cœur #17 : Wuwu & Co

Voici une application absolument époustouflante ! 


Il s'agit d'une histoire interactive magique puisque texte et incursion dans l'histoire par un procédé de rotation à 360° se mêlent. Le support numérique se met alors au service du récit pour que le lecteur le vive à part entière. Comme une sorte de fenêtre intérieure et extérieure.

Il fait froid : Wuwu est ses amis se réfugient dans la petite maison rouge de la forêt. A chaque personnage une histoire différente : cinq façons d'utiliser la tablette, en la secouant, en criant, en l'orientant, en utilisant la caméra,...et retour à l'histoire lorsque le petit lecteur a bien aidé le personnage. On apprend alors à utiliser la tablette et ses fonctionnalités, on part directement dans l'univers comme si on y était. Les sons et la voix du narrateur sont de très bonne qualité, le graphisme est soigné : une incursion dans le numérique très novatrice, à la fois narrative et ludique. C'est génial !



Une application qui surprend, étonne et enchante !

Retrouvez l'avis de La souris qui raconte en la personne de Françoise Prêtre qui me l'a faite découvrir

Un univers qui séduira à coup sûr petits et grands !

Wuwu & Co
Step in books
Appstore : 5,99€
Googleplay : 3,22€
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...