Le jour où on a retrouvé le soldat Botillon

En pleine guerre des tranchées, on découvre le très jeune soldat Botillon, tout juste 20 ans, sonné, anéanti, hébété devant l'absurdité de cette guerre, dont il va payer le prix fort dans son corps, comme tant d'autres. 

L'intérêt de ce roman se situe ailleurs pourtant, même s'il décrit avec réalisme l'horreur des tranchées, assortie d'un positionnement anti-militariste assumé et auquel on ne peut qu'adhérer. L'intérêt donc, c'est le contraste des chapitres, puisque l'auteur Hervé Giraud a choisi aussi de situer l'histoire à notre époque, dans une réunion de famille qui fête les 100 ans de l'aïeule, qui n'est autre que la fille du soldat Botillon, arrière grand-mère qui n'a jamais connu son père, prétendument disparu lors d'un combat.

Durant ce dimanche, outre les agacements des adultes face aux petites manies des uns ou des autres, et surtout face aux obligations familiales qu'ils s'imposent par devers eux, on assiste alors à ce jeu des enfants, frère et sœur et cousins, en rivalité avec les enfants de la famille d'en face : ils jouent à la guerre comme peuvent le faire les enfants, un peu comme dans la guerre des boutons. Sauf que l'Histoire va les rattraper et que la fin fait se rejoindre les deux périodes. Le cadre temporel est différent mais le cadre géographique est le même puisque les maisons sont restées quasi-identiques entre les deux époques, les paysages alentour presque aussi. J'ai aimé ce procédé qui fait le lien et qui  donne une permanence et une importance aux lieux qui, s'ils avaient la parole, auraient bien des choses à nous dire.

Ce procédé d'alternance entre les deux époques est très habile car il met encore plus en lumière l'absurdité de la grande guerre, rendue encore plus vaine à la fois par la futilité des jeux insouciants des enfants et par cette réunion sans envie de fêter les 100 ans d'une vieille dame un peu gâteuse avec ses souvenirs et ses photos. Pourtant, l'auteur a su éparpiller ça et là des indices infimes pour la compréhension de l'histoire, comme un puzzle avec des pièces dont on ne sait d'abord que faire et qui d'un coup trouvent leur place de façon évidente.

Une façon de permettre aux générations d'aujourd'hui de mieux percevoir les enjeux de cette guerre-et par extension de toutes les guerres-des conséquences humaines qu'elle a pu avoir, notamment de la transformation profonde sur les familles, qui sans elle, auraient été bien différentes. D'ailleurs, je l'ai fait lire à ma fille qui est en 3ème car c'est leur programme en histoire. 

Mon arrière grand-père et le grand-père de mon mari étaient brancardiers à Verdun. Je ne saurais jamais s'ils se sont rencontrés mais ils s'en sont "sortis". En ce 11 novembre, j'y pense.

Un roman remarquablement bien mené sur le sujet et je le trouve indispensable dans la réflexion qu'il suscite dans ce qu'on appelle le devoir de mémoire.

Le jour où on a retrouvé le soldat Botillon
Hervé Giraud
Thierry Magnier

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