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mercredi 29 avril 2015

Konnichiwa, Martin/ Salut, Hikaru !

Ces histoires recto-verso, principe de la collection Boomerang, correspondent parfaitement bien à la thématique de la correspondance abordée dans ces deux courts textes. Une thématique qui parlera bien aux enfants de la tranche d'âge à laquelle ce roman est destiné !

A l'origine du projet, l'institutrice de Martin...

Konnichiwa, Martin !

Martin, lui, reçoit une lettre du Japon. Lui qui vit dans ses montagnes, et ça lui suffit bien, c'est la déception de prime abord. En plus, il n'y comprend rien à ces signes ! Il ne sait même pas si c'est une fille ou un garçon qui lui écrit...
Mais petit à petit, l'intérêt de la maîtresse et d'une autre élève le pousse à attiser sa curiosité sur ce pays bien lointain et cette écriture mystérieuse. Et finalement, il se prend à y trouver des points communs et des découvertes étonnantes sur un autre mode de vie.

Salut, Hikaru !

De ce côté-là, on part au Japon et le lecteur a les clés pour comprendre la genèse de la lettre qu'a reçu Martin. Il s'agit donc d'une fille qui a choisi la France, par amour de sa grand-mère, qui y a séjourné jeune.
Et puis, la lettre de Martin qui arrive elle aussi. La découverte d'un autre pays, se mêlant aux souvenirs de la grand-mère. L'écriture si différente, qui interroge : permet-elle de se comprendre vraiment quand on ne la comprend pas ? 

Des couvertures magnifiques signées Marta Orzel, qui sont déjà une invitation au voyage et une correspondance parfaite entre ces deux histoires, pleines de rêve, de tolérance, de sensibilité retenue et d'une amitié naissante qu'on sent sincère entre les deux enfants.

Je les ai lues deux fois, comme toujours maintenant dans cette collection, et elles s'éclairent parfaitement dans un sens comme dans l'autre.

Les styles d'écritures des deux auteurs-Antoine Dole et Gilles Abier- se complètent à merveille. En filigrane, l'importance des mots et de l'écrit pour prendre le temps de se connaître malgré des cultures différentes.

Un très joli livre !


Konnichiwa, Martin !
Salut, Hikaru !
Antoine Dole et Gilles Abier
Illustrations de Marta Orzel
Le Rouergue
Collection Boomerang

lundi 27 avril 2015

Histoires de chambres

Dans l'intimité de la chambre d'enfant, tout un imaginaire se déploie...


Un album bien singulier que voici...

Un jeune garçon décide d'entrer dans la chambre du lion. Il n'est pas là. Croyant l'entendre arriver, il se cache. Mais c'est en fait un autre petit garçon qui arrive à son tour. Puis une petite fille. Puis un chien, des oiseaux, et enfin le lion....chacun se cache à l'arrivée du visiteur suivant, en utilisant les éléments du décor de la chambre qui ne sont que des lignes et des traits mais qui sont désignés dans le texte par ce qu'ils sont vraiment : un lustre, un miroir, des rideaux,...

Une approche apparemment statique, mais il n'en est rien : dans l'immobilité de la cachette, on perçoit le mouvement quand les éléments de la page suivante s'ajoutent à la précédente.

Toute la prouesse de cet album tient aussi dans cet imaginaire de la chambre, comme si la peur en déformait les contours. La curiosité est alors assortie de la pleine conscience de la possibilité du repli grâce à la cachette : ne plus être vu pour mieux ressentir ce qui se passe. C'est remarquablement bien fait et ça fonctionne. Un aspect répétitif qui n'enlève aucune surprise puisqu'à chaque tourne de page, le lecteur se demande ce qui va bien pouvoir se passer -paroxysme atteint quand le lion arrive dans toute sa grandeur et détermination dans cette page qu'il remplit de toute sa stature - et cette question : comment cela va-t-il se terminer ? Par quelle échappatoire  ? Même si la dernière image ne donne pas la réponse complète, la tension retombe et c'est bien là l'essentiel.
La chambre doit rester l'ultime rempart contre les peurs.

La présentation de cet album assez "vintage" (pour employer un mot à la mode) donne à voir un album qui fait penser à ceux du début du XXème siècle. Papier crème, dessins comme des tampons, lignes bien délimitées, coloris mats.

Un album remarquable qui vient de remporter une mention spéciale catégorie fiction à la foire de Bologne 2015 (Bologne Ragazzi Awards).






"Des fois, ma chambre est une punition".


Un enfant proteste, trépigne, fait un caprice : il veut pénétrer dans la chambre de ses parents, que ces derniers lui interdisent pour protéger leur intimité et le renvoient donc dans sa propre chambre. Entre ces quatre murs, l'enfant s'ennuie. 

Puis, peu à peu, l'imaginaire prend le dessus et ce lieu devient le théâtre de toutes ses inventions : aventures, batailles, lectures d'histoires,...et projection vers l'avenir. Elle devient un lieu de tous les possibles, sans murs, sans entraves, un lieu où se ressourcer, où se libérer, où grandir pour mieux affronter le monde. L'enfant est incontestablement le maître du lieu en reportant sur ses jouets l'autorité des adultes et cela lui permet de transcender alors la réalité de sa situation d'enfant.

La singularité de cet album se situe aussi et surtout dans la mise en scène des illustrations : plusieurs tableaux sont représentés sur chaque double page, des tableaux foisonnants, comme autant de boîtes (souvent figurées d'ailleurs, comme sur la couverture) soulignant l'inventivité extraordinaire des jeux d'enfants. Comme si l'imagination prenait corps à travers une multiplicité d'autres chambres. Dans ce lieu intimiste, le lecteur devient témoin du foisonnement sans limites physiques et corporelles de l'imaginaire. Un affranchissement salutaire pour l'enfant, lui permettant alors de dépasser sa frustration du départ et de trouver l'apaisement.


"Parce qu'au fond, dans mon Moi secret à moi, je sais bien que ma chambre n'est pas une punition. C'est là que je peux inventer des chambres d'aventure et de rêve. Pour m'échapper Moi tout seul, à cheval, à travers les murs. Bien sûr, je sais qu'un jour j'en sortirai, je quitterai ma chambre d'enfant..."


Un album à l'approche résolument moderne et très séduisante.


34 et 35/60 Challenge je lis aussi des albums 2015

La chambre du lion
Adrien Parlange
Albin Michel jeunesse

Moi à travers les murs
Annie Agopian et Audrey Calleja
Le Rouergue

vendredi 24 avril 2015

L'immeuble qui avait le vertige

Un immeuble qui a le vertige, ce n'est quand même pas commun ! Il s'appelle Hector, c'est le tout nouveau projet flambant neuf de la municipalité qui en fait son fer-de-lance du progrès social. Hannah vient d'y emménager avec sa famille et plein d'autres familles. Pourtant, elle n'aime pas trop les immeubles mais celui-ci a l'air bien comme il faut, très haut, très lumineux, très écologique. Mais très vite, c'est un peu la panique : l'immeuble tremble de tous ses murs par moments, sans raison apparente. Alors, on l'ausculte, on l'étudie, on le passe au peigne fin, même un exorciste s'en mêle mais rien n'y fait. 
C'est Hannah qui va trouver : Hector a le vertige ! Tout comme elle.  Avec son amie Louise, psychologue, elles vont tenter d'apaiser le malade en lui parlant en langue tuyau mais ce n'est pas encore assez. Alors, Hannah a une théorie, farfelue certes mais une théorie qui va devenir une réalité embarquant tous les voisins pour le plus grand bien d'Hector et de ses habitants.

Qu'il est chouette ce roman ! Plein de fantaisie, de poésie,  complètement irrationnel mais en même temps il pose les sujets de l'écoute et de la solidarité avec originalité.



Et s'il suffisait de prendre le temps d'écouter réellement l'autre dans ce qu'il tente de nous dire parfois de façon détournée ?

Et s'il suffisait de vouloir vraiment que les choses s'arrangent collectivement ?

L'auteure prend le temps qu'il faut de faire part de son idée, d'en dérouler le fil et finalement, on se dit pourquoi pas ? Une héroïne haute en couleur qui n'a pas froid aux yeux malgré sa timidité et qui ose faire part de son point de vue avec obstination, car son seul souci est de guérir Hector, auquel le lecteur s'attache également, comme s'il était une vraie personne. Tout comme elle, on se prend l'envie de le prendre dans ses bras pour le rassurer.

Une bien jolie façon aussi de renouveler l'approche urbanistique de nos villes, de faire un pied-de-nez aux hommes politiques et à leur souci de l'apparence, de célébrer l'envie de faire du bien à l'autre malgré les embûches et de trouver une issue collective joyeuse. 

A lire de toute urgence pour sa fraîcheur !

L'immeuble qui avait le vertige
Coline Pierré
Le Rouergue
Dacodac

mercredi 22 avril 2015

Ab et Cé/ Oh ! la vache

Deux albums pour petites mains et petites oreilles-une nouveauté et une réédition- aux approches comme je les aime vraiment !


Voici un livre-accordéon pour se familiariser avec l'alphabet tout-petit : deux petits personnages Ab et Cé nous prennent par la main à la découverte des lettres sous forme d'onomatopées, qui reprennent la lettre en question et cela sur tout l'alphabet. En bas de chaque page, la lettre en majuscule et en minuscule, pour se repérer. Arrivé à la lettre O, le petit lecteur continue son exploration jusque la lettre Z. Et quand on déplie le tout, ça raconte une vraie histoire pleine d'aventure et de rebondissements. On peut s'amuser à nommer les objets illustrés puisque chaque dessin donne à voir un objet dont la première lettre correspond à la lettre en question.

Un album à plusieurs entrées donc qu'on peut exploiter selon l'envie du moment pour améliorer son vocabulaire, mémoriser les lettres, s'amuser des sonorités qu'elles induisent et...tout simplement jouer avec ! En plus, c'est bourré de couleurs gaies.

En bonus, à la fin, la liste des mots abordés en aide aux parents, mais des points de suspension pour laisser toute latitude à en rajouter.

Un concept bien sympathique qui renouvelle le genre de l'abécédaire, souvent assez statique.
Mais si je vous dis qu'il s'agit du nouvel album de Matthieu Maudet, vous ne serez pas surpris de ce parti-pris d'une approche originale et ludique !


Cet album sort aujourd'hui en librairie.



Une réédition bienvenue de ce classique, en grand format !

Des vaches toutes étonnantes les unes que les autres, à pois, à rayures, pleines de carrés, de lettres, de cœurs, de bonbons, pour terminer sur la vache à lait...ce qui parlera bien au tout-petit.

Plein de couleurs flashy, en regard de chaque vache, une petite phrase pleine de rimes pour la caractériser, on joue avec les mots, les formes, les couleurs et ça décoiffe !

Les petits adorent et on peut leur faire confiance !

Oh ! la vache : et un titre à double entrée..



Ab et Cé
Matthieu Maudet
Loulou & Cie

Oh ! la vache
Antonin Louchard et Kathy Couprie
Thierry Magnier

lundi 20 avril 2015

Refuges

Hier, au large de l'Italie, 700 migrants venant de Libye ont trouvé la mort alors qu'ils rêvaient d'un avenir meilleur. Leur pays en guerre ne leur permet plus de vivre comme des êtres humains. Seuls 28 d'entre eux ont réchappé au naufrage. Il s'agit là de la plus grande tragédie qu'a connue la Méditerranée.

Annelise Heurtier, dans ce roman RefugeS, à la couverture comme un eldorado, aborde ce sujet dans une histoire ou plutôt des histoires plus que poignantes. 

On y fait la connaissance de Mila, 17 ans, qui vient passer un mois de vacances sur l'île de Lampedusa, île de ses origines, avec son père et sa mère. Pourtant, ce retour a un goût amer. Se confronter au passé est difficile pour cette famille. Il y a l'avant et l'après. Un drame familial a tout emporté sur son passage et la date de son anniversaire arrive bientôt. Comment la traverser ? Paola, une nièce dont elle va faire connaissance, va l'aider sur ce cheminement d'une façon à laquelle Mila était loin de s'attendre. Cette île, elle va la ressentir, elle va la traverser, au sens propre comme au figuré, elle l'a perçoit comme le refuge qui la ressource désormais. Pourtant, une autre réalité la rattrape : celle des migrants qui échouent sur les plages de cette île si magnifique, dont le nom signifie l'île du Salut, une réalité sordide qui contraste avec sa beauté. Ce sera pour Mila un déclic : quand le malheur des autres transcende le sien.

La construction et l'écriture remarquables de ce roman apportent incontestablement une profondeur et une réflexion : huit voix d'adolescents d'Erythrée se mêlent au récit. Avec leurs rêves, leur parcours, leurs désillusions, leur espoir fou de rejoindre l'Europe. Une obsession. Le lecteur est happé de l'intérieur. Et c'est terrible. On a la gorge serrée de tant d'horreurs subies.

Le tour de force de l'auteure est de ne pas pour autant minimiser le drame que traverse Mila. Au contraire. On est tous nés quelque part...On ne maîtrise pas cela. Chacun mène sa barque comme il peut. Au bout du chemin, il devrait toujours y avoir une main tendue pour aider celle ou celui qui en a besoin. Être humain, c'est d'abord cela...

Un roman puissant et plus qu'émouvant, très documenté, qui a le courage de s'attaquer à une réalité sur laquelle l'Europe ferme les yeux par hypocrisie. 
Les images que j'ai vu hier soir l'ont mis dans une perspective qui prend corps avec cette réalité inhumaine.

Refuges
Annelise Heurtier
Casterman

vendredi 17 avril 2015

Le noir

Les albums sur la peur du noir, ce n'est pas ce qui manque en littérature jeunesse.
Alors, un de plus ?

Oui, un de plus mais une approche singulièrement originale et qui m'a plutôt convaincue de suite.

Un petit garçon, Laszlo, a peur du noir. Quand vient le soir la grande maison l'effraie. Peu à peu, le noir prend toute la place, y compris dans sa chambre. Le pire, c'est dans son antre : à la cave. C'est là qu'il habite. Mais un soir, le noir invite Laszlo à descendre le rencontrer. Pour le rassurer. Lui expliquer qui il est. A quoi il sert. Et lui faire un cadeau.

"Laszlo n'avait jamais osé aller dans la tanière du noir la nuit."

Une confrontation salutaire. Quand la peur est moins forte que la curiosité ou que l'envie de se confronter à la réalité de sa propre peur est la plus forte. Cet album rend très bien ce pouvoir du noir sur l'imagination des enfants, sublimé par des illustrations très évocatrices , où le noir et la lumière se partagent l'espace sans violence, et une narration à la fois toute en retenue et pédagogie.

Un album très réussi pour apprivoiser le noir et s'en faire un ami.

Coup de cœur !

L'auteur, Lemony Snicket, n'est autre que celui des "Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire".
Quant à l'illustrateur, Jon Klassen, ce blog a chroniqué certains de ses albums avec un plaisir toujours renouvelé.

31/60 Challenge je lis aussi des albums 2015
Challenge Petit bac 2015, ligne couleur

Le noir
Lemony Snicket
Jon Klassen
Milan

mercredi 15 avril 2015

On est tous faits de molécules

©Méli-Mélo de livres
Les romans de Susin Nielsen, je les ai tous lus, avec un bonheur égal !
Et celui-ci reste dans la continuité des précédents et c'est peu dire puisque l'auteure réussit a y intégrer les personnages de ses autres romans. Du coup, il est intéressant de les revoir dans un autre contexte, avec de nouvelles interactions humaines. Un sacré tour de force : cela donne envie de relire les romans car le lecteur est troublé par cette nouvelle mise en perspective et cela titille le souvenir de sa précédente lecture.

On y rencontre deux adolescents à l'opposé : d'un côté Stewart, jeune homme surdoué, un peu névrosé, attaché viscéralement à son chat au nom scientifique. A sa décharge, Stewart a perdu sa maman d'une longue maladie il y a deux ans et sa sensibilité à fleur de peau en est exacerbée et on le comprend. Ça se complique quand son papa tombe amoureux et décide de s'installer avec la nouvelle élue de son cœur, divorcée et mère d'une fille, Ashley, la fille la plus populaire du collège, férue de mode et très soucieuse des apparences. Entre ces deux-là , rien ne va plus...
Ça se complique encore lorsque la jeune fille découvre que son père, qui vit depuis le récent divorce dans le cabanon au fond du jardin, est homosexuel. Sa vie s'écroule.

Un roman à deux voix, alternance des points de vue des deux adolescents, un jeu du chat et de la souris, je t'aime moi non plus. Leur seul point commun : déconcertés face aux choix des adultes. Peu à peu, leur aversion du départ s'amenuise vers un essai de vivre ensemble.

Susin Nielsen n'a pas son pareil pour aborder avec un humour dévastateur le quotidien de cette famille recomposée, faite de compromis et de tolérance souvent feinte. Les cabossés de la vie prennent sous sa plume une dimension presque héroïque. J'ai été émue des analyses de Stewart, agacée par la futilité d'Ashley, peinée par leur solitude, heureuse de leur cheminement l'un vers l'autre, même si beaucoup reste à faire.

Un roman plein de leçons sur la vie, d'une fraîcheur à toute épreuve, car on rit beaucoup dans ces pages.

Un roman plein de vérités aussi sur l'ambivalence des interactions humaines car oui,  on est tous faits de molécules, comme le rappelle avec justesse Stewart.

Il est heureux que la vérité sorte pour une fois de la bouche d'adolescents si différents mais au final si semblables.

Ce roman sort en librairie aujourd'hui.

L'avis du Tiroir à histoires

On est tous faits de molécules
Susin Nielsen
Hélium

lundi 13 avril 2015

Rien que pour toi

©Méli-Mélo de livres
Les albums de la collection Cligne-Cligne portent jusqu'à nous des petits trésors de littérature jeunesse. Celui-ci a été édité en 1964 aux États-Unis. 

Il s'agit là d'une déclaration d'amour d'un petit frère à sa grande sœur : il passe en revue tout ce qu'il fera pour elle devenu plus grand encore et quelle fougue ! Les propositions vont crescendo, elles sont pleines de cette poésie et de cette naïveté propres à l'enfance mais si touchantes !

Une belle projection vers l'avenir en tous cas mais la chute finale laisse à penser que les bons sentiments déclarés ne sont pas dénués de toute arrière -pensée...Une sœur, ma foi, si on pouvait aussi s'en débarrasser...pour prendre sa place.

Un album émouvant et ambivalent sur l'amour dans la fratrie, avec des illustrations au charme intemporel, toutes en délicatesse,  par Uri Shulevitz himself.

Rien que pour toi : que ne ferais-je pas...

Un album indémodable assurément.

Pour en savoir plus, c'est LA.

30/60 Challenge je lis aussi des albums 2015


Rien que pour toi
Charlotte Zolotow
Uri Shulévitz
Didier jeunesse
Collection Cligne Cligne

samedi 11 avril 2015

GEANT

C'est une histoire de complicité entre un père et son fils. Martin et Louis. Ils vivent dans les marais, entre terre et ciel, bergers, gardiens de leurs troupeaux, du haut de leurs échasses, tels des géants. Mais un jour, la vie en décide autrement : la mort frappe soudainement et emporte le père. Louis et sa mère doivent se résoudre à quitter ce paradis de nature pour aller en ville. Il faut bien vivre. Un déchirement pour Louis. Il s'adapte assez vite à sa nouvelle vie, travaille aussi pour aider sa maman, va à l'école même s'il s'y ennuie, se fait des copains. Très vite, des voisins de palier arrivent : un père seul avec ses deux filles, Sofia la grande et Maria la petite qui s'est réfugiée dans un mutisme obstiné depuis la mort de leur maman. Ces deux familles vont s'épauler et une amitié grandissante va naître entre Louis et Sofia.

Jo Hoestlandt est une auteure dont j'aime lire les pages : il y a une telle sensibilité, une telle façon d'aborder des sujets graves sans rien enlever de leur gravité mais en leur donnant une touche d'humanité toujours très juste et profonde.

Il y a dans ces pages de la tristesse, de l'incompréhension contre ce sort si injuste mais en même temps une renaissance, de la solidarité  et une si belle lumière. La fin est d'une poésie à couper le souffle. Une ode aussi à la nature avec cet attachement si profond de Louis à son père à travers elle et à ce qu'il lui a transmis.

C'est un roman aux thématiques très riches avec un esprit enveloppant qui laisse au lecteur toute latitude pour s'imprégner du ressenti des personnages et qui malgré la pesanteur du deuil offre une bienveillance sur la vie.

Les illustrations pleine page en noir et blanc de Thomas Baas arrivent comme il faut et la couverture et le titre en accord parfait.

Ce titre est sélectionné dans le prix des Incorruptibles pour 2015-2016 (CM2-6éme) .

Un roman poétique et profond.

Challenge Petit bac 2015, ligne titre en un seul mot

Géant
Jo Hoestlandt
Thomas Baas
Magnard jeunesse

Existe en version numérique

jeudi 9 avril 2015

Le goût de la vanille

©Méli-Mélo de livres
Un album au goût de liberté et de voyage : un petit moineau nous emmène de l'Inde aux États-Unis, on le suit dans cette aventure légère et pleine de promesses. Par un concours de circonstance heureux, il va faire découvrir à son tour un goût unique à une petite fille dans sa poussette, celui de la vanille, symbole par excellence du parfum de l'exotisme. Et cette première fois- là, elle ne l'oubliera pas de sitôt... Ce goût frais et savoureux. 

Cet album à ce petit quelque chose en plus : une façon originale de mettre en place les différents plans des images, des pleines pages alternant avec des encarts en hauteur ou en largeur (comme dans la bande dessinée), aux coloris doux et pastels, assez fondus. Cette alternance donne corps au récit et accroche le lecteur, qui y plonge à pieds joints. On a l'impression de pouvoir repousser les frontières physiques du livre. L'être humain y est représenté aussi comme faisant partie intégrante de ce grand tout, ni plus, ni moins.

Une histoire pleine de bonheur qui nous dit que la vie vaut la peine d'être croquée à pleines dents pour les surprises qu'elle ne cesse de réserver à condition de savoir les saisir dans leur instantanéité. 

Un album qui emporte loin, très loin, avec un goût d'évasion certain et plein de poésie.

Du même auteur : Premiers pas.

Retrouvez l'avis de La bibliothèque de Chlop

Le goût de la vanille
Bob Graham
Didier jeunesse

mardi 7 avril 2015

iM@mie

Sam, 16 ans, ne peut plus se passer de son téléphone portable et de son ordi rempli de ses jeux vidéo. C'est l'année de son bac de français et ses parents s'inquiètent de cette geekmania qui prend le pas sur le reste. Ils décident donc de l'envoyer en pension à Nice chez sa grand-mère Martha où il n'y a pas d'ordi mais des livres plein la maison.

Sam, qui adore sa grand-mère, s'en accommode. Il s'accommode surtout de ses petits plats pour assouvir son appétit d'ado. Il se met donc à lire avec peine, travaille son piano avec acharnement mais tout de même, la technologie lui manque terriblement. Il va si bien le faire comprendre à sa grand-mère que...

Un roman intergénérationnel gentillet qui pour ma part a manqué d'un peu de piquant, même si l'idée de départ est très bien abordée d'emblée. 

J'ai passé un bon moment de lecture avec Susie Morgenstern, toujours aussi généreuse avec ses personnages qu'elle rend si attachants mais bon, 200 pages pour tout ça, oui, on finit par tourner un peu en rond.

Tout est un peu trop lisse, ça manque de rébellion, d'arguments pour défendre ses passions, de vrai débat entre générations.

Un roman plaisant donc mais sans plus.

Challenge Petit bac 2015, ligne titre en un seul mot

iM@mie
Susie Morgenstern
Ecole des loisirs

dimanche 5 avril 2015

Appli coup de coeur # 7 : Moutcho et Pitrouille

Le printemps est là, on a envie de sortir, de profiter de la nature et du soleil !
Alors aujourd'hui partons à la découverte de MOUTCHO & PITROUILLE !
Un univers loufoque et déjanté et qui sait, peut-être y aura-t-il des œufs à trouver ?



Un premier tome "Bonjour Bangou !" pour ce livre interactif pour les 3-6 ans : un univers très attrayant, ludique et coloré, dynamique et enjoué avec plein de petites découvertes à trouver, un texte tonique qui donne les indications qu'il faut, avec des mots aux sonorités joyeuses et pleine d'entrain. Une bande-son très originale complète le tout. 

Dans cette histoire, le soleil a tout simplement oublier de se réveiller : alors, on aide deux sortes de petits personnages-doudous à faire en sorte qu'il accomplisse sa mission.

Le seul défaut : le temps de téléchargement entre chaque page...dommage !
Pour ma part, quand je la fais découvrir à des enfants, j'actionne une petite clochette durant ce petit temps, ça fait diversion et on oublie l'attente.

Une application qui plait beaucoup pour son dynamisme coloré et sa petite histoire farfelue.

Trois autres histoires attendent un financement pour pouvoir aboutir.
Pour en savoir plus, c'est par LA.



MOUTCHO et PITROUILLE sur IPAD par iboo-interactive

Moutcho & Pitrouille
Iboo-Interactive & Dandelooo 
Gratuit
Appstore

vendredi 3 avril 2015

Mille milliards de trucs (et de moutons)

Au premier coup d'œil, un livre qui m'a attirée.
Un grand format.
Un couple d'auteur et d'illustrateur pas inconnu du tout.
Un titre rigolo.

En fait, un livre-jeu bien sympa !
Pourquoi dormir ? nous dit d'emblée le petit personnage.
Il y a tant à faire dans une journée !
Et c'est parti...

Sur chaque grande double page, le lecteur est invité à retrouver des éléments....
Classique direz-vous ? Oui, mais que c'est amusant car à chaque nouvelle page, on change la modalité de la recherche. Et que de petites choses à regarder ! Cela m'a fait penser aux parties effrénées du jeu de société "Le lynx" que nous faisions avec nos enfants petits.


Certaines devinettes sont plus difficiles que d'autres mais pas de souci, les réponses sont à la fin !
Et justement, parlons- en de cette fin : drôle et si juste !
Allez, vous non plus, vous n'allez pas résister à jouer ?
Une histoire et un jeu combinés, il fallait y penser et esthétiquement, c'est un très beau livre...à offrir ou à s'offrir pour s'amuser !
Pour développer son sens de l'observation, seul ou à plusieurs.
Un livre pour tous les âges : les plus jeunes y développeront leur vocabulaire, les plus grands leur mémoire.

Bref, de bons moments en perspective !

Le blog commun à l'auteur et à l'illustratrice.

28/60 Challenge je lis aussi des albums 2015
Challenge Petit bac 2015, ligne animal

Mille milliards de trucs (et de moutons)
Loïc Clément et Anne Montel
Belin jeunesse

mercredi 1 avril 2015

De mieux en mieux

©Méli-Mélo de livres
J'avais déjà beaucoup apprécié Désobéis ! du même auteur dans la même collection.

Et si vous suivez ce blog assidûment (ce que je ne doute pas !), vous avez pu constater combien j'apprécie la plume de cet auteur pour son engagement, son regard sur notre société et son regard acéré sur la place des adolescents dans ce monde cruel.

De plus, la nouvelle est un genre que j'affectionne tout particulièrement : cette forme courte qui en dit long...

Ce recueil de nouvelles, je l'ai avalé d'une traite un soir de ce presque printemps et j'ai bien fait car les personnages se répondent et cela donne un belle unité.

On part en banlieue dans la cité. Un mot qui fait peur hein ? Z.U.S pour Zone Urbaine Sensible (Il n' y a que les énarques pour inventer ça dans leurs bureaux dorés). Bref, en quartier défavorisé, celui dont on entend parler que pour les faits divers avec des raccourcis bien raccourcis...

Pourtant, des gens y vivent quotidiennement et en particulier des jeunes : on entre dans la cité Nelson Mandela et son bâtiment E. On y fait la connaissance de plusieurs adolescents, des rêves plein la tête, un peu d'inconscience aussi mais pas de réelle méchanceté.

11 histoires caustiques, drôles, graves, tragiques sur le quotidien, les clichés qui ont la vie dure, du bonheur aussi de se sentir quelqu'un. 

La langue de Christophe Léon est sans détours : elle épouse parfaitement le langage des ces jeunes comme si on y était, elle rend parfaitement bien leur soif d'être reconnu pour ce qu'ils sont mais il y a aussi en filigrane une certaine dose de fatalité car il n'est franchement pas aisé de se sortir de cette étiquette de la cité sans un coup de pouce du destin. Et on ne gagne pas à tous les coups, loin s'en faut.

Pas de leçon dans ces pages mais une vérité sans jugement. 

Et une fois le recueil refermé, ces personnages, on a envie d'aller les rencontrer...
Et oui, de mieux en mieux !

De mieux en mieux
Christophe Léon
Thierry Magnier
Nouvelles
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