Refuges

Hier, au large de l'Italie, 700 migrants venant de Libye ont trouvé la mort alors qu'ils rêvaient d'un avenir meilleur. Leur pays en guerre ne leur permet plus de vivre comme des êtres humains. Seuls 28 d'entre eux ont réchappé au naufrage. Il s'agit là de la plus grande tragédie qu'a connue la Méditerranée.

Annelise Heurtier, dans ce roman RefugeS, à la couverture comme un eldorado, aborde ce sujet dans une histoire ou plutôt des histoires plus que poignantes. 

On y fait la connaissance de Mila, 17 ans, qui vient passer un mois de vacances sur l'île de Lampedusa, île de ses origines, avec son père et sa mère. Pourtant, ce retour a un goût amer. Se confronter au passé est difficile pour cette famille. Il y a l'avant et l'après. Un drame familial a tout emporté sur son passage et la date de son anniversaire arrive bientôt. Comment la traverser ? Paola, une nièce dont elle va faire connaissance, va l'aider sur ce cheminement d'une façon à laquelle Mila était loin de s'attendre. Cette île, elle va la ressentir, elle va la traverser, au sens propre comme au figuré, elle l'a perçoit comme le refuge qui la ressource désormais. Pourtant, une autre réalité la rattrape : celle des migrants qui échouent sur les plages de cette île si magnifique, dont le nom signifie l'île du Salut, une réalité sordide qui contraste avec sa beauté. Ce sera pour Mila un déclic : quand le malheur des autres transcende le sien.

La construction et l'écriture remarquables de ce roman apportent incontestablement une profondeur et une réflexion : huit voix d'adolescents d'Erythrée se mêlent au récit. Avec leurs rêves, leur parcours, leurs désillusions, leur espoir fou de rejoindre l'Europe. Une obsession. Le lecteur est happé de l'intérieur. Et c'est terrible. On a la gorge serrée de tant d'horreurs subies.

Le tour de force de l'auteure est de ne pas pour autant minimiser le drame que traverse Mila. Au contraire. On est tous nés quelque part...On ne maîtrise pas cela. Chacun mène sa barque comme il peut. Au bout du chemin, il devrait toujours y avoir une main tendue pour aider celle ou celui qui en a besoin. Être humain, c'est d'abord cela...

Un roman puissant et plus qu'émouvant, très documenté, qui a le courage de s'attaquer à une réalité sur laquelle l'Europe ferme les yeux par hypocrisie. 
Les images que j'ai vu hier soir l'ont mis dans une perspective qui prend corps avec cette réalité inhumaine.

Refuges
Annelise Heurtier
Casterman

Commentaires

  1. Merci Pépita pour cette belle chronique ! Je me permets de la relayer via un extrait dans ma "revue de presse", sur mon blog. Bonnes lectures !

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  2. Il a l'air super intéressant ce livre, il faudrait que je me le procure!

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