Pages

lundi 29 août 2016

Partir ou rester ?

Les vacances, du moins celles qu'ont a la chance de pouvoir prendre, et le temps de l'été occultent quelque peu l'actualité...
Pourtant, d'autres vivent d'autres exils bien plus douloureux et partir n'est pas toujours synonyme de bonheur et de joie de découverte de l'inconnu.

Voici deux albums à hauteur d'enfant, le premier pour les plus jeunes, le second pour les plus grands, pour mettre des mots et des images à leur portée sur l'espoir de ceux qui quittent tout, leur famille et leur pays pour un monde qu'ils espèrent meilleur.

Pour fuir la guerre, une mère et ses deux jeunes enfants prennent la route de l'exil : passer la frontière, traverser la mer, rouler, rouler et ne jamais perdre espoir. On perçoit en filigrane le non-dit de l'adulte dans cette traversée sans fin mais il faut à tout prix avancer pour sauver sa peau. Les illustrations s'alternent entre lumière et noirceur et le texte est d'un réalisme stupéfiant. La fin apprend que l'auteure s'est inspirée de faits réels et cela se sent. C'est toute la force de cet album d'ailleurs : de parler de cette réalité aux enfants dans un format abordable pour eux et d'amorcer les réponses à leurs interrogations.

Partir au-delà des frontières / Francesca Sanna.-Gallimard jeunesse


Barbara, un prénom au goût de liberté, celui de l'Angleterre si jamais elle est atteinte dans ce long voyage.
Arnaud Tiercelin a choisi avec justesse la forme de la correspondance, celui d'une jeune fille qui fuit l'Erythrée avec sa mère. Elle écrit à son papa resté au pays le long chemin de l'exil, ses peurs, ses espoirs, son découragement, son regard d'enfant sur ce qu'elle vit. Ce procédé donne au texte une profondeur décuplée, le lecteur se met véritablement dans le ressenti de cette jeune fille, qui observe, relate, dit le désespoir, l'attente, les camions de Calais, le refoulement, et la cruauté de cette situation.
Le texte est renforcé à chaque fois par une illustration (Illustrations de Bertrand Dubois) pleine page en regard qui confère au propos plus de réalisme encore. 
C'est fort et poignant. 
On referme cet album à la fois silencieux et révolté devant l'absurdité du monde.
Un texte que je verrais bien en lecture à haute voix avec projection des illustrations...

Endors-toi Barbara
Arnaud Tiercelin et Bertrand Dubois
Naïve


71-72 èmes album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

vendredi 26 août 2016

Je serai cet humain qui aime et qui navigue

Qui n'a jamais ramassé un coquillage sur la plage et l'a porté à son oreille pour entendre ce qu'il a à dire ?

Pourtant neuf années de vacances  à parcourir les plages avec son grand-père ne pouvaient préparer totalement ce jeune garçon à la découverte de ce jour-là. Un magnifique coquillage avec ce message "Ecoute-moi !" gravé dans sa nacre délicate fait son apparition à ses pieds.

Et c'est le début d'une histoire de transmission signée Franck Prévot,  elle aussi magnifique : celle de la relation d'un petit-fils et de son grand-père lié par cette découverte. Car si le grand-père n'y entend au départ que la tempête de la mer, le garçon y entend un poème, d'abord indéchiffrable. Peu à peu, les mots vont faire leur chemin et se révéler dans leur force créatrice, les rassembler et les porter vers leurs rêves.

Un album qui enfle le cœur tant la beauté qui s'en dégage ne peut qu'émouvoir : un hymne pour célébrer la force et le mystère de la poésie, qui semble ne rien dire aux premiers abords mais qui possède pourtant un langage pour chacun, pour peu qu'on y cherche le sens.




Un texte magnifié par les illustrations de Stéphane Girel, toutes en volutes, en lumière et en douceur avec ces couleurs pastels fondues. Elles traduisent tout simplement le mouvement de la vie et l'alchimie mystérieuse des mots qui nous touchent.

On peut y reconnaître d'ailleurs nombre de références à de grands poètes dont les œuvres ont servi à élaborer le poème final. Le lecteur est également invité à transmettre sa propre traduction du poème.
Une bien belle entrée en poésie et une façon de prolonger un peu l'été...

Coup de cœur ! 

Retrouvez l'avis de Sophie du blog La littérature de jeunesse de Judith et Sophie

70 ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Je serai cet humain qui aime et qui navigue
Franck Prévot
Stéphane Girel
HongFei 

mercredi 24 août 2016

Tu ne sais rien de l'amour

Un nouveau roman de Mikaël Ollivier, je ne pouvais pas louper ça !

Roman initiatique, oui, mais bien plus que cela.
Pour moi, il s'agit d'un roman sur la force et les ravages des secrets bien gardés dans les familles, plus par choix que par volonté de nuire. Il y a ceux qui savent et qui ne disent rien et ceux qui ne savent pas que les autres savent. D'ailleurs, doit-on toujours tout dire ? Mais surtout, c'est un roman sur les mystères et la force de l'amour, sur comment on le sublime ou au contraire on le maltraite.

Nicolas et Malina : ces deux-là se connaissent depuis l'enfance. La jeune fille a perdu sa mère, à l'âge de 7 mois, renversée par une voiture A l'adolescence, leurs sentiments évoluent. Pour tous, c'est déjà un couple promis au mariage. Au début, on se dit : oui, ok, et... ? Puis peu à peu, le roman prend une autre épaisseur. Et quelle épaisseur !

A 16 ans, Nicolas va pourtant affronter la vie, bien malgré lui. Lui qui a toujours suivi le mouvement, tout accepté sans savoir s'imposer, ce qu'il regrette, mais il ne sait pas faire autrement. Faut dire que la vie bien réglée de ses parents à la boulangerie, avec ce qu'elle comporte comme contraintes, ne l'aide pas beaucoup. L'imprévu va pourtant surgir : son père boulanger va être rattrapé par une récidive de cancer. Il va surprendre sa mère avec un autre homme dans un restaurant. Il va peu à peu découvrir la face cachée des adultes qui l'entourent et ces révélations découvertes peu à peu vont lui permettre de prendre sa vie en main. 

Un roman bouleversant à bien des égards : dans une écriture sobre mais soignée, dans une construction en flash-backs, l'auteur réussit à englober toutes les facettes de l'amour : sa flamboyance, sa fidélité, ses silences, ses compromis, ses non-dits, ses souffrances, ses trahisons, son caractère inopiné ...Il nous dit surtout de ne pas confondre désir et amour et qu'on a le droit d'aimer plusieurs fois dans une vie à condition d'être honnête avec soi et les autres.

C'est un des aspects le plus intéressant de ce roman : une invitation à écouter son cœur et à la tolérance des sentiments, toutes générations confondues, du moment que l'autre est respecté. On n'est plus dans le fantasme, on est dans le vécu de ce qu'on ressent pour un ou une autre. Avec ce questionnement : sait-on seulement ce qu'aimer signifie ?

A travers ce cheminement, Nicolas va pouvoir accepter ses propres choix et surtout décider de sa vie avec les envies qu'il a, à ce moment de sa vie.

Ce roman, c'est aussi une chute qui boucle la boucle, sur cette révélation finale à laquelle je ne me suis pas du tout attendue mais que j'ai comprise pour l'histoire, pour éclairer cette relation qu'on pense au final assez malsaine entre les deux adolescents mais que j'ai trouvé limite manipulatrice tout de même !

Certains passages sont bouleversants, notamment la mort prématurée du père, non pas vécue comme une fatalité, mais comme un lien indéfinissable malgré la mort grâce à l'accompagnement du fils et de la mère, au-delà des mots prononcés. Cet aspect-là du roman, sur le choix de vie qu'il induit alors pour Nicolas, je l'ai trouvé particulièrement fort, réaliste et quasi sublime.

Un roman qui se déroule à Chartres et sa banlieue, ce n'était pas pour me déplaire, puisque j'y ai vécu 20 ans. C'est toujours agréable de reconnaître des lieux, on s'y balade d'autant mieux.

Un roman pour grands ados et adultes tout de même...et qui englobe avec maestria les enjeux de l'amour sans clichés et surtout sans donner de leçon.

Tu ne sais rien de l'amour
Mikaël Ollivier 
Thierry Magnier

lundi 22 août 2016

Le bateau rouge d'Oscar

Oscar a eu un bien beau bateau rouge pour son anniversaire. Evidemment, c'est le plus beau et ils partagent bien de bons moments de jeux au square. Puis les vacances à la plage arrivent et là, la mer donne une autre dimension à leurs échanges ludiques. Il y a des envies d'évasion vers l'inconnu dans l'air sauf qu'Oscar décrète qu'ils sont bien trop petits. De peur de le perdre, il s'attache à son petit bateau (au sens propre). La fin des vacances va pourtant permettre à Oscar de prendre une décision capitale : en grandissant durant l'été, il accepte de laisser "son" bateau partir vivre sa vie...

Quel bel album pour aborder la possession et la séparation dans leur va-et-vient ambivalent propre à l'enfance !

Le propos écrit par Jo Hoestdlandt est amené progressivement pour permettre au petit lecteur de vivre la situation de l'intérieur et de s'y identifier. Car tout enfant connait ce sentiment-là à un moment donné, que ce soit vis-à vis d'un objet chéri ou d'un animal par exemple. 

Un album rassurant aussi puisque les parents adoptent une attitude bienveillante et laissent suffisamment d'espace au petit garçon pour prendre seul sa décision de grand, au milieu de la fratrie, avec le grand frère et la petite sœur, ce qui a aussi toute son importance dans cette histoire.

Le tout dans des illustrations d'Amandine Piu d'une belle fraîcheur, et qui traduisent le mouvement avec beaucoup de réalisme et des couleurs profondes dans l'alternance des pages, mises en scène différemment.

L'apprentissage de la liberté au quotidien.
Et des décisions, il n'y en a pas que des petites. Surtout à hauteur d'enfant.
Un album idéal en cette fin de vacances !

Coup de cœur ! 



69 ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Le bateau rouge d'Oscar
Jo Hoestdlandt et Amandine Piu
Père Castor


BONUS

Moi aussi, j'ai vu un bateau rouge...mais volant !

©Méli-Mélo de livres

vendredi 19 août 2016

PAL de vacances #6


Je ne sais pas pourquoi mais ces deux romans de la rentrée littéraire jeunesse de fin août ne m'ont pas du tout embarquée...

Trop lents, trop introspectifs, même si je leur reconnais à chacun une certaine singularité : celui de gauche pour le parallèle entre le jeu et la famille où chacun tient un rôle, le tout étant de savoir qui gagne ou perd au final, et celui de droite pour sa force imaginaire. Quelque part, ils se rejoignent.


Sans doute passée à côté...cela arrive....je leur ai pourtant laissé à chacun une seconde chance en les reposant et les reprenant, mais non, la rencontre ne s'est pas faite, tout simplement...

Mauvais joueurs/Julien Dufresne-Lamy (que je remercie pour la dédicace) 
et Le récif /Seita Vuorela.-Actes sud junior

Du coup, j'ai plongé dans celui-ci, lu presque d'une seule traite...
Une bien belle écriture, très philosophique, un roman sur la résilience, la culpabilité, sur ce que nous donne et reprend la vie, sur le deuil, sur les relations aux autres.
Des thématiques très riches, une histoire bouleversante.
Je donnerais un avis plus complet dans une chronique en préparation, il me faut du temps parfois pour trouver les mots...car tout ne m'a pas convaincue non plus dans cette lecture.

La vitesse sur la peau/Fanny Chiarello.-Le Rouergue


Ma PAL de vacances a bien fondu...

Voici mes prochaines lectures :






Des romans que je voulais lire depuis longtemps...







Les chroniques reprennent dès la semaine prochaine !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...