Partis sans laisser d'adresse

J'ai tout lu de Susin Nielsen et il n'y a pas à dire, elle n'a pas son pareil pour aborder des sujets de société avec un regard plein de justesse mais surtout par le biais de personnages très attachants. L'autre particularité de ses romans est que la solidarité y est toujours de mise et on retrouve des personnages des précédents avec bonheur, qui apparaissent donc sous un autre angle, puisque dans une autre histoire. Le tout constitue pour le lecteur une famille qu'il a grand plaisir à voir évoluer.

Dans Partis sans laisser d'adresse, on rencontre Félix Knutsson, 12 ans, qui vit avec sa mère Astrid et sa gerbille Horatio. Ils vivent dans un Combi Volswagen à Vancouver, qui n'est pas le leur. Mode de vie précaire dû à une spirale de malchance comme c'est souvent le cas. La maman pense se refaire rapidement mais le fait est qu'elle n'arrive pas à garder un travail, sa personnalité bipolaire et son sens aigu de la justice, mais à leurs dépends, y fait pour beaucoup. Félix navigue donc entre promiscuité et apparences à sauver. Il arrive néanmoins à rentrer dans le collège de ses rêves, là où on enseigne le français, il y retrouve un ancien ami avec bonheur et se lie d'une amitié assez houleuse avec une jeune fille Winnie, à la personnalité bien affirmée.

C'est sa voix à lui qui raconte et le lecteur assiste impuissant à cette descente dans la précarité pour ce jeune adolescent qui se sent de plus en plus mal entre mensonge et réalité de sa vie. Le quotidien devient difficile et on n'imagine même pas dans quelles proportions. Très fort à un jeu télévisé "Qui, Que, Quoi, Quand ?", il se met en tête d'y participer pour sauver leur vie et s'en sortir. Il va là aussi découvrir un monde de faux-semblants, d'hypocrisie. Mais heureusement, ses amis sont là pour le soutenir car peu à peu, ils vont se rendre compte de sa situation.

C'est un roman à la fois grave et joyeux : ce registre-là, l'autrice le maitrise à merveille, elle sait toujours rester à la bonne limite sans être trop pathétique, voire voyeuriste. Néanmoins, le lecteur est inquiet pour ce jeune homme, pour sa maman aussi, car ce qui est décrit là touche à une réalité bien réelle pour bien des gens.

Un roman doux-amer donc au regard sensible et d'une terrible justesse.

Partis sans laisser d'adresse
Susin Nielsen
Hélium

Commentaires