Lectures d'été #9 : Une fille de...

La lecture de ce court roman se fait d'une traite. C'est d'ailleurs toujours le cas dans cette collection remarquable D'une seule voix.

Jo Witek me bluffe : elle a un tel registre d'histoires mais toujours au centre : l'humain.

Hanna est la fille d'Olga, prostituée ukrainienne. Ce parcours atypique, on y entre d'emblée par la porte de ses souvenirs d'enfant ou plus précisément sur ce qu'elle ressentait alors confusément sur l'activité de sa mère, sans pouvoir la nommer. Elle n'a pas les mots Hanna. Il y a le regard et les paroles pleines de sous-entendus des autres qui peu à peu précisent ce qu'elle pressent. Et puis, un jour, il y a une prise de conscience. Ce qu'on retient son souffle dans ces pages ! Hanna se trouve un exutoire : la course. Avoir la maîtrise de son corps, le modeler à sa façon, l'effacer aux yeux des autres. Elle court. Quatre fois par semaine. Mais ça ne suffit pas : les enfants ont la force de percevoir la force des secrets. Elle veut connaitre son histoire. Sa mère a l'intelligence de la lui raconter, ce passé se mêle à son présent et le puzzle se reconstitue. Elle ne juge pas Hanna, elle sait que sa mère subit mais a toujours essayé de la préserver. La course toujours l'aide à digérer ce qu'elle vient d'apprendre. Elle se sent soulagée mais en même temps ce passé qui surgit comme quelque chose d'extérieur, elle a peur qu'il l'enferme pour son avenir à elle. Sauf que courir va lui apporter une autre lumière et elle sera enfin prête à l'accueillir...

Les chapitres alternent entre des moments très courts de performance physique d'Hanna, quand elle se parle à elle-même, ce qui l'aide à rythmer sa vie chaotique, et d'autres plus longs où le lecteur est témoin de cette histoire, triste et sordide. Le parallèle avec la course apporte une note de liberté, un souffle à ce qui est avoué là et repousse la honte. 

Jo Witek règle son compte aussi à pas mal de préjugés sur la prostitution et remet les pendules à 'heure. Je me suis demandée si elle avait rencontré des femmes pour en parler tant c'est juste et bouleversant. Voire cru.  Il ne faut pas se voiler la face : c'est une réalité. Tabou.

La performance de ce roman est de se placer sur un double point de vue : celui de la mère et surtout celui de l'enfant. Le "une" prend alors toute sa dimension symbolique de l'anonymat et combien mettre des étiquettes est si facile. La fin nous donne un formidable rebond d'espoir. 

Un roman pour toutes celles et ceux qui relèvent la tête.
Chacune et chacun à leur manière.
Avec leurs propres armes.

Existe aussi en version numérique.

Une fille de...
Jo Witek
Actes sud junior
D'une seule voix

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