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jeudi 31 mars 2016

Bientôt

©Méli-Mélo de livres
S'il y a bien une chose difficile à aborder avec de jeunes enfants, c'est de quoi sera fait demain et après-demain, et ainsi de suite...

Bientôt d'Henri Meunier réussit la gageure d'aborder les possibles de la vie, de quoi demain sera fait (ou pas ) avec infiniment de tact, de poésie et d'intelligence.

Des tableaux très colorés (ça pète la vie !) sur des double-pages proposent des possibilités en s'appuyant sur un texte qui suggère plus qu'il n'exprime , laissant au lecteur son propre cheminement, et des illustrations pleines de clins d’œil puisque des éléments des pages précédentes se trouvent sur les suivantes-au lecteur d'observer mais je sais que les enfants eux voient tout- comme si les objets créaient par eux-mêmes cette permanence entre les différents éléments du temps qui passe. 

C'est un album aussi qui utilise le livre comme support de narration : des illustrations à l'envers sur la page à l'endroit donnent immédiatement envie de tourner le livre dans l'autre sens. Là aussi le procédé fait sens : la vie est un perpétuel renversement de situations. 

Le tout est rattaché à la permanence immuable de la nature qui se renouvelle dans le cycle de la vie. Ce qui ramène l'humain à sa juste place.

Je suis irrémédiablement séduite par cette approche ludique, sans prétention, presque une partition musicale dont on se délecte à haute voix, et qui rassure sur une notion pas si rassurante que cela pour un jeune enfant.

Un album qui est aussi une belle invitation à accepter l'imprévu et l'inconnu.

"Après la nuit, 
toujours le jour.
C'est une histoire qui tourne rond,
c'est sûr.

Le reste n'est fait que de surprises :
C'est certain."

Coup de cœur !

Retrouvez l'avis de La bibliothèque de Chlop


bientôt
Henri Meunier
Le Rouergue

mardi 29 mars 2016

Un jour il m'arrivera un truc extraordinaire

Il y a des romans qui vous font de l’œil rien qu'à leur titre...
Et puis quand l'auteur est Gilles Abier, on sait d'emblée qu'on peut s'attendre à un roman pas comme les autres.

Et c'est largement le cas.

Sauf que je suis bien embarrassée pour en parler, non pas que je ne l'ai pas apprécié, bien au contraire, mais il est absolument nécessaire de ne pas trop en dévoiler dans le cas présent, au risque que vous ne lisiez plus mes chroniques !

Elias est plutôt chétif pour ses 13 ans. Il vit avec sa mère, très protectrice, et son beau-père depuis peu de temps. Son chat aussi, assez antipathique. 

Il mène une vie entourée de ses amis (et quels amis !) et ne se sépare jamais de son carnet de croquis. 
Depuis peu, cependant, il se sent devenir un oiseau, un corbeau plus exactement. Lui seul se voit ainsi, son entourage pas du tout. Il s'en ouvre à ses amis, un peu déconcertés mais pas plus étonnés que ça. Elias en devient maladroit, confus et finalement incompris. Rêve-t-il ou est-ce bien réel ?

Jusqu'à ce que cette métamorphose le mette vraiment en péril ou le sauve ?

La chute de ce roman, au sens propre comme au figuré, envoie un sacré uppercut au lecteur...qui finalement se dit que l'auteur a bien su dissimuler les indices qui auraient pu lui mettre la puce à l'oreille.

La thématique abordée dans ce roman-et je tais volontairement laquelle- est amenée par l'auteur d'une façon métaphorique très forte et sublimée à la fois. Sous l'apparence d'un destin ordinaire, le titre est à prendre dans un sens multiple. On en sort le cœur serré et soulagé aussi, en passant par un état d'hébétude quand on comprend. Trop tard. Comme souvent.

Une sacré numéro de voltige littéraire qui m'a bluffée et qui n'est pas sans rappeler un très remarquable roman de Pascale Maret (dont je tais aussi le titre au risque de mettre sur la piste celles et ceux qui l'auraient aussi lu).

Gilles Abier est à ranger définitivement parmi les auteurs pour adolescents qui comptent dans sa capacité à percevoir leurs tourments, angoisses et réalités de vie avec tant de justesse.

Un jour il m'arrivera un truc extraordinaire
Gilles Abier
La joie de lire

vendredi 25 mars 2016

Les tourterelles

Lola est une petite fille qui à la chance de vivre dans une maison au milieu d'un jardin, avec une grande allée de platanes. Elle y passe un temps heureux à observer les colonnes de fourmis, organiser des courses d'escargots, bref, une vraie entomologiste en herbe !
Son papa lui offre un jour un couple de tourterelles en cage. Elle est heureuse de pouvoir les regarder vivre, mais son cœur est triste malgré tout. Elle va donc prendre une décision pour le plus grand bonheur des oiseaux et d'elle-même !

Voici un album qui pose la question de la liberté et du choix qu'on peut en faire ...ou pas. 

Porté par un texte plein de poésie de Karine Guiton (bibliothécaire jeunesse dont c'est le premier album) et des illustrations de Maureen Poignonec d'une très belle fraîcheur, il suggère plus qu'il n'impose, comme pour montrer que la question de la liberté est elle-même libre de toute considération.

Un album dans lequel nombre d'enfants se reconnaîtront dans leur rapport aux jeux et de petits trésors qu'offre la nature mais aussi inévitablement, dans leur envie parfois de la posséder.

Une bien belle approche du libre-arbitre à hauteur d'enfant.


24ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Les tourterelles
Karine Guiton
Maureen Poignonec
la Palissade

mercredi 23 mars 2016

Le festin de Citronnette

Pour fêter le printemps qui revient, quel bel album pour rendre hommage au jardin et au partage auquel il invite souvent en bonne compagnie !

Pourtant, Citronnette, ce n'est pas son truc de s'aventurer dans le jardin sauvage qui entoure sa maison. De nature timide, elle préfère sa cuisine où elle excelle à la préparation de bons petits plats en compagnie de son chat et ma foi, on s'installerait bien autour de sa table.

Un jour pourtant, elle aperçoit des ombres. Inquiète, elle sort voir ce qu'il en est et pense apercevoir un chapeau qui avance par petits bonds, un rocher tout râpeux qui marmonne et un petit museau noir pointu et moustachu derrière les arbres.

Il lui vient alors l'idée de déposer à manger pour ses hôtes mystérieux et de fil en aiguille, c'est un véritable pique-nique qui va s'organiser entre eux.

"Aujourd'hui, elle a enfin quelqu'un à régaler."

L'envie de partager s'étend alors à toute la forêt sous la houlette de Citronnette, et de ses trois nouveaux amis Et son chapeau qui lui donne son nom s'étend au fur et à mesure de son ouverture aux autres et se déploie en une ramure accueillante et généreuse, comme une métaphore de sa transformation.

"Ils vont entrer, ils vont se mettre à table. Ils sont si contents d'être là. Ils se regardent et se sourient déjà, se disent des mots qui, avant eux, n'existaient pas."

J'ai beaucoup aimé la fraîcheur qui se dégage de cet album, ses couleurs comme un hymne à la nature mais surtout son beau message de partage par-delà la différence et l'ignorance d'autrui.

La langue d'Angélique Villeneuve est poétique, les mots choisis s'assemblent comme une vraie gourmandise, une très belle musique s'en dégage qui vous berce, vous enlace avec douceur et délicatesse.
Les illustrations de Delphine Renon apportent une note indéniable de vie qui se déroule dans ces tons jaunes, verts et orangés, contournent le texte comme une liane qui prend dans son filet l'amitié et le partage en toute simplicité, dans le bonheur du moment présent.

Un album qui a ce quelque chose en plus qui vous touche, foisonnant, beau et mystérieux et qui nous dit que l'aventure est souvent au bout du chemin...une véritable ode à la vie gourmande !


Le festin de Citronnette
Angélique Villeneuve
Delphine Renon
Sarbacane

lundi 21 mars 2016

Attends Miyuki

C'est un album grand format qui va inaugurer cette semaine consacrée au PRINTEMPS.


Miyuki est impatiente ! C'est le premier jour du printemps et elle presse son grand-père pour le faire sortir à l'aube pour en profiter. Il finit par quitter la tiédeur de son lit et la suivre. Une fleur est rencontrée sur le chemin, elle n'est pas encore éclose. Son grand-père a beau lui expliquer qu'il faut attendre, sans doute a-t-elle besoin de l'eau la plus pure pour s'ouvrir enfin ? suggère-t-il. Ni une ni deux, la petite fille se met en quatre pour trouver cette eau si pure pour sa fleur.Mais son impatience va lui jouer bien des tours. Epuisée, elle rentre bredouille. Le deuxième jour du printemps lui révèle alors une bien belle surprise.


"Bonjour, dit-elle, 
pardonnez mon retard s'il vous plait, 
je rêvais du printemps."

Voilà un album aux illustrations magnifiques (et le mot est bien faible), très japonisant, très zen malgré la course effrénée de la petite fille que le le lecteur perçoit comme perdue d'avance.
Les dialogues avec son grand-père sont délicats, précieux, empathiques et généreux. De belles rencontres sur le chemin, la répétition des situations, la disproportion des personnages par rapport aux animaux et aux objets, confèrent à cette histoire un côté conte très séduisant.
J'y ai vu des références à Pierrette et le pot au lait , à Alice aux pays des merveilles, ainsi qu'au petit Prince...

Un album qui invite à une belle méditation sur l'art de la patience, que la nature nous rappelle chaque année.

22ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

Attends Miyuki
Roxane Marie Galliez
Seng Soun Ratanavanh
De la Martinière jeunesse

vendredi 18 mars 2016

Camarades

Ils sont quatre : Evguéni, Gisèle, Eulalie et Eddie.
Quatre jeunes de 15 ans presque seuls au monde.
Ils vont se rencontrer dans le Paris des années 1870, sous Napoléon III, alors que grondent la guerre et la révolution, un monde déjà bien imbriqué dans ses contradictions.

Leur histoire individuelle s'alterne au fil des chapitres : le premier s'est enfui du bagne de Russie, la deuxième échappe aux coups de maltraitance de son père alcoolique, la troisième recherche éperdument l'amour de sa mère insaisissable et commet un acte qui la bannit de sa famille, le dernier cherche sa voie et décide de quitter le pays de Galles  de son enfance pour devenir journaliste.

Chacun d'eux va faire des rencontres décisives sur sa route, des rencontres qui vont l'interpeller, l' interroger, le faire réfléchir sur le sens de son engagement et finalement de sa vie. Mais surtout ils vont se connaître, avec la fougue de leur âge, entravés parfois par leur passé mais ils vont finir par en puiser la force pour combattre les événements que leur impose la grande Histoire.

Leur jeunesse, leur intelligence, leur sensibilité, leurs silences aussi vont peu à peu transformer l'engagement des adultes qui les entourent. La notion de camarade n'est alors plus un leurre mais une vraie famille. Ce n'est pas un mot vide de sens mais un véritable acte de bravoure.

Que j'ai aimé ces destins douloureux et lumineux à la fois ! La plume de Shaïne Cassim -dont j'avais déjà beaucoup aimé Une saison avec Jane-Esther-les prend sous son aile avec délicatesse et les rend très attachants à nos yeux de lecteur.

Ces destins pourraient être tout à fait ceux de jeunes d'aujourd'hui désireux de s'engager pour des causes importantes dans un esprit de solidarité et militant.

De très beaux portraits, souvent à vif, dans le tourbillon de l'histoire.

Camarades
Shaïne Cassim
Ecole des loisirs
Coll. Médium

mercredi 16 mars 2016

Philosophons !

Des albums philosophes qui m'ont particulièrement touchée
dans leur approche : des pépites à réflexion !

  • L'ours qui n'était pas là/ Oren Lavie et Wolf Erlbruch.-La joie de lire
Voici un album qui est sans conteste mon préféré : la première lecture que j'en ai faite m'a enthousiasmée à tel point que j'avais envie de le lire autour de moi. Un ours ne se sent pas vraiment lui. Il sort un papier de sa poche : "Es-tu bien moi ?" et il part à sa propre recherche. En chemin, dans la forêt merveilleuse, il rencontre une vache, un lézard, un pingouin, une tortue  qui tour à tour dans leurs dialogues vont lui donner une conscience de lui-même. Il va enfin arriver à la maison de l'ours qui n'était pas là et il saura alors qu'il est bien lui.

Ce conte philosophique est un régal de lecture : des situations cocasses, des dialogues à la limite de l'absurde, des illustrations magnifiques  mises en valeur par un ordonnancement très étudié, une belle langue, un beau papier, des animaux aux attributs drôlatiques. Un album pour les plus grands enfants certes mais qui trouve écho en chacun de nous sur la connaissance de soi.

Coup de cœur !



  • Socrate et son papa/Einer Overenget et Oyvind Torseter.-La joie de lire
Voici un tout petit album souple, facile à glisser dans sa poche et qu'on peut lire au hasard des chapitres selon ce qu'ils abordent. Socrate et son papa parlent de tout. Enfin, c'est surtout Socrate qui pose des questions à son papa, parfois un peu perdu mais dont le fils a le chic de le mener dans ses derniers retranchements. Ils conversent sur tout et rien voyez-vous : l'intérieur des grains de sable, les bonshommes de neige en été, l'imagination et son pouvoir, comment s'organisent nos pensées. C'est beau, tendre, émouvant, à hauteur d'enfant, très joliment présenté. On redevient l'enfant qu'on a été, avec ses milles questions, en le lisant. Un vrai bonheur !

  • Hérodote le hérisson/ Jean-Luc Buquet.-Editions Courtes et longues
Voici un grand format qui se rapproche assez du premier album présenté. Un petit hérisson, du prénom prédestiné d'Hérodote, se pose un tas de questions, cela va sans dire. Des questions existentielles autour d'un ours par exemple (tiens, tiens serait-ce notre ours qui n'était pas là ?) qui dans la forêt vénère le grand esprit des ours...Il part donc interroger les animaux pour savoir si eux aussi ont un esprit jusqu'à rencontrer le sage hérisson pour lui demander son avis.
Un album tout en douceur, aux tons pastels, à la philosophie retenue à la teneur très spirituelle et qui constitue une invitation à la tolérance vis-à-vis des croyances des autres, bien nécessaire par les temps qui courent. Une quête pleine de poésie dans laquelle le lecteur s'attache à ce petit animal à la fois fragile, déterminé et plein de ressources.






  • Pour aller plus loin : Ateliers de philosophie à partir d'albums de jeunesse/Edwige Chirouter.- Hachette éducation

Des thématiques philosophiques sont abordées mises en lien avec des albums jeunesse avec une large base bibliographique. 



19-21èmes albums/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016

lundi 14 mars 2016

Ma fugue chez moi

Déjà, le titre fait drôlement envie de découvrir ce qui se cache comme histoire derrière, non ?

©Méli-Mélo de livres

Quelques jours avant Noël, Anouk, ado de 14 ans, décide de partir de chez elle. Oh, ce n'est pas vraiment un coup de tête, c'est plus ou moins préparé, depuis que des évènements au collège -ah la fatidique classe de 3ème !-et l'approche des fêtes une fois de plus sans sa climatologue de mère perdue sur une île norvégienne, ont fait déborder la coupe.
S'ajoute à cela un père certes là mais pas très communicatif, une jeune sœur de 12 ans en internat et qui semble ne pas souffrir de cette situation. Bref, autant être seule dehors et vivre sa vie plutôt que d'être seule à la maison et subir ! Même le banjo et les cours d'Akiko où elle trouve du réconfort ne sont plus suffisants pour elle.
Alors, Anouk part...pas pour très longtemps d'ailleurs. Au bout de quelques heures, elle s'avoue vaincue, elle n'a pas l'âme d'une aventurière et rentre à la maison. Mais là, une idée germe dans son esprit : et si elle se cachait dans le grenier ? Fuguer chez soi, en voilà un concept nouveau ! Ni une ni deux, elle se concocte un petit nid douillet, fait preuve de beaucoup de jugeotte, peut profiter de la maison quand il n'y a personne, le paradis ! Sauf qu'Anouk n'avait pas vraiment prévu d'entendre de sa cachette le désarroi de ses proches et constate avec amertume et tristesse que des choix bons pour soi ne le sont pas forcément pour les autres. Finalement, cette retraite incongrue va devenir le salut de cette famille bancale et faire renouer les liens de ses membres d'une façon très positive.

Voilà un roman d'une sensibilité rare sur la famille ! 

Coline Pierré réussit le pari de rentrer dans la peau de ses personnages avec délicatesse pour percevoir leurs émotions, aussi bien les adultes que les adolescentes. Avec beaucoup de tact, elle pose les enjeux de nos choix non pas égoïstes, mais de ceux qui s'imposent à nous car à un moment donné, il devient vital de ne penser qu'à soi, quitte à faire souffrir les autres sans vraiment le vouloir. Cette fugue chez moi se révèle devenir pour Anouk le miroir du comportement de sa mère qui , elle, a fait le choix de s'enfermer sur son île loin des siens, par peur d'assumer un rôle de mère trop grand pour elle, mais sans l'expliquer à ses filles qui ne sont désormais plus des enfants. J'ai de ce point de vue été particulièrement sensible aux passages entre les deux sœurs, dialogues pleins de maturité dans l'analyse des adultes et de la situation incongrue provoquée par Anouk. D'autres passages également, notamment avec un autre personnage (je tais lequel), sont pleins de finesse sur l'enfermement dans une vie qu'on n'a pas voulu et sur le manque de courage du changement. L'auteure réussit à tout inclure dans son récit sans un laissé-pour-compte sur nos choix subis ou voulus. Comme pour en montrer les multiples facettes et en faire entrevoir toute la complexité.

"Les gens malheureux devraient s'autoriser à fuguer de leur vie. Les médecins, les psychologues, les conseillers d'orientation devraient prescrire des fugues." (p. 71).

La très belle fin, très positive, montre d'une part la difficulté de devenir qui on veut vraiment et d'autre part qu'il ne suffit parfois de pas grand chose, juste un peu plus de communication, pour essayer de s'accorder un peu au sein de la cellule familiale, afin de mieux saisir les désirs et du coup les choix qui en découlent de chacun de ses membres. Elle nous dit aussi d'être à l'écoute de nos jeunes pour lesquels la découverte de la vie n'est pas toujours simple et invite donc l'adulte à se mettre à leur portée dans ce qu'ils ont à nous dire.

Un roman qui pose la question de la relation aux autres avec une très belle philosophie du quotidien.

Voici ce que dit Anouk : 
"Je pense à la vie future, à ce à quoi elle ressemblera. Etrangement, même si rien n'a changé, j'ai repris confiance en moi. Comme si m'isoler m'avait permis de me retrouver, de mieux savoir qui je suis et ce que je veux. Comme si mettre le quotidien en pause m'avait aidé à mieux le reprendre. J'ai l'impression d'avoir fugué à l'intérieur de moi." (p. 113).

CQFD.


*******

Vous pouvez gagner un exemplaire de ce roman !
Rien de plus simple : laissez en commentaire sur ce billet ou sur le post de la page FB 
la raison pour laquelle vous voudriez lire ce livre.
Ouvert à la France Métropolitaine.

Vous avez jusque fin mars !
Tirage au sort le 1er avril :)


ma fugue chez moi
Coline Pierré
Le Rouergue
doado

Existe aussi en version numérique

samedi 12 mars 2016

Cette nuit-là ...au musée

©Méli-Mélo de livres
Une belle couverture qui invite à la découverte ...
Et qui n'a jamais eu envie d'être témoin de la vie d'un musée la nuit ? Car cette nuit-là... au musée, il s'en passe ses choses !
C'est le soir, le musée des Confluences entre Rhône et Saône ferme ses portes : quelques visiteurs retardataires, les gardiens qui font la dernière ronde, tout est calme. La nuit tombe. Les collections de fossiles, minéraux, squelettes, coléoptères, ...restent figées dans leur immobilité.
Mais un papillon magnifique-Un citrus jaune de Provence- s'échappe entraînant derrière lui un tourbillon étourdissant d'ailes multicolores qui envahissent les salles et réveillent la torpeur des animaux et objets endormis. Une nuit comme un rêve éveillé où tout prend vie dans le Musée jusqu'au petit matin où, à l'ouverture,  il faut se résoudre à reprendre la routine jusqu'à la prochaine évasion qu'on sent prochaine.

Quelle belle idée que d'emporter l'imagination du lecteur dans ce bruissement papillonnesque !

Isabelle Simler émerveille par la beauté des tableaux colorés qu'elle donne à voir, dans ces couleurs chatoyantes, ces mises en scènes pleines de mouvements, cette délicatesse presque palpable et irréelle à la fois. On a réellement envie de suivre ces papillons, de vivre ce moment de liberté retrouvée des animaux dans toute leur splendeur qui emprunte les escalators à leur tour comme un pied-de-nez à l'espèce humaine qui vient les observer chaque jour.

Mais cet album est plus qu'un album : c'est une découverte-inventaire à la Prévert des collections du Musée, de leur richesse mise en valeur dans le moindre détail, bien mieux que ne pourrait le faire n'importe quelle brochure culturelle ! Il va réjouir à coup sûr tous les amateurs de minérologie, gemmologie, paléontologie, d'entomologie,...et que sais-je encore ?






Un album enchanteur, envoûtant, aux multiples tableaux à lui seul.

Coup de cœur ! 


Je dédie cette chronique à ma copinaute La Collectionneuse de papillons. Ƹ̵̡Ӝ̵̨̄Ʒ




Cette nuit-là...au musée
Isabelle Simler
Editions courtes et longues


jeudi 10 mars 2016

Quel bazar !

Fidèle à son esprit de récupération des objets , Christian Voltz offre là un album pour les tout-petits qui déglingue, qui zippe, qui ploque, qui ssss, mais chut ! Commençons par le début...

Un drôle d'escargot dans le bas de page sert de fil rouge à ce bazar qui déboule page après page. Il avance vers un interrupteur à sa propre vitesse pendant que des objets hétéroclites arrivent page de gauche pour s'ajouter peu à peu à ceux de la page de droite. Puis, ils se réunissent en un visage qui se construit progressivement. Notre escargot arrivé au but éteint alors la lumière et chut, le petit dort, le gastéropode aussi, mission accomplie.

Qu'il est bon de se plonger dans la caisse à outils de ce créateur inventif ! Un album qui donne envie de faire tous les bruits dans un joyeux tintamarre ...pour mieux apprécier le silence de la fin.

J'avoue être très séduite par cet album qui a été offert à tous les nouveaux-nés de l'Hérault en 2014. Les pages du livre sont éléments constitutifs de la narration, ça décoiffe ! Bourré d'onomatopées, il ravira petits et grands pour un moment de partage ludique et plein de gaieté !



Quel bazar !
Christian Voltz
Le Rouergue

mardi 8 mars 2016

Bouche cousue


Lu d'une traite ce roman.
Et j'en suis restée bouche bée.

Le proverbe dit : "Le linge sale se lave en famille".
Mais pas dans cette famille-là.
Le lavomatique familial, gagné à la sueur de son travail, ne lave que le linge, le rend immaculé, mais pas les âmes. Aucun soin pour elles dans cette famille qui n'en a que l'apparence.

L'histoire commence par le déjeuner dominical. Une tradition. A laquelle chacun se plie plus par obligation que par réel plaisir. Amandana, trentenaire et célibataire, perçoit que ce dimanche midi-là, l'atmosphère est nettement plus tendue que d'habitude. D'un coup, la tension monte d'un cran : la langue de vipère de sa petite nièce lâche le morceau. Son grand frère Tom, 15 ans, a embrassé un garçon. D'un coup, tout vole en éclats : Tom est giflé par son grand-père. Pour Amandana, qui se sent très proche de son neveu, cette gifle, c'est comme si elle la recevait une nouvelle fois. De 30 ans, elle revient à 15 : cette année-là où elle a embrassé une fille. La même gifle de son père alors. Fuyant, avec une impression d'abandon, elle décide alors d'adresser une lettre à son neveu, une lettre lui révélant son histoire. Comme une bouée. Pour elle. Pour lui. Cette lettre, c'est ce roman.

Elle dit sa solitude.
Elle dit le manque d'amour de sa mère, de son père et de sa sœur.
Elle dit sa rencontre improbable avec ce couple joyeux, Marc et Jérôme, qui va poser sur elle un regard valorisant et sans faux-semblant.
Elle dit ce projet pédagogique d'opéra de Didon et Enée et la musique de Purcell qui l'émeut au-delà de ce qu'elle n'aurait jamais pu imaginer.
Elle dit surtout le trouble que provoque en elle la belle Marie-Line et le gouffre dans lequel cela va la mener.

Ce roman est un boomerang. Comme ceux que savent si bien fabriquer les familles où la parole n'a pas sa place, où les tabous, eux, doivent surtout rester à leur place. 
La psychologie des personnages y est remarquablement brossée, dans des nuances à première vue infimes mais qui ont toute leur importance. Le parallèle entre le soin pris pour le linge et la négation de la personne donne une profondeur douloureuse à ce que vit cette jeune fille en pleine construction, en plein chamboulement dans son désir, en pleine quête de soi.

On pourrait lui "reprocher" sa concision (moins de 100 pages qui se lisent vite, trop vite ?), sa façon de rester parfois à la surface des choses, ses raccourcis un peu trop raccourcis (famille catholique pratiquante = famille systématiquement coincée dans les sentiments) mais je pense que son propos n'est pas là : chacun peut se reconnaître dans ce qu'il nous dit de nos choix de vie, dans notre responsabilité vis-à-vis de nos désirs et de nos élans. En cela, je l'ai trouvé très juste, beau et douloureux. Parce que ce n'est jamais facile de s'affranchir.

Un roman plein de pudeur et d'émotions qui prône le dialogue comme valeur suprême, et un regard sur l'adolescence et ses contradictions ainsi que sur le monde des adultes sans concession.


Coup de cœur !
En cette journée des droits des femmes !

Retrouvez l'avis du Tiroir à histoires et celui de A lire aux pays des merveilles
Et merci à toi, Céline, de me l'avoir fait découvrir.

Bouche cousue
Marion Muller-Colard
Gallimard jeunesse
Scripto

lundi 7 mars 2016

Les Petites Pousses


Je me lance dans une activité qui me tient à cœur en dehors de ma sphère professionnelle : 

Des animations-lecture envers les tout-petits et une offre de formation envers les adultes désireux de mieux appréhender ce public très spécifique.


Si vous souhaitez en savoir plus : 

Voici le SITE des Petites Pousses , sa page Facebook et son dépliant en images :

"Faire lire un enfant, ce n'est pas emplir un vase, 
c'est allumer un feu"
Montaigne 

dimanche 6 mars 2016

Appli coup de cœur #16 : Boum !

Voici une appli qui est un ovni ...
Une appli sans texte mais avec des sons de très bonne qualité qui servent cette histoire bien à propos.

Boum constitue une expérience de narration novatrice , dans l'horizontalité de la tablette. On avance dans l'histoire proposée non pas en tournant les pages mais en suivant la linéarité. Et pas d'interactions à trouver (ou pas). Du coup, on se laisse emporter avec une impression de glisser sur le récit.

C'est vraiment là je trouve qu'opère la plus-value du numérique. 

Un memory de fenêtres et un chapeau noir qui tombe invitent le lecteur à entrer dans cet univers à la Prévert.

Un homme se lève chaque matin, matin fait de rituels bien établis. Il se rend très rapidement à l'usine en suivant toujours le même chemin, en regardant ses pieds, tête baissée. Mais ce jour-là, il se met à neiger. Le chemin habituel se perd et notre homme va être surpris par cet inattendu. En levant la tête vers le ciel, c'est toute une aventure qui s'ouvre à lui, remplie de poésie. Et il va souffler sur le retour à la réalité de  l'usine comme un vent de révolte...

C'est une histoire abordable à tout âge : chacun peut y prendre et y voir ce qu'il veut, à son rythme. Même si j'en conviens : les plus jeunes auront besoin d'accompagnement (quoique je l'ai vu aussi chez des adultes un peu hermétiques !). Pour ma part, je l'ai expérimentée avec une petite de 3 ans, absolument fascinée par le chapeau noir et la bande-son.
Et parlons-en de ces sons : ils apportent réellement un plus à cet univers car ils mettent en relief les éléments pour la compréhension de l'histoire, sans en faire trop, ni pas assez.




Une application de très belle qualité qu'on prend plaisir à relire pour le message universel qu'elle délivre et pour sa pure poésie sur un monde en quête d'humanisation.
Superbe !

Elle est signée les Inéditeurs  et vous verrez que d'autres, et pas des moindres, ont beaucoup aimé aussi.

Cette application vient de remporter une mention spéciale catégorie fiction à la Foire internationale de Bologne en 2016 et le CTR Editor's Choice Award (Children's Technology Review). 

Boum !
Les Inéditeurs
Mikael Cixous pour le scénario et les illustrations
Jean-Jacques Birgé pour la partition sonore
Disponible sur Appstore et Google Play
2,99€

vendredi 4 mars 2016

Une histoire de sable

©Méli-Mélo de livres
J'ai eu envie de lire ce roman pour la plume de Benjamin Desmares qui m'avait enchantée avec son roman policier Cornichon Jim.

J'ai eu envie surtout de le découvrir dans un autre registre, celui du roman adolescent. Et force est de constater qu'il sait bien brouiller les pistes !

Une histoire de sable est pour moi un roman suspendu entre deux mondes-le réel et le fantasmé-, fragile et envoûtant comme ces grains de sable pourtant si petits mais dont la masse est capable de nous ensevelir.

Jeanne atterrit pour les vacances d'hiver dans une station balnéaire fantôme, sans vie, sans caractère et la perspective de rester là durant une semaine, coincée avec ses parents en perpétuelle dispute derrière leurs ordinateurs qu'ils n'arrivent pas à lâcher pour le travail, la déprime au plus haut point et exacerbe son caractère révolté, comme toute adolescente qui se respecte. Traînant dans les rues, elle fait la connaissance de deux garçons, deux frères, Alain le grand et Bruno le petit, devant une maison délabrée, qui se révèle être la leur. Deux garçons comme on n'en voit plus, habillés comme dans les années 80 et qui l'assument totalement. Leur passe-temps favori dans cet ennui profond : compter les grains de sable le plus sérieusement du monde. Jeanne va se surprendre à apprécier leur compagnie, à la rechercher jusqu'à ce que l'amour lui tombe dessus avec ravissement. Mais un drame ancien comme il en existe dans les faits divers va lui être dégoupillé à la figure. Néanmoins, elle va garder cette rencontre comme un soleil dans sa vie et en quelque sorte comme si elle avait accompli une mission. 

Ce roman se vit avec lenteur. C'est une lecture délicate au cours de laquelle émergent des questions. Mais j'ai vite saisi que ce récit invite au lâcher-prise et à accepter sa part de fantastique. Il est un prétexte pour mette au jour la naissance du sentiment amoureux quand on s'y attend le moins (et c'est ça qui est bien !) et à mettre en lumière le séisme intérieur que ce sentiment provoque.

On pourrait penser que ce roman est une forme de désespérance. Oui, il l'est dans les paysages, la routine de la vie qui s'écoule sans fantaisie, la fatalité des jours qui s'égrènent. Mais il est aussi une invitation à voir le merveilleux, même anodin. Surtout à garder ces moments précieusement comme un cadeau de la vie. Ne jamais y renoncer.

Jeanne repart avec ce bagage précieux, c'est son jardin secret. Elle en ressort plus forte et confiante que jamais.

Une lecture en demi-teinte, qui peut dérouter mais j'ai aimé les traces qu'elle a laissé en moi.
Une belle ouverture. Un message immense de liberté. Et il n'y a pas plus libre qu'un grain de sable, n'est-ce pas ?

Une histoire de sable
Benjamin Desmares
Le Rouergue
Doado

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