Ce qui ne nous tue pas

Ce qui ne nous tue pas est supportable, nous donne la force de continuer, de reprendre le chemin de la vie même si elle semble trop dure. 

Lola, jeune collégienne, le découvre. Lola souffre. Ne supporte plus les disputes de ses parents. Rend la vie impossible à ses profs. A ses amis. Elle ne se supporte plus elle-même non plus. Elle a la hargne, la révolte gronde en elle jusqu'à exploser dans un déferlement de violence qu'elle se surprend à avoir provoqué. Alors, elle fuit. Ne sait même pas où elle va. Bute sur tout, se cogne, se fait mal, se rend insensible aux choses et inaccessible aux autres. Elle n'est plus qu'en morceaux, déchirée, lacérée, vide. Parfois, quand la souffrance est trop forte, c'est le seul refuge possible. Fuir. Elle se retrouve sans trop savoir comment dans l'appartement d'une vieille femme Simone qui se fait appeler Colette. La vieille femme a des accès de mélancolie, des lubies, des angoisses, des trous de mémoire et est menacée d'expulsion. L'appartement se trouve dans un état de saleté et de désordre rarement atteints. Mais ce qui va atteindre Lola, c'est qu'il y a plus seul qu'elle. Cette vieille femme incarne la Solitude avec un grand S. Lola promet de ne pas la laisser tomber. Elle apprend à regarder, à écouter, à attendre, à accepter la force de la tendresse. Ces quelques jours vont lui permettre aussi de relativiser, d'accepter que sa vie ne sera plus la même maintenant que ses parents ne s'aiment plus. Elle n'y peut rien et ce n'est finalement pas sa faute. Elle aurait eu besoin que les adultes lui expliquent la situation, mais même eux n'y arrivent pas. Lola va alors se confronter au deuil, doublement. C'est un chemin difficile mais salutaire pour elle.

C'est un roman coup de poing, un roman dont les mots n'expriment que souffrance et rancœur. Antoine Dole a ce don dans son écriture d'évoquer les non-dits et leurs ravages. C'est une écriture ciselée et qui ne laisse pas indemne. La construction toute particulière du récit, où les chapitres s'alternent entre le passé et le présent et en plus à rebours des événements, lui confère une force qui met parfois à mal le lecteur. 

C'est un roman sur un cri qui n'arrive plus à sortir tellement il est entouré de cris qui lui salissent son enfance, ses souvenirs entre des parents heureux de s'aimer. Un cri comme une fêlure impossible à déceler et imperceptible, qui s'est ouverte, béante, sur ce présent qui n'a plus d'avenir.

C'est un roman brut, sans fards, infiniment triste à beaucoup d'égards mais qui dit que même dans la pire des situations, on peut se relever et affronter la réalité des faits. 

C'est un roman qui nous dit la force du pardon, de l'amour si fragile entre les êtres, ce fil ténu qui les relie, invisible, qui peut se briser à tout instant ou au contraire s'épanouir.

C'est un roman sur la fin de l'enfance, sur la découverte des compromis du monde des adultes, de leurs mensonges, de leurs petites et grandes lâchetés. 

C'est un roman qui dit que la vie vaut la peine d'être vécue malgré tout ce qu'elle charrie de beau et de moins beau.

C'est un  roman dont il faut choisir le bon moment pour le lire, pour ne pas passer à côté. Car il bouscule, interroge et bouleverse. Une lecture toute en tension sous haute tension.

Je remercie Nathan de me l'avoir fait découvrir et je vous invite à lire ses magnifiques mots  sur cette lecture par LA.

Ce qui ne nous tue pas
Antoine Dole
Actes sud junior

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