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vendredi 30 août 2013

Mon père n'est pas un héros

Fukushima, on en entend toujours parler. Mais juste parler. Au même niveau que n'importe quelle autre information dont les médias nous abreuvent.

Ce court roman est une lettre : sobre mais poignante. Pas un cri de colère, pas de révolte, mais un besoin mûri de mise au point.

Noriaki est un adolescent de 14 ans et il décide, un an après le drame, d'écrire au Président de la TEPCO, la société qui gérait la centrale nucléaire au moment des faits.

Il y relate sans concessions et avec dignité tout ce que lui et sa famille ont vécu après : son père, ingénieur, a décidé de se porter volontaire, avec des centaines d'autres, pour refroidir les réacteurs explosant les uns après les autres au péril de leur santé et de leur vie. 

Il y a d'abord la nouvelle du tremblement de terre, puis du tsunami. Et l'attente. Le coup de fil qui arrive enfin avec sa voix au téléphone. Puis la fureur contenue à l'annonce de sa décision de rester. Une soumission toute japonaise. Puis à nouveau l'attente, une famille accrochée à la télévision. Et très peu de nouvelles. Puis enfin, le retour du père au sein de sa famille. La joie des retrouvailles, l'envie de vivre "comme avant". Sauf que la radioactivité mettra six mois à le terrasser. 

La lettre est émaillée de souvenirs des temps heureux, dans ce Japon à la culture si policée. Une lettre où tout est dit : la vie des hommes ne vaut pas d'être vécue si elle est soumise à la loi du sacrifice à tout prix. Une lettre d'une grande maturité qui termine par ces mots : mon père a été une victime comme tant d'autres, et pas un héros comme on voudrait nous le faire croire. La fin ne justifie pas les moyens. 

Une lettre comme un cri silencieux mais qui est plus forte que n'importe quel discours. Elle aussi, elle emporte tout son passage. Elle ébranle les consciences. Sa portée est encore plus forte que n'importe quelle violence du fait même de sa noblesse.

J'apprécie que la littérature jeunesse s'empare aussi de sujets graves de société. Qu'elle fasse rêver, qu'elle fasse rire, qu'elle fasse s'évader mais qu'elle fasse réfléchir aussi.

Ce roman sort aujourd'hui dans l'excellente collection Court-Métrage chez Oskar jeunesse.

Mon père n'est pas un héros
Christophe Léon
Oskar jeunesse
Collection Court-Métrage


Ce roman compte pour le Challenge 1% rentrée littéraire du blog Délivrer des livres

 

jeudi 29 août 2013

Cupidon Power

Attention ! Lecture absolument jubilatoire ! Coup de cœur !

Ah ! les affres de l'amour !...

Le héros collégien de ce roman hilarant hérite d'un super pouvoir bien encombrant :  en transmettant le message d'amour d'un garçon à une fille et vice et versa, hop, ils tombent instantanément amoureux. Et parfois, le couple ainsi formé est bien improbable. Sauf que ça ne marche pas pour lui : "Mon pouvoir, je n'ai pas le droit d'en profiter moi-même pour que Célia Walkington, la plus belle fille du monde, me dise oui plutôt que non. C'est injuste, et c'est dur à supporter".

Notre apprenti Cupidon est heureusement bien entouré : son chien Tilby, son petit frère Milo, sa meilleure amie Dorothée qui le comprend mieux que personne, mais surtout Mme Yvonne, la voisine du quartier, toujours à sa fenêtre, un monument d'anthologie. A la faveur d'une mauvaise plaisanterie de voyous, elle va donner à notre Dieu de l'amour de nouvelles idées pour utiliser ce super super pouvoir. Attention ! ça décoiffe ! Et nous voilà embarqués dans une enquête pince sans rire aux multiples rebondissements, avec une pointe de fatalisme désabusé mais entièrement assumé.

Quel régal, mais alors quel régal que ce roman ! Dès les premières pages, on rit, on s'amuse, on se délecte du ton, du second degré à la pelle, c'est génial !

Et puis, derrière l'humour, des messages passent : le collège est loin d'être un monde de Bisounours, l'amour ça fait souffrir, le rejet blesse, les moqueries fusent, les petits arrangements se font sous le manteau, les mesquineries aussi, les bagarres éclatent, bref, une vraie société en miniature ! Et puis, ces liens intergénérationnels : c'est souvent plus facile de se confier à des tiers à cet âge qu'à ses propres parents. Voilà un garçon truculent (j'ai cherché : il n'est jamais nommé ou alors, j'ai loupé...) qui, de Cupidon passe quand même à Super-ado qui sauve Mme Yvonne ! Chapeau bas ! Et puis, on ne voit pas toujours que l'amour est là, à sa porte...Chut !

Une lecture indispensable pour aborder la rentrée avec décontraction...

Par contre, une petite réserve :  pourquoi dans la collection Médium (12-16 ans) ? En collection Neuf (9-12 ans), ça passe largement de mon point de vue ! D'ailleurs, chez nous, il est passé de mains en mains, et à sa lecture, à chaque fois, le sourire aux lèvres...(Je vous le disais ! Ah ! L'amouuuurrr !)...

Dépêchez-vous de vous faire du bien, ça ne fait pas de mal, ce roman sort aujourd'hui même.

Retrouvez l'avis de : Les lectures de Kik

Cupidon Power
Luc Blanvillain
Ecole des loisirs
Collection Médium

Ce roman compte (8) pour le Challenge 1% rentrée littéraire  du blog Délivrer des livres

  Avec ce titre, je participe aussi à :

 "Lire sous la contrainte" 8 ème session du blog D'un livre à l'autre

mercredi 28 août 2013

Mini Syros Soon

Deux nouveautés dans cette collection "Des histoires de futurs-Mini Syros Soon" dont je m'aperçois que je n'en ai jamais parlé et c'est un tort !
Il est vrai que la science-fiction n'est pas vraiment ma tasse de thé, mais cette collection publiée chez Syros ne m'a jamais déçue. Elle permet largement à de jeunes lecteurs de se familiariser avec ce genre, est d'une bonne qualité littéraire en plus de poser de vrais sujets de discussion.
Et les deux titres suivants ne font pas exception :

"Roby ne pleure jamais" d'Eric Simard : Roby est un robot conçu pour rendre service. Mais il a la particularité d'avoir été programmé par les ingénieurs pour "ressentir" : le chaud, le froid, ...Il est loué à une famille d'humains et plus exactement, il suit le quotidien de Cyrielle, une jeune fille solitaire et dont les parents, chercheurs sur Mars, lui manquent plus qu'elle ne saurait se l'avouer. Elle va vite s'apercevoir que son robot est différent. Il ressent plus que ce qu'il devrait. Il ressent de véritables émotions. Une véritable complicité va naître en eux...
Voilà un petit roman très sensible qui atténue la frontière hommes/machines et fait réfléchir à leur usage.




"Mémoire en mi" de Florence Hinckel pose la question de la mémoire : Juliette n'a pas le droit de jouer avec la fille de sa nounou. Elles s'entendent pourtant à merveille. Dans sa solitude, elle consulte régulièrement ses modules de stockage où tout souvenir a été enregistré pour chaque individu depuis sa naissance. Et là, elle constate une anomalie...
L'auteure joue savamment sur la confusion des souvenirs entre les deux petites filles et pose réellement la question du droit à la mémoire. Les souvenirs peuvent-ils devenir interchangeables ? 

Autant le premier roman se termine de façon optimiste, le second offre la perspective d'un futur plutôt angoissant...

Des romans à partir de 8 ans, sortis chez Syros le 22 août dernier et qui permettent à de jeunes lecteurs de découvrir et de savourer ce genre.

Roby ne pleure jamais-Eric Simard
Mémoire en mi-Florence Hinckel
Mini-Syros Soon
Histoires de futurs


Ces romans comptent (6-7) pour le Challenge 1% rentrée littéraire  du blog Délivrer des livres

lundi 26 août 2013

A la petite semaine

La rentrée scolaire approche !
Une toute nouvelle collection qui vient de sortir aux éditions Le Rouergue avec deux titres : Maths et Philo. Un livret de 24 pages pour chacun sous forme de cahier d'écolier.

On y fait la connaissance de Léna, élève de primaire, pas bien à l'aise à l'école et qui se pose une multitude de questions ! Elle prend en effet un malin plaisir à décortiquer avec bon sens et humour ce qu'on lui enseigne. Les jours s'égrènent sur ses interrogations, ses remarques fort pertinentes sur l'utilité des mathématiques alors que le caïd de la classe en la matière, Yvon, essaie tant bien que mal de lui prouver le contraire avec beaucoup de poésie et un soupçon d'amour. 

Ou bien, Léna s'étonne à sa façon des cours de Philosophie de sa grande sœur Charlotte, qu'elle met à sa sauce, ne pouvant s'empêcher de confronter à son quotidien ces notions bien abstraites.

Je trouve le concept fort intéressant : aux textes de Rachel Corenblit se mêlent les illustrations de Cécile Bonbon dans un désordre jubilatoire, comme des gribouillis sur un cahier, et aussi à l'image du tourbillon de pensées de cette petite.

Une façon bien décomplexée d'aborder l'enseignement à travers le regard de cette petite fille espiègle et pleine de bon sens.


On sent que, malgré l'apparente légèreté, se cache un réel travail de conception graphique et d'articulation texte/images à destination des 8/11 ans. Je m'en réjouis car la production éditoriale envers ce public se révèle actuellement bien pauvre, en dehors de quelques maisons d'éditions.

J'attends les prochains...

Maths et philo
A la petite semaine
Rachel Corenblit et Cécile Bonbon
Le Rouergue 


Ces romans comptent (4-5/6) pour le Challenge 1% rentrée littéraire  du blog  
Délivrer des livres
 

vendredi 23 août 2013

La vie est belle

"La vie est belle" : pourtant, on ne se dit pas cela d'emblée en lisant le parcours de Lewis Delacroix et de sa famille. Jugez plutôt : son père vient de se donner la mort. Cadre chez Violet Télécom, son statut s'est peu à peu dégradé, mis au placard, harcelé, forcé à la démission et il n'a pas supporté. Lewis non plus. Fils unique, il regrette sa vie d'avant, où tout allait mieux, même s'il ne voyait pas souvent son père. Au moins, durant les vacances, la famille passait de bons moments de complicité et son père lui avait promis d'être plus présent. Et puis, c'est arrivé. Des signes avant-coureurs les ont pourtant alerté, lui et sa maman. Mais trop tard. Alors, sa souffrance trop lourde à porter, sa maman qui tente de refaire sa vie, ce qu'il ressent comme une trahison, Lewis va se mettre en tête de venger son père. Le coupable, il sait qui c'est : le patron de l'agence. Et pour ça, il a un plan diabolique : s'approcher de sa fille Julia pour entrer dans l'intimité de cette famille et faire ce qu'il a à faire.
Sauf que...

Je n'en dirais pas plus. 

Ce roman est à la limite du thriller social et psychologique : très bien construit, avec des allers-retours sur le passé et le présent, mais sans que cela gêne en quoi que ce soit la lecture, il décrit avec une minutie presque chirurgicale ce qui se passe dans la tête de ce gamin, désorienté, perdu, exclusif, révolté. L'aide se son psy, pourtant salutaire, il le reconnait, n'y change rien : Lewis est incapable de surmonter ce traumatisme, il se crispe sur l'image de ce père trop idéalisé. Sa maman, qui refait sa vie, tente maladroitement de l'atteindre sans y parvenir.

Christophe Léon livre là un roman fort, douloureux, sur le deuil et son acceptation, dans des circonstances difficiles. Il nous parle aussi d'un fait de société : les conséquences du harcèlement au travail pour un individu et son entourage. La force de la manipulation quand on a l'argent, les bonnes relations et le pouvoir. Les doutes que ces éléments peuvent introduire. Lewis n'est plus capable de voir dans la vie ce qu'elle a à offrir de beau même dans sa noirceur. Du moins est-ce ainsi que je l'ai vu. Comme souvent dans les romans de cet auteur, la fin n'est pas totalement achevée. Il reste au lecteur une large part d'interprétation. Cela pourrait en agacer certains. J'avoue que là, j'aurai bien aimé avoir une fin fermée, histoire de ne pas laisser ce jeune héros au-dessus du vide qui est en train de l'engloutir. Du coup, on se sent aussi désarmé que lui. Et c'est assez terrifiant.

Un roman qui ne laisse pas indifférent, sur les mécanismes psychologiques de la haine, sur l'amour intransigeant d'un fils à son père, et qui sort aujourd'hui même à la Joie de Lire dans la collection Encrage.

Retrouvez Christophe Léon dans une interview que j'ai réalisée

La vie est belle
Christophe Léon
La Joie de lire
Encrage


Ce roman compte (3/6) pour le Challenge 1% rentrée littéraire  du blog Délivrer des livres


jeudi 22 août 2013

3000 façons de dire Je t'aime

"Tu ne dois pas chercher en toi le texte, mais uniquement le sentiment qui te pousse à le dire. Que les mots te montent aux lèvres parce que tu ne peux plus les retenir". (p.209).

Des extraits de ce roman, on pourrait en retenir beaucoup. Mais j'ai retenu cette phrase du professeur à l'élève. Quand le premier guide le second juste ce qu'il faut parce qu'il sait que déjà, il le dépasse.

Ce roman est un pur concentré d'émotions : il aborde le théâtre à travers trois adolescents montés sur les planches par le hasard de la vie. Elèves de la même classe en primaire, le collège puis le lycée les a peu à peu éloignés. Chloé, Bastien et Neville. Trois personnalités différentes, aux origines sociales tout aussi différentes, qui vont se retrouver à préparer l'entrée au Conservatoire de Paris sous la houlette de M. Jeanson, un professeur de théâtre un peu mystérieux. Mais sous ses airs bourrus, un homme de cœur. Et qui veut aller au bout de son rêve.

On les suit donc tous les trois au cours de leurs débuts théâtraux : les répétions, les textes, les doutes, les émois, leurs relations familiales, leurs premiers choix de vie. Et ils apprennent beaucoup des uns et des autres. Et ils s'entraident beaucoup entre eux.

Avant le théâtre-car cela aurait pu tout aussi être la musique, le sport ou une toute autre passion-et même si on sent un véritable amour de Marie-Aude Murail pour ces textes classiques et contemporains, c'est avant tout un roman sur l'accomplissement de soi que cette merveilleuse auteure, qui n'a pas son pareil pour entrer dans la tête des jeunes adultes, nous donne là.

Le lecteur se laisse vite happer dès les premières pages : c'est comme le tourbillon de la vie dans lequel on se laisse entrainer. Le milieu du roman s'essouffle un peu, un peu à l'image du découragement des protagonistes, pour rebondir vers une fin lumineuse où les trois amis se dévoilent grandis et mûris à l'aube de leur vie. Chloé, la bûcheuse de prépa, se lâche, Bastien comprend que travailler peut lui apporter le petit plus qui lui faisait défaut jusque-là et Neville Fersen accomplit son destin, cet amoureux des mots à s'en faire mal.

Un superbe roman une fois encore qui nous dit aussi qu'il faut parfois faire les bonnes rencontres et faire confiance à la vie, se faire confiance surtout...qui sort aujourd'hui en librairie.

Merci Mme Murail !

3000 façons de dire je t'aime
Marie-Aude Murail
Ecole des loisirs
Collection Médium


Ce roman compte (2/6) pour le Challenge 1% rentrée littéraire  du blog Délivrer des livres


mercredi 21 août 2013

Le journal malgré lui de Henry K. Larssen

Le titre est très exact : Henry écrit bien un journal malgré lui. C'est son psy qui le lui a mis dans les mains et Henry, après son refus affiché, s'y prête finalement sans trop savoir pourquoi. Mais il écrit. En cachette. Ce que sa famille et lui ont récemment vécu l'obsède, le paralyse, le révolte, l'anéantit et le culpabilise. Un drame familial comme il en existe et dont on se dit que ce n'est pas possible que des choses pareilles puissent arriver. Henry, son père et sa mère ont dû partir de chez eux. Mais la maman n'a pas suivi. Très fragilisée par ce drame, elle se fait soigner. Henry change donc de province (ça se passe au Canada) et donc de collège et se retrouve seul avec son père, du moins ce qu'il en reste. Un père lui aussi très affaibli. Perte de repères totale. 
Mais Henry ne plie pas : il se renferme pourtant, prend du poids, a des crises terribles où il s'exprime comme un robot, une façon pour lui de prendre de la distance. Heureusement, il y a le catch qui permet de se détendre et de garder un semblant de vie ! Peu à peu, il va réapprendre à vivre, à lire les évènements du passé avec un autre regard, grâce aux voisins- Karen l'excentrique, M. Atapattu et sa cuisine épicée- grâce à cet ami coréen Farley, lui aussi très différent et harcelé au collège. Ce qu'Henry n'a pas pu faire pour son frère, il va le faire pour lui. Il va ainsi prendre conscience que malgré les apparences, chaque être humain a ses secrets, ses blessures et ses failles. Mais que le chemin de la résilience est difficile ! Henry, grâce à l'écriture, va lâcher prise et accepter de prendre un nouveau départ en vivant avec. Il va entrainer avec lui sa famille, son père et sa mère, pour lesquels le chemin semble encore plus dur à arpenter. Même s'ils le savent tous : la vie ne sera plus jamais comme avant mais il faut vivre.

C'est un roman d'une lucidité extraordinaire, d'une profondeur sur les relations humaines à travers le témoignage bouleversant de ce jeune garçon très attachant. Mais aussi beaucoup d'humour dans ces pages. La prouesse de l'auteure est d'y avoir aussi intégré les autres héros de l'une de ses précédentes histoires, Ambrose (Moi  Ambrose roi du scrabble).

C'est un roman dense et riche qui ne laisse vraiment pas indifférent et qui remue les tripes.
Sur la violence entre adolescents.
C'est un roman qui sort aujourd'hui en librairie signé l'excellente maison d'édition Hélium.

Retrouvez l'avis de : 
-Céline-Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait Livresse

Mes autres chroniques des autres romans de cette auteure :
-Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?
-Moi Ambrose, roi du scrabble

Le journal malgré lui de Henry K. Larsen
Susin Nielsen
Traduit par Valérie Le Plouhinec
Hélium


Ce roman compte (1/6) pour le Challenge 1% rentrée littéraire  du blog Délivrer des livres
 

lundi 19 août 2013

Les Lisières

C'est un livre pour adultes de la rentrée littéraire de l'année dernière. Un livre que je voulais lire depuis longtemps. Un livre qui est finalement arrivé "par hasard" entre mes mains il y a quelques jours, à la faveur d'une belle rencontre de voisinage. Un livre d'un auteur, Olivier Adam, dont j'ai déjà lu et beaucoup apprécié d'autres romans, et qui écrit aussi pour la jeunesse ().

On pourrait se dire que c'est un livre déprimant. Oui, mais pas que. Que celui qui ne s'est jamais trouvé à la lisière de sa vie lève la main ! Ce roman, c'est d'abord ça : le bilan d'une vie à mi-parcours, où quand les parents vieillissent et qu'on devient alors sans le voir venir vraiment, les parents de ses propres parents. Et que tout revient à la surface, le passé, ses choix et ses erreurs.

Paul Steiner est devenu un écrivain reconnu. Pourtant, rien ne prédestinait cet enfant solitaire et suicidaire, puis cet adolescent anorexique et plus que tourmenté, venant d'une banlieue ouvrière, à réussir de la sorte. Mais sa femme Sarah le quitte et là, c'est l'ouragan, au même titre que le tremblement de terre et le tsunami qui sont en train de ravager une partie du Japon, un pays où tous deux avaient fait la promesse à leurs deux enfants, Manon et Clément, d'y vivre prochainement une année. Pure coïncidence ?

Un écrivain qui s'est toujours senti en dehors de sa vie, spectateur indifférent aux évènements et aux êtres. Lors de la séparation avec sa femme, de l'hospitalisation de sa mère, de son obligation à affronter le regard froid son père, ainsi que les critiques non-dissimulées de son frère, du manque viscéral de ses enfants, il en prend cruellement conscience et veut comprendre. Et c'est d'une douleur fulgurante.

Le lecteur assiste alors au retour en arrière sur une vie, sur des lieux, sur des personnes, sur des faits, sur des non-dits, sur des secrets. Olivier Adam réussit dans ce roman le tour de force d'établir aussi un parallèle social et culturel sur ce qui nous conditionne : notre appartenance à une classe, qui détermine l'habitat, les  choix de vie et qui au fil du temps, n'est au contraire pas gommée mais déplacée, à la périphérie. A la lisière. Et ce n'est qu'un éternel recommencement. Intellectuellement, j'ai trouvé ce procédé très stimulant car il donne à ce roman une autre dimension.

C'est un roman sur la fuite en avant d'un homme qui croit avoir tout vécu mais qui en fait n'est même pas encore parti. Un homme entier, sans compromissions possibles. Mais d'une sensibilité à fleur de peau. L'écriture, d'une finesse et d'une lucidité incroyables, m'a permis de renouer avec délice avec la littérature adultes que je déserte trop souvent...
Et je n'ai pu m'empêcher de penser : le Zola d'aujourd'hui ? 

C'est pourtant un roman qui pourrait en agacer plus d'un par son cynisme, sa froide analyse, par ces personnages ingrats qui se maltraitent mutuellement et semblent se complaire à agir de la sorte, par l'extrême pessimisme qui s'en dégage, par ses avis tranchés sur la société actuelle, par le style de l'auteur très dense avec de nombreuses digressions, mais non, pour moi, c'est un roman qui en dit long sur la nature humaine, voire qui dit tout. Dans sa noirceur, je l'ai trouvé tellement juste et pourquoi pas lumineux. Du moins, la fin permet de l'entrevoir. 

Il y a tant de choses que je pourrais encore dire sur cette lecture qui m'a profondément bouleversée...trop difficile à formuler et puis, ce serait trop intime...car nous avons tous nos propres limites là encore.

Alors merci à la personne qui me l'a prêté...

Retrouvez l'avis de  :
-Le cahier de lecture de Nathan

Les lisières
Olivier Adam
Flammarion

jeudi 15 août 2013

Images du jour...

Un endroit propice à la lecture qui ne va pas tarder à être investi...
©Méli-Mélo de livres
Sous ce beau ciel bleu !
©Méli-Mélo de livres


La fin des vacances approche en ce qui me concerne, mais la semaine prochaine la rentrée littéraire arrive ! 
Bon we prolongé à toutes et à tous !

mercredi 14 août 2013

Le tourneur de page

Sous la Bulhavre, "Le Tourneur de page veille au bonheur de chacun".

La Terre a subi une grande extermination. Plus assez de ressources pour tous les humains. Il n'en reste que l'Outre-Monde, habité par des êtres répugnants et des monstres sanguinaires.  Et d'autres territoires inconnus. Du moins, c'est ce qui se dit sous la Bulhavre, une bulle de vie protégée, née de l'imagination et de la seule volonté du Tourneur de page, un vieil homme vénéré par ses habitants, afin de sauvegarder une once d'humanité et de permettre à l'extérieur de se régénérer. Tout y est réglé au millimètre : l'habitat, l'habillement, l'éducation, la nourriture, l'air qu'on y respire, la reproduction, la composition de la famille, les horaires, le quadrillage des quartiers en fonction de sa couleur de peau et aucun mélange entre elles n'est toléré.
Les Tourneurs, en fonction de leurs missions, y veillent selon les principes édictés par le grand manuel, avec pas moins de 10 000 règles à apprendre par cœur. Les plus actifs sont les deux tourneurs-Alpha, Rustor et Iriulnik, un couple diabolique. Le premier vénère la seconde qui manipule l'autre à sa guise...Chaque habitant sous cette bulle a une misphère greffée à sa naissance sur son nombril. Ainsi, tout est contrôlé : leurs émotions, leurs souvenirs,... Les familles deviennent interchangeables à l'insu de leurs membres. Les deux tourneurs ne cessent de dépasser les limites de leur tyrannie et de leur cruauté.
Dans cet univers apparemment idyllique vivent Alkan et son frère Tahar. Unis. Téméraires. Fougueux. Alkan va s'embarquer dans une aventure hors-norme dès sa rencontre avec Liriana, une vieille femme ridée venant de l'autre monde, suite à une escapade matinale interdite. Elle va sceller son destin à jamais.

Avec lui Tahar, Artelune, Adélou, Berlusin, Guitin, Colard, Mino, Tomy, Minda, Toache, Canile, Lali et bien d'autres, seront emportés dans une vie nouvelle, à la rencontre d'autres univers : les villageois, le peuple avec la Grande Mère, les abominables. Mais surtout des enfants et des adultes pris dans la tourmente d'un monde qui ne leur veut que du mal. Fuir, mourir, se révolter ? Autant de choix qu'ils devront affronter et de décisions qu'ils devront prendre. Avec détermination, intelligence, confiance et solidarité, ils vont se révéler à eux-mêmes.

Les pages de ces deux titres volumineux s'avalent sans crier gare : les évènements s'enchaînent, les existences se recoupent, les chapitres courts alternent les voix des différents personnages, l'aventure omni-présente, les dangers aussi.
Aux allures de récit initiatique, sur un fond apocalyptique pour le devenir de l'espèce humaine, l'auteur mène une réflexion très intéressante sur la notion de pouvoir et de manipulation qui en découle. Où se situe la liberté de chacun ? Quel libre-arbitre nous reste-t-il ? Elle nous donne aussi à voir une belle leçon de survie et de prise en main de son destin.

Le style n'est pas franchement très littéraire mais on ne s'ennuie pas une seconde : on s'attache aux personnages, en particulier à ces enfants à l'aube de leur vie. On imagine leurs visages et les lieux qu'ils traversent. On est sensible à leur esprit de groupe qui tient le coup malgré les obstacles. Ils finissent par dépasser les adultes dans leurs facultés d'adaptation et de débrouillardise. Le lecteur pense parfois tenir le fil de l'histoire mais l'auteur sait toujours surprendre par une imagination sans limites.

Une dystopie captivante et palpitante que mes collègues du blog A l'Ombre du Grand Arbre m'ont donné envie de lire...Jamais je n'aurai cru que des romans d'anticipation puissent autant me plaire !
J'ai aussi beaucoup apprécié le format des deux livres : assez volumineux en épaisseur, le format utilisé facilite grandement la lecture et les pages tournent presque toutes seules...

Le troisième tome est prévu pour octobre 2013 et je l'attends avec impatience ! J'ai échafaudé des hypothèses mais je pense être encore surprise par le dénouement final !

Retrouvez les avis de : 
-Céline-Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait Livresse : Tome 1-Tome 2
-Les livres de Dorot : Tome 1-Tome 2
-La lecture commune de mes collègues du blog A l'Ombre du Grand Arbre

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Et quand la réalité rejoint la fiction, ça donne ça...
Brr...!
Le Tourneur de page
Tome 1 : Passage en Outre-Monde
Tome 2 : Vers l'inconnu
Muriel Zürcher
Editions Eveil et Découvertes

lundi 12 août 2013

Je vous envoie une carte postale...

Sur le blog collectif d'A l'Ombre du Grand Arbre, dont je fais partie, on a concocté des cartes postales à votre intention. Des cartes postales ? ça existe encore à l'ère des nouvelles technologies ? eh oui ! Sur un blog qui plus est ! Et pas n'importe lesquelles puisqu'elles vous font rencontrer des auteurs, connaître des collections, apprendre l'existence de nouvelles maisons d'éditions. Avec en prime, de belles photos de vacances prises par nos soins.

Et aujourd'hui, c'est autour de la mienne qui arrive tout droit de Dordogne en compagnie de Christophe Léon, un auteur que je lis très régulièrement, que j'attends à chaque nouvelle parution. 

Si vous voulez en savoir plus, il a eu l'extrême gentillesse de répondre à ma curiosité. 
L'interview, c'est LA.

J'ai eu la chance de pouvoir déjà lire ses deux prochains romans (Un grand merci aux éditeurs) : leurs chroniques sont en préparation. 

Parution le 23 août 2013-La Joie de lire-Encrage
Parution le 30 août 2013-Oskar jeunesse-Court-Métrage


N'hésitez pas à remonter dans le blog pour lire les autres cartes postales, celles de mes collègues. 
Ce voyage estival à travers la richesse de la littérature jeunesse vaut tous les dépaysements !

dimanche 11 août 2013

Rentrée littéraire jeunesse

Ils commencent à arriver, ils sont beaux, ils sont plein de promesses, ils ne sont pas encore parus...
Certains, je les ai déjà lus, je peaufine mes chroniques pour la semaine prochaine. Et plein d'autres suivront...Ma BAL ressemble à la hotte du Père Noël. Un grand merci aux éditeurs pour ces belles découvertes !

Du coup, je me suis inscrite au Challenge 1 % rentrée littéraire du blog Délivrer des livres

6 livres minimum de la rentrée littéraire à lire, parus entre mi-août et mi-octobre ...
Et on a le temps puisque les liens sont pris jusqu'au 31 juillet 2014.
Faisable, non ?

jeudi 8 août 2013

Question d'identité

Etant en vacances, je lis plus volontiers des romans :  plus de temps pour les savourer, pour laisser les mots arriver, pour les chroniquer. Sur mon bureau, pourtant deux albums mis de côté depuis quelque temps déjà...

Deux albums traitant de la question identitaire à l'approche intéressante :

Dans "Monsieur oiseau veut changer de peau" , tout est déjà dit dans le titre :  Monsieur Oiseau s'ennuie, la vie d'oiseau lui semble bien étriquée entre construire son nid, chanter à la grande chorale des oiseaux...Il rêve de devenir quelqu'un d'autre. Alors, il parcourt le monde, devient tour à tour coussin, hérisson, bonhomme de neige, carotte, renard et rien ne lui convient vraiment. Jusqu'à sa rencontre avec Mme Oiseau...Vous devinez la suite ? 

Rien de bien original dans l'histoire : nul besoin d'aller bien loin pour trouver son bonheur. Ce qui m'a particulièrement plu dans cet album, ce sont les illustrations et la façon dont elles sont mises en scène : elles forment chacune un petit tableau, entourée de petits médaillons, aux formes arrondies, aux couleurs douces, avec des animaux sur deux pattes, à l'allure presque humaine. Un petit encart scientifique explique aux enfants le camouflage des animaux.  Un album apaisant au charme certain de Piret Raud !


"Qui aimerais-tu être ?" : la question est posée à Rebecca, qui se rêve toutes sortes d'animaux (poisson, chouette, toucan, crocodile, caméléon, chat...) et qui, à leur tour, se rêvent autre pour telle ou telle raison. On trouve toujours que les autres ont le petit plus qu'on pense nous faire défaut, n'est-ce-pas ? Mais être soi-même répond finalement Rebecca, c'est aussi se permettre d'être tout le monde à la fois...et donc de s'accepter tel que l'on est. Un album au sens de lecture dans la hauteur, avec une très belle mise en page, aux illustrations superbes et elles aussi apaisantes. Des tableaux à elles toutes seules. 

L'auteure et illustratrice Arianna Papini, est espagnole et la traduction est d'Alain Serres.


Toucan, aimerais-tu être quelqu'un d'autre toi aussi ?

Estime et acceptation de soi, quête du bonheur, rêve : des thèmes très bien abordés dans ces deux bijoux, qui renouvellent le genre de façon originale.

Monsieur oiseau veut changer de peau
Piret Raud
Le Pommier
[Les bouts d'choux explorent le monde]

Qui aimerais-tu être ?
Arianna Papini
Traduit par Alain Serres
Rue du Monde

lundi 5 août 2013

Est-ce la lune ?

Un petit livre à la couverture en noir et blanc bien épaisse : déjà, il intrigue. Le titre, en forme interrogative, laisse présager quelques surprises. La lune, placée au milieu sur fond noir, entourée de quelques petites étoiles, a plus l'aspect d'une vieille chaussette ? Ou est-ce autre chose ?. On se dit : "Tiens ! Tiens !", pas anodin rien que dans la présentation...

Et effectivement : la question "Est-ce la lune ?" est posée à chaque nouvelle double page. A gauche la question et à droite, un indice de réponse. Le tout en blanc sur fond noir. Mais quand on tourne la page,  la réponse apparait sur la double page suivante, en couleurs cette fois, accompagnée d'un joli petit texte poétique explicatif. "Non, ce n'est pas la lune, c'est.....! Alternance nuit/jour et jeu entre l'imaginaire et la réalité. Pas vraiment d'histoire mais un renouvellement permanent, avec une chute qui donne envie de se prêter au jeu.

Mais une photo vaut sans doute mieux que ma tentative d'explication : 

Non, ce n'est pas la lune, c'est un croissant ! Si la lune était croustillante, il y aurait des miettes aux quatre coins du ciel, sur les nuages et sur nos têtes...



L'approche de cet album est très séduisante : elle allie à la fois la force évocatrice de l'imagier et la musicalité poétique des mots. Ce qui lui confère un très bel esthétisme. Il constitue également une très belle invitation au pays de l'imaginaire.

Un très bel objet signé Aude Maurel pour les illustrations et Richard Marnier pour le texte.
Le site des Editions Les P'tits Bérets dont j'ai chroniqué d'autres albums , et ici et encore là.

Retrouvez aussi les avis de :

Un très grand merci à Alice du blog A lire aux pays des merveilles qui m'a permis de gagner ce livre récemment sur son blog !

Est-ce la lune ?
Richard Marnier et Aude Maurel
Les P'tits Bérets
Coll. Sur la pointe des pieds

vendredi 2 août 2013

Trilogie : Roulette russe

Voici une trilogie policière bien sympathique que je voulais lire depuis longtemps et c'est chose faite ! Et puis, c'est bien d'avoir attendu, comme ça, j'ai pu les enfiler à la suite...Ceci dit, on peut très bien les lire indépendamment sans être perdu.

"Noël en juillet", "Rouge bitume" et "Fées d'hiver" sont des enquêtes d'un genre nouveau puisque écrites par trois auteurs : Anne-Gaëlle Balpe, Sandrine Beau et Séverine Vidal. Trois copines écrivains jeunesse qui ont eu ce pari un peu fou d'écrire cette trilogie à six mains et très franchement, l'unité est là (de temps, de lieu et d'action).
Je n'ai pas du tout eu envie de savoir qui de qui ou qui de quoi (sauf peut-être dans le dernier où la connaissance de Besançon et de ses environs ne peuvent venir que de Sandrine Beau :).
Une autre particularité : menée par trois adolescents bien dégourdis, les enquêtes se suivent et ne se ressemblent pas au 180 (cour d'immeuble et immeubles des protagonistes). Emma, Tomaso et Youri, amis d'enfance y vivent des aventures aux multiples facettes mais bien d'aujourd'hui : on y croise un détraqué qui s'attaque aux chats mais pas que, un SDF tabassé dont le passé de son amie resurgit bien malgré elle et des truands mafieux russes qui s'attaquent à la merveilleuse Olga.

Le rythme est enlevé, les pages se succèdent à vive allure, dans l'alternance des points de vue des trois adolescents, dans leurs chamailleries, dans leurs émois, dans leurs rivalités. 
Ces trois-là sont bien plus que les doigts de la main : il s'en dégage une belle sincérité, une belle solidarité entre les êtres de cet immeuble grâce à eux. Le tourbillon de la vie les rapproche tous et ça donne du baume au cœur. Certains passages vous font frissonner, d'autres palpiter, d'autres rire à gorge déployée et certains verser une petite larme. 
Et tout se tient... 
Seul bémol : la présence d'alcool pour des mineurs :( On aurait pu éviter.

Trois romans originaux dans l'approche et aux intrigues contemporaines.
Coup de chapeau les filles !
Vous recommencez bientôt ?

Retrouvez aussi l'avis de Carole-3 étoiles
 
Triologie Roulette russe
Anne-Gaëlle Balpe, Sandrine Beau et Séverine Vidal
Oskar jeunesse
2011-2013
 
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