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mercredi 28 septembre 2016

Jonas dans le ventre de la nuit

Un titre bien trouvé et qui renvoie à une seconde naissance pour ce jeune garçon en famille d'accueil :  Jonas qui s'est pris d'affection pour le vieil âne du voisin Sorgo. Pour le sauver de l'abattoir-son maître se résout à cette solution sans envie pourtant-Jonas part au crépuscule, sans réfléchir, la longe de l'animal à la main, geste qui s'impose à lui. En chemin, il rencontre aux abords de sa maison isolée Aloyse, ce garçon au prénom de fille, maladroit, moqué par ceux de sa classe. Jonas lui aussi est à part dans cette classe, montré du doigt par le comportement de sa mère, qui a craqué. C'est le début pour les deux garçons d'une longue ascension au cœur de la forêt, dans la montagne, alors que la neige commence à tomber. Il fait froid, la nuit enveloppe tout, mais cet atmosphère devient propice aux confidences avec pudeur. Ils apprennent beaucoup l'un sur l'autre. Aloyse sait où il va, c'est son secret et Jonas s'abandonne à ce choix sans retenue.

Ce que j'ai aimé ces pages ! Il y souffle une réelle humanité et complicité entre deux jeunes garçons qui se découvrent avec beaucoup de respect et une bonne dose d'humour malgré la peur qui les étreint et la volonté absolue d'arriver jusqu'au jour, en compagnie de cet âne qui les a réuni et dont la chaude et nonchalante présence les rassure.

Avec leurs mots, ils parlent de leurs maux, partagent leur souvenirs déjà lourds de sens et renaissent finalement à la vie en embarquant avec eux des adultes enfermés dans leur propre dignité.

Une écriture d'Alexandre Chardin toute en poésie et sensibilité.

C'est beau, touchant, sensible, presque irréel mais si réaliste à la fois.
Au bout de la nuit, une autre vie...


10/18 Challenge 1% Rentrée littéraire

Jonas dans le ventre de la nuit
Alexandre Chardin
Thierry Magnier
Existe aussi en version numérique

lundi 26 septembre 2016

Le joyeux abécédaire


Après l'excellent "Bric-à-Brac", revoici les collections de petits objets dénichés ça et là et franchement joyeux, il l'est cet abécédaire !

Comme tout abécédaire qui se respecte, l'alphabet est égréné lettre par lettre mais son originalité se situe dans la fantaisie des petits objets mis en scène avec des petits commentaires pour les décrire de façon succincte et humoristique, avec des associations d'idées bien trouvées. Des mises en scène différentes qui créent la surprise sur chaque page, c'est esthétique, ludique et instructif !

Le travail éditorial est remarquable, une bien belle présentation soignée, brillante, vitaminée et qui donne le relief aux objets : on pourrait presque les saisir entre nos dix doigts pour les ramener à la réalité et jouer directement avec ! On peut reprendre ce livre à tout moment et découvrir de nouvelles entrées, rien n'est figé.

 J'ai été heureuse des retrouver des objets de mon enfance et moi qui aime aussi arpenter les vide-greniers, je conçois tout à fait la joie de dénicher ces petites trouvailles.

Réellement "Un joyeux abécédaire qui sort de l'ordinaire" !


78 ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016


Le joyeux abécédaire
Maria Jalibert
Didier jeunesse


vendredi 23 septembre 2016

Songe à la douceur

Il bat des records médiatiques ce roman....et je m'en méfie toujours un peu. Et puis, Les Petites reines ne m'avaient pas convaincue...mais puisqu'il s'est retrouvé sur mon bureau presque par hasard au boulot, alors je l'ai embarqué le temps d'un week-end et j'ai été embarquée moi aussi ! 

Déjà remettre au goût du jour le roman de Pouchkine "Eugène Onéguine", écrit en strophes rimées, et mis en opéra par Tchaïkovski, il fallait y penser et surtout oser !

Un titre emprunté à L'invitation au voyage de Charles Baudelaire qui lui va à merveille, dans ses arabesques rouges toutes en rondeur et volutes. En plus.

Eugène et Tatiana se revoient dix ans après par hasard. ...Ils avaient 17 et 14 respectivement lors de leur première rencontre.
Et ils se retrouvent dans les affres de l'amour avec les doutes, les angoisses, la relecture des événements passés (parfois dramatiques) et leur vie respective à gérer avec leurs choix de vie (pour T) ou leur soumission à la vie (pour E) et ce que l'accueil d'un amour encore vivant pourrait bouleverser alors...

Romantique à souhait, d'une touchante beauté, ce roman est égayé de la verve si propre à l'auteure avec des scènes sur l'apport (ou non) des nouvelles technologies (SMS, Google, Skype,...) d'un humour décoiffant et si réaliste sur nos us et coutumes contemporains.

On pourrait dire que ce sujet a été maintes foi rebattu dans la littérature mais Clémentine Beauvais rappelle ici combien l'amour fait tourner le monde. Les adultes qui vont lire ce roman vont retrouver des situations vécues avec délice et les adolescent(e)s d'aujourd'hui aussi mais avec un bond en avant de ce qui pourrait les attendre et ma foi, des façons leur soufflant comment s'y prendre !

Mais la véritable prouesse de ce roman se situe dans sa présentation : des vers libres, une typographie particulière (quel travail éditorial !) qui rend le lecteur acteur des sentiments et des situations à un point jamais égalé. J'ai eu littéralement l'impression de sauter sur les mots tel un petit personnage invisible, prenant la voix de la narratrice qui vous interpelle à plusieurs reprises, et j'ai aimé danser sur cette dentelle de mots, en écouter le rythme, me mettre à son diapason, en ressentir chaque vague, tomber, me relever, m'étirer. C'était divin cette musicalité et ce mouvement induits par cette forme novatrice. On s'y sent lové comme dans une épaisseur douce et enveloppante. Sans cette forme audacieuse, le roman n'aurait pas la même originalité.

Et puis quelle histoire ! Légère, brillante, profonde, émouvante : On a plusieurs vies pour aimer et chacun y met ce qu'il y veut, même face à l'ennui, à l'usure du temps. Du moment qu'il soit heureux...

Une bien belle évasion, une gourmandise à savourer et à relire !




Songe à la douceur
Clémentine Beauvais
Sarbacane
Exprim'

mercredi 21 septembre 2016

Coup de vent

C'est l'automne !
Déjà !
Allons, essayons de lui trouver quelques attraits !

Voici un album qui célèbre le vent à travers une écharpe perdue et retrouvée qui n'est pas sans rappeler quelques contes randonnées...

Un ours perd son écharpe dans la neige et comme le vent souffle, elle s'envole !
Elle va rencontrer le chemin des animaux de la forêt qui tour à tour vont en faire usage chacun à sa façon : un turban, du saut à l'élastique, un saute-arbres, ...bref des usages assez incongrus souvent mais pourquoi pas ? Sauf que chacun va la vouloir à un moment donné pour lui seul et évidemment, elle ne va pas résister aux assauts bagarreurs de toute cette horde ! Une chute toute solidaire qui rabiboche tout le monde dans un bel élan de générosité. 

Ce que j'aimé dans cet album, c'est le mouvement très bien traduit dans le dessin de Matthew Cordell : une bonne dose d'humour et de dérision dans les attitudes des personnages, on entend presque les bruits qu'ils font puisque le seul texte se résume à l'alternance de "Perdu"/"Trouvé", ce qui laisse très largement la place aux illustrations de s'exprimer. Et puis, c'est un album qui permet d'entrer dans le jeu physique sans trop peiner, bien calé dans son canapé :)

Un album désopilant sur fond d'histoire classique et on ne boude pas son plaisir !


77 ème album/100 pour le Challenge je lis aussi des albums 2016


Coup de vent
Marsha Diane Arnold
Matthew Cordell
Didier jeunesse

lundi 19 septembre 2016

La vitesse sur la peau

J'ai eu envie de découvrir l'écriture de cette auteure Fanny Chiarello que je connaissais de nom seulement et son écriture est absolument remarquable, percutante, philosophique mais je vais y revenir.

Elina, 14 ans, a subi un choc un an auparavant qui lui a ôté toute envie de parler. Muette depuis la mort accidentelle de sa mère renversée par une voiture alors qu'elle circulait en vélo. Elina ne vit plus vraiment : sa vie quotidienne est devenue une suite d'automatismes qu'il faut bien se résoudre à accomplir par nécessité. Son seul refuge : le jardin des Plantes où elle végète parmi les végétaux et observe avec ironie les joggeurs. Un jour pourtant, Elina se met à courir et c'est là qu'elle va rencontrer Violette, une ancienne marathonienne en fauteuil roulant qui va peu à peu l'apprivoiser et lui redonner le goût de la vie, celle de la vitesse sur la peau, grisante de la course, celle de la musique et celle des mots. Sauf que Violette ne dit pas tout : son secret est plus que bouleversant. On devine chez elle une béance mais laquelle ?

La vérité éclate dans ce roman comme un boomerang. Roman de la résilience, du deuil, de la culpabilité, des tours mauvais que la vie s'amuse parfois à entortiller autour de personnes qui en ont déjà pas mal subi. Et la force du hasard aussi qui s'en mêle.

Non, je n'ai pas aimé cette fin trop abrupte. Ce roman, je l'ai perçu comme une démonstration de cette fin, comme s'il fallait à tout prix y arriver. De même pour les dialogues : j'ai été parfois gênée par la répartie et les réflexions d'Elina, qui ne sont pas celles d'une jeune fille de son âge. Des échanges philosophiques de haute volée qui ne collent pas toujours avec les situations et les personnages, malgré une écriture maîtrisée et superbe qui m'a littéralement bluffée dans ses à-coups, ses émotions à fleur de peau comme coupées à la serpe. Et cette symbolique de la course comme un nouveau souffle avec ses multiples trajectoires qui donne à la jeune fille comme un goût de résurrection, c'est fort, très fort.

Néanmoins, la thématique choisie est de celle qui pourrait bien arriver dans la vraie vie et bon sang que c'est triste !

Un roman à rapprocher d'un précédent que j'ai lu récemment : Tu ne sais rien de l'amour.

7/18 Challenge 1% Rentrée littéraire

Existe aussi en version numérique

La vitesse sur la peau
Fanny Chiarello
Le Rouergue
Doado
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